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Le «bus way» serait une vraie démocratisation
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Le «bus way» serait une vraie démocratisation
<B>Propos recueillis par Deepa BHOOKHUN</B>
<B>Vous conseillez le gouvernement depuis sept ans mais on n?arrive toujours pas à prendre une décision. Est-ce frustrant de conseiller dans le vide ? </B>
(Rires?) Très ! Mais Singapour n?a pas été construit en un jour ou par une personne. à Maurice, on fait des choses un peu à l?à-peu-près, car on adore faire du bon marché. Qui coûte finalement très cher. Un petit arrêt d?autobus ici, une route par là et maintenant on réalise qu?on ne peut plus continuer à faire dans l?à-peu-près.
<B>Une telle attitude expliquerait-elle la situation de la congestion routière devenue intenable ? </B>
Nous avons failli parce que pendant longtemps on a cru que le transport n?était pas un problème suffisamment grave pour mériter toute l?attention du gouvernement. On a tout le temps estimé que le problème de la congestion routière était le problème du ministre du Transport. Jusqu?à Paul Bérenger qui s?était investi dans le problème. Il avait senti qu?il y avait un besoin pressant à régler ce problème. Ce qui est intéressant est que quand Navin Ramgoolam est venu au pouvoir, un de ses premiers discours concernait la congestion routière.
<B>Et le gouvernement a-t-il opté pour la meilleure solution, avec le «bus way» ? </B>
Il n?y a pas de meilleure solution. Il y a ce qui est faisable. C?est une question de coût et de ce que l?on peut se permettre. Politiquement surtout.
<B> Que voulez-vous dire ? </B>
Si l?on va se mettre sur le dos tous les syndiqués de transport par autobus avec leur descente à Port-Louis avec des pancartes avec «sa nou pa le», il y a un gros problème.
<B>Est-ce la raison pour laquelle 16 ans se sont écoulés avant de prendre une décision ? </B>
(Hésitations?) Je pense qu?il nous a manqué un champion. La Banque mondiale avance que la raison pour laquelle le problème du transport en commun en Amérique du Sud a été réglé, réside dans le fait que les Sud-Américains avaient un champion pour soutenir un projet, qui est finalement très politique. Et c?est ça notre problème. S?il s?agissait de faire une route à Cap-Malheureux, il n?y aurait eu aucun problème. Mais là nous sommes en train de parler d?un projet qui concerne 650 000 personnes. Et c?est la raison pour laquelle il nous faut un champion, une personne qui va conduire ce projet. Et nous ne l?avions pas.
<B>L?avons-nous maintenant ce champion ? </B>
(Sourire?) Je ne peux pas répondre à cette question.
<B>Mais vous dites que nous ne l?avions pas, cela veut dire que nous l?avons maintenant ? </B>
Je l?espère.
<B> Le gouvernement est-il sérieux dans son intention d?aller de l?avant ? </B>
Je crois que le gouvernement a été assez honnête pour arrêter son choix sur un mode de transport basé sur ce qu?il peut se permettre, sur ce qui apporte un consensus.
<B> Pourquoi le «bus way» est-il une solution plus consensuelle ? </B>
Le bus way est une des 18 mesures proposées, qui constituent un ensemble. Deux de ces mesures sont impopulaires et le reste est très populaire. Les deux mesures impopulaires sont le péage à l?entrée de Port-Louis et la taxe sur les parkings. Ce qui est un bon signe, c?est que tous les stakeholders ont signé pour signifier leur accord à ces mesures.
<B>Pour que le «bus way» puisse réduire la congestion routière, il faut que les gens délaissent leurs voitures. Comment y arriver ? </B>
Actuellement le trajet par autobus de Quatre-Bornes à Port-Louis prend une heure environ. Avec le bus way, ce trajet ne prendra que 18 minutes, donc l?économie de temps est une motivation. Ça, c?est la carotte, maintenant il faut le bâton. Pour que les gens laissent leurs voitures à la maison, il faut les décourager à les prendre. Donc nous leur disons, si vous voulez venir à Port-Louis dans votre voiture entre 7 heures et 10 heures, il vous faut payer, même si vous ne faites que passer par Port-Louis car vous contribuez aussi à la congestion routière. Nous avons proposé Rs 100 pour des voitures et Rs 200 pour des freight vehicles. Mais la question est très politique. Londres l?a fait avec Ken Livingston comme maire, Singapour l?a fait avec Lee Kwan Yu comme Premier ministre.
<B>Allons-nous le faire ? </B>
Cela ne dépend pas de moi. Mais ce n?est pas très difficile de vendre le projet car les 16 mesures restantes sont très populaires.
