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L?avenir ?
Voici un thème de réflexion qui a toujours passionné les hommes. De quoi notre avenir sera-t-il fait ? Regain d?inquiétude aujourd?hui autour des constats à propos de l?environnement : démographie, pollution, extension anarchique des armes de terreur?
L?avenir, on le sait, n?appartient à personne. Gouverner, c?est prévoir, dit une noble formule. Oui, si l?on traite d?un avenir à court terme. L?Histoire foisonne d?exemples de gouvernements « dépassés » par les événements. Elle va souvent plus vite que notre capacité à prévoir. Les soldats de la guerre de 14-18 croyaient partir pour six mois : ils y sont restés plus de quatre ans, sans compter ceux qui n?en sont jamais revenus. Même schéma pour le confit de 39--45? À part les cartomanciennes, tous ceux qui font profession de révéler votre avenir, (encore faut-il en prendre peu et en laisser beaucoup?) aucun chercheur sérieux ne vous dira comment vivront vos enfants et vos petits-enfants, à une époque où tout horizon devient de plus en plus flou.
Nous avons eu, au cours de la décennie 50-60, quelques années d?euphorie prophétique avec la découverte d?une science toute neuve : la Prospective. À partir de cette idée que le connu permettait de tirer des plans sur l?inconnu. Ce fut la belle époque de la futurologie, qui donnait à penser sur des « futuribles » (=futurs possibles), le temps où le savant anglais J.B.S. Haldane écrivait : « Ce qui n?est pas, sera, et nul n?en est à l?abri. » On rejoignait Jules Verne, mais sur des structures scientifiques établies.
Ces vaticinations amenèrent de grands projets : sur les « villes nouvelles » ? (moi-même, avec un ami passionné d?urbanisme, avions cogité les plans d?une ville tout à fait extraordinaire, la « Cité Linéaire », extrapolant les thèses de Le Corbusier?) Vision sociale également issue de Proudhon, socialiste turbulent des années 1850, qui publia des ouvrages audacieux
sur la mise en question de la propriété, attaquant autant Marx que la bourgeoisie : « Qu?est-ce que la propriété ? », « La Philosophie de la misère », ou le « Système des contradictions », etc? Ce fut aussi l?époque où le professeur Gaston Bouthoul lança ses études sur la « Polémologie », nom qu?il créa pour étudier les causes des guerres, et y remédier. Sa revue d?études polémologiques parut de nombreuses années, (peut-être existe-t-elle encore, je ne sais?)
Tout ce « remue-méninges » manifestait un optimisme d?après guerre sur la présumée sagesse de l?Homme. Depuis, il a fallu déchanter : les lendemains ne chantèrent pas longtemps ! L?on dut constater que l?humain, au fond, ne change pas. Seul varie le commentaire que les observateurs font autour de son action. On a continué à s?entasser dans des villes, dont le plan initial remonte à la République romaine, (la ville concentrique qui, de nos jours, est une aberration?) On a continué à livrer des guerres stupides et meurtrières ? celle d?Irak en est un triste exemple. On a continué à procréer des enfants, sans se poser la question de leur survie future. Etc. Seule peut-être la biologie a travaillé dans le bon sens, en combattant efficacement un certain nombre de pandémies redoutables : peste, choléra, poliomyélite, exploration « in utero » des malformations congénitales, etc.
Quant à l?avenir, dans sa globalité, personne n?est en mesure de nous définir, au-delà de quelques années. Sauf, apparemment, M. Jacques Attali, qui vient de publier un opus ambitieux de plus de 400 pages, intitulé modestement « Brève histoire de l?avenir ». Cet ex-conseiller de François Mitterrand nous prédit une « hyper-démocratie » pour les années 2060. Ce devrait être plus fourni que les rayons Bio de nos super-hyper marchés. Cette hyper-démocratie globalisante ? on pousse à fond dans le « global » ? sera donc peuplée d?hyper-nomades? N?ayant point lu le livre d?Attali, je me garderai d?en faire un commentaire argumenté. Disons que l?auteur, qui par ailleurs ne m?a jamais vraiment intéressé, me semble d?une grande imprudence, à moins qu?il ne s?agisse que de science-fiction, auquel cas on peut tout prédire sans risque.
Pour terminer ce bref propos sur l?avenir, je citerai plus modestement, mais avec plus de lucidité Jean-François Revel qui à la fin de son livre « La connaissance inutile », concluait : « Je dois répondre à la question que je posais au début de ce livre : la chance que nous avons de disposer d?incomparablement plus de connaissances et d?informations qu?il y a seulement trois siècles, deux ans, six mois, nous conduit-elle à prendre de meilleures décisions ? Pour l?heure, la réponse est non. » Et plus loin : « Trop tardive, la décision n?en est plus une : elle enregistre le fait accompli. »
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