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L?autre rupture

8 janvier 2007, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Il y a la vérité des prix, puis il y a celle des hommes. Ainsi, le gouvernement a décrété que le prix de la farine sur le marché local sera largement inférieur au prix payé par l?importateur, la STC. Pour le gaz, il en sera de même. Le pouvoir a choisi d?amortir le choc social qu?aurait engendré un ajustement automatique de ces prix en hausse sur le marché mondial. Sa démarche est en totale rupture avec la rationalité économique.

C?est le ministre du Commerce et de l?Industrie, Rajesh Jeetah, qui a annoncé, vendredi dernier, que la flambée des cours mondiaux du blé n?aura aucun effet sur le prix de la farine à Maurice. Pour l?approvisionnement de ce produit pour l?année 2007, la STC a payé en moyenne, 30 % plus cher. Elle ne compte pas répercuter cette hausse sur le consommateur.

La même ineptie est appliquée au gaz. Ranjit Soomarooah, directeur de la STC, admet qu?il y a un écart significatif entre le prix réel et le prix administré de ce produit : ?Quand on prend en considération les pertes cumulées sur le gaz ménager, le prix réel de la bonbonne de 12 kg aurait dû être de Rs 571,20 mais le gouvernement a décidé que le prix restera à Rs 315.?

La politique de subvention, bien que très populaire, crée un fardeau pour l?économie à long terme. Elle fausse le marché et induit des comportements inappropriés chez le consommateur. Il suffit, par exemple, de subventionner le riz ?ration? pour que certains le destinent à un usage détourné. Pour toutes ces raisons, le ministre des Finances avait pris la sage