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L?autruche et le renard

5 juin 2004, 20:00

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Les politiques détestent les révélations qui bouleversent leurs plans. Les vérités déplaisantes les dérangent. Quand les acteurs politiques sont confrontés à des informations qui les contrarient, ils réagissent violemment, biaisent et cherchent des faux-fuyants.

Pravind Jugnauth, le leader du Mouvement socialiste militant (MSM), est mal à l?aise quand il apprend que des éléments de son parti ne sont pas hostiles à l?idée d?une alliance avec le Parti travailliste (PTr). Il s?emporte. Mais ce n?est pas la première fois. À chaque fois que l?éventualité d?une alliance bleu-blanc-rouge est évoquée, le vice-Premier ministre prend la mouche.

Dimanche dernier, Pravind Jugnauth est monté au créneau après que Navin Ramgoolam a affirmé avoir « parlé politique » avec Sir Anerood Jugnauth.

Le leader du MSM en a profité pour réitérer son hostilité à toute alliance avec les travaillistes et pour réaffirmer son autorité sur son parti.

Mais pourquoi la coalition MSM-MMM est-elle si frileuse sur cette question d?alliance ? L?agitation qui s?empare de ses dirigeants à la moindre évocation d?une telle éventualité est significative. Elle est révélatrice de leur inconfort. Elle démontre leur manque d?assurance quant à la loyauté de certains seconds couteaux. Elle trahit leurs doutes sur l?approbation de leur stratégie par leurs bases respectives.

Pravind Jugnauth n?est pas dupe. Il sait que l?express dimanche parle surtout des états d?âme de certains députés de l?alliance gouvernementale. Il est au courant que des éléments de son parti et ceux du MMM adoptent en privé des postures qui ne sont pas les siennes. Les journalistes n?inventent rien. Ils rapportent.

Nous n?y pouvons rien, si n?ayant plus le moral, à cause des revers essuyés, des membres du MSM craquent et envisagent des stratégies de rechange. Nous n?y pouvons rien, si des élus laissent éclater leur déception et font part de leur préférence pour une démarche qui n?est pas celle de leur chef. Que le langage tenu « off record » diffère de celui utilisé « on record » relève de leur responsabilité.

Mais Pravind Jugnauth ne peut prétendre ignorer la réalité. Anil Gayan n?a jamais fait mystère de ses réserves à l?égard de Bérenger, mais les a habilement attribuées à ses mandants. Emmanuel Leung Shing et Joe Lesjongard disent souvent le fond de leur pensée sur les ratés dans les relations MSM-MMM. Prem Koonjoo parle à voix basse, mais on connaît ses sentiments à l?égard de certaines actions des dirigeants mauves. D?autres ministres embarrassés par le discours démagogique des travaillistes sur la démocratisation de l?économie n?hésitent pas à faire porter le chapeau à Bérenger.

Les choses ne sont pas mieux chez son partenaire. Des militants, députés dans les circonscriptions rurales, évoquent les difficultés rencontrées sur le terrain. Les expressions d?inquiétude d?Ajay Guness, Jay Prakash Meenowa, Veda Baloomoody, José Arunasalom ou de Motee Ramdass sont connues. Libre à Pravind Jugnauth et à Paul Bérenger de croire que des ministres répètent « urbi et orbi » les propos dithyrambiques tenus à leur égard sur les radios et les plates- formes publiques, même si leurs lieutenants font exactement le contraire.

La direction de l?alliance MSM-MMM est au courant des états d?âme de ses fantassins. Le vigoureux rappel à l?ordre, lors de la réunion du groupe parlementaire, mardi dernier, en témoigne. Tout comme ce souhait que députés et ministres se montrent, désormais, plus prudents quand ils parlent en présence de journalistes.

Alors qui veut jouer à l?autruche, quand l?autre s?évertue à se montrer renard ?

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