<B>Le péage diminuera-t-il la congestion routière à Port-Louis ? </B>
Raj Makoond l?a très bien expliqué. On a longtemps tergiversé sur la décision de taxer les sacs en plastique. Mais une fois la décision prise, et malgré le fait qu?un sac en plastique ne coûte que Re 1.15, son utilisation a connu une baisse phénoménale. Les Mauriciens sont très sensibles aux prix. Ils aiment avoir des choses gratuitement et la meilleure façon de changer les mentalités est de mettre un prix à ce qui était gratuit. Nous ne disons pas que vous n?avez pas le droit d?avoir une voiture mais quand vous l?utilisez entre 7 heures et 10 heures, il vous coûtera de l?argent. Si vous insistez pour conduire votre voiture pour aller au travail, il faudra payer. Si vous ne voulez pas payer, nous avons un transport alternatif de bonne qualité, rapide et confortable à vous offrir. Mais en retour des Rs 100 que vous allez payer, nous vous donnons une autoroute propre, pas congestionnée er rapide. Un fair deal ? Je pense que ça l?est.
<B> Et que se passerait-il si le gouvernement accepte les 16 mesures mais refuse d?appliquer le péage ? </B>
(Hésitations?) Je pense que nous pourrons quand même aller de l?avant avec le projet mais il ne sera pas aussi efficace qu?avec le péage.
<B>Allons-nous voir un beau «bus way» avec les vieux autobus polluantes que nous avons actuellement ? </B>
Le standard minimum pour que les autobus aillent sur le bus way est le blue line.
<B>Et qu?arrivera-t-il à ces autobus polluants qu?ont toujours les compagnies de transport desservant ce trajet ? </B>
On leur dit que s?ils veulent être dans le bus way, il faudra qu?ils améliorent leurs flottes. Les vieilleries resteront sur les vieilles routes.
<B>Quelle seraient les horaires quotidiens d?opération de ce «bus way» ? </B>
24 heures. Les horaires de fonctionnement dépendront de l?opérateur. Actuellement le gros problème est que le service du transport public se termine trop tôt. Les opérateurs n?offrent pas à ce stade un service aux personnes qui n?ont pas de voitures mais qui vont au night-club ou dîner au restaurant . Ainsi ceux qui n?ont pas les moyens de s?acheter une voiture ou qui ne peuvent pas se payer un taxi, ne peuvent pas sortir. On parle de démocratisation de l?économie et avec un transport public de qualité disponible à la population, ce serait la vraie démocratisation. L?homme de la rue pourrait sortir avec sa famille le soir ou passer la soirée dans une boîte de nuit.
<B> Et le problème de conduite en état d?ivresse se retrouverait réduit ... </B>
Grandement. En Europe, les gens ne conduisent pas quand ils sortent parce qu?il y a un système alternatif de transport.
<B>Vous parlez aussi de réforme pour les taxis. Quelle en est la forme ? </B>
C?est la partie la plus difficile parce que les taxis ne veulent pas de réforme. Il faudrait mettre un terme au système dans lequel des gens demandent aux ministres des permis pour opérer des taxis .
<B>Est-ce faisable ? </B>
(Rires?) Ces permis devraient être accordés par un tribunal indépendant.
Cette mesure dépendra bien sûr des autorités.
<B>Vous n?avez pas l?air convaincu. </B>
Je suis convaincu par les mesures. Je ne suis pas sûr qu?elles vont être appliquées. Disons les choses autrement. Si j?étais le Premier ministre, j?aurai sauté sur l?occasion pour appliquer les mesures proposées dans leur intégralité. Et les officiers n?auront qu?à suivre les directives.
<B>Le cabinet sous Bérenger avait décidé d?aller de l?avant avec le métro léger. Ce cabinet vient de décider d?étudier le projet. Croyez-vous vraiment dans les intentions affichées du gouvernement ? </B>
Comme je l?ai dit, tous les stakeholders ont signifié leur accord à ce projet.
Même l?association des consommateurs.
<B>Que ferez-vous si le gouvernement ne va pas de l?avant avec ce projet ? </B>
Je pars. Je ne suis pas là pour le salaire, je peux vous l?assurer ! Je suis là parce que j?aime mon pays et je veux l?aider. Je me suis souvent demandé ce que je fais ici, à parler avec des sourds. Je suis prêt à partir en l?absence de signaux positifs à la réalisation du bus way. J?aimerais ajouter que le prix politique à payer si rien n?est fait pour soulager les gens sera pire. Les Mauriciens en ont assez de cette congestion routière à n?en plus finir.
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