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Le « kari brouye » de l?opposition
La locomotive travailliste est de plus en plus sollicitée par des partis wagons. Cela devrait être flatteur pour le Parti travailliste (PTr) sauf que se pose la question cruciale d?allocation des tickets et de configuration idéale pour l?Alliance sociale. Entre les traditionnels partenaires de l?Alliance sociale et les nouveaux groupes et individus qui ont rejoint l?opposition, il faut accommoder des couleurs politiques différentes sans s?aliéner des sensibilités qui, il y a peu, s?opposaient encore.
C?est à un exercice d?équilibriste que se livre le leader rouge, Navin Ramgoo-lam. D?autant plus que ses partenaires insistent sur la force que constitue la plate-forme rouge (PTr), bleu (PMXD de Xavier-Luc Duval), jaune (MMSM de Madan Dulloo) et vert (MR de Rama Valayden). D?autre part, certains, plus proches des ex-MSM, n?hésitent pas à capitaliser sur la nostalgie bleu-blanc-rouge. Les semaines à venir seront cruciales pour la constitution de la plate-forme de l?opposition.
En décembre 2003, les choses sérieuses débutent. La victoire à l?élection partielle au n° 7 donne une dimension nouvelle à l?Alliance sociale menée par Navin Ramgoolam. Le départ d?Harish Boodhoo n?entame en rien la dynamique enclenchée. Ce serait même, disent certains au MSM, cette victoire qui aurait donné des idées au groupe de Bachoo. Déjà, à l?époque, des ponts auraient été établis avec l?opposition officielle. La logique électorale, dans laquelle se trouvait le PTr après les élections, accrédite la thèse qu?il voulait déjà mettre le maximum des chances de son côté.
Entre-temps, l?Alliance sociale multiplie les initiatives et profite de l?absence d?éléments du gouvernement pour occuper le terrain électoral. Commence alors un travail de contact pour réunir « les gens de bonne volonté autour d?un projet de société qui s?articule autour de valeurs essentielles », dira un travailliste, ou « pour constituer un gouvernement exemplaire au niveau de l?unité nationale dans sa composition et aussi au niveau de sa politique générale », selon les dires de Xavier-Luc Duval, ou encore « produire un manifeste réaliste », assure Rama Valayden.
Sur le fond, il n?y a pas vraiment de désaccord. « Il n?y a pas de différence d?opinion entre les leaders de l?Alliance sociale », confirme Xavier-Luc Duval. « Depuis quatre ans, on a le rapprochement des forces de l?opposition non sectaires », précise Rama Valayden. Des travaillistes insistent sur une « plate-forme commune qui regroupe les personnes de bonne volonté ». Or, cette liste des personnes de bonne volonté s?est allongée récemment.
Propos nuancés de ValaydenL
Le déclenchement des hostilités a lieu en début d?année. Le syndicaliste Tengur annonce son entrée dans l?arène. Il désavoue la politique éducative du gouvernement. Ce qui en fait un allié objectif de l?opposition. Or, Xavier-Luc Duval ne veut pas entendre parler de Tengur. La question serait désormais résolue. Le leader du PMXD est en effet catégorique : « Tengur ne sera pas candidat de la liste de l?opposition. Son cheminement ne coïncide pas avec le nôtre. »
Après l?épisode Tengur, qui ne serait pas totalement clos de l?avis du principal concerné (voir plus loin), les démissions en cascade du MSM vont secouer l?Alliance sociale. Cette fois, c?est Rama Valayden qui se montre critique. Dans un premier temps, il met le PTr au pied du mur : il faut choisir entre lui et la bande de Bachoo. Son discours va toutefois évoluer au fil des jours.
Aujourd?hui, il semble être rentré dans les rangs même si ses propos restent nuancés : « Par rapport à Bachoo, notre position est claire. Nous avons besoin de personnes qui ne se sauveront pas dès que nous serons confrontés à un problème. J?exprime toujours mes réserves par rapport à Bachoo. Ce sera au PTr de trouver une formule avec eux. Mais pour nous, c?est une question de programme et il faudra que tous les partenaires de l?Alliance sociale soient respectés. »
Sans emprunter la voie de Rama Valayden, Madan Dulloo reste nuancé dans ses opinions relatives à la position qui sera adoptée à l?égard du groupe Bachoo. Il maintient que l?Alliance sociale, dans sa composition actuelle, constitue une force de frappe électorale et est bien placée pour remporter les législatives. Concernant le groupe Bachoo, il est plus réservé nous assurant que ce groupe n?a pas précisé sa position officielle et qu?il n?est au courant d?aucune demande d?adhésion à la plate-forme de l?Alliance sociale. « S?ils font une demande officielle, je réagirais en conséquence. »
Aspirations modérées
Les dirigeants de l?Alliance sociale jouent ainsi la carte du consensus. Xavier-Luc Duval estime qu?il faudra discuter pour trouver une entente entre Bachoo et Valayden. D?autre part, les discussions se poursuivraient entre Sylvio Michel et les travaillistes. À cet effet, l?échéance posée par Sylvio Michel pour un accord avec l?opposition a été fixée au 1er mai. Pour l?instant, le leader des Verts Fraternels se contente de faire dire qu?il « ne répond pas aux journalistes ».
Ce sont finalement Tengur et Ramjuttun qui se retrouvent plutôt hors de la plate-forme de l?opposition. Le second a déjà abattu ses cartes. Il agira en franc-tireur dans l?opposition pour fustiger un gouvernement « qui exploite les pauvres ». Il veut également que l?opposition se regroupe « afin de ne pas faire le jeu de Paul Bérenger ».
Si, pour l?heure, chacun modère ses aspirations, viendra le temps où il faudra répartir le nombre de tickets à accorder à chaque composante de l?alliance et dresser la liste des candidats. Comme les rouges et leurs alliés ont déjà une esquisse en tête et que plusieurs aspirants sont déjà sur le terrain, il va sans dire que tout accord avec les Verts Fraternels et le groupe Bachoo risque d?engendrer de la frustration chez ceux qui pensaient tenir le bon bout mais qui seraient inévitablement laissés sur le carreau.
À ce jour, personne ne veut se hasarder sur le nombre de tickets qui sera attribué à chacun. « Le nombre de tickets est limité et on ne pourra pas accommoder tous ceux qui se bousculent à nos portes, on fera sans doute de la place pour trois ou quatre du groupe Bachoo », confie un membre influent du PTr qui tient à garder l?anonymat.
Entre-temps, l?opposition recher-che la formule idéale. Entre les tickets à distribuer et la couleur politique de sa plate-forme, elle se doit aussi de convaincre avec un programme.
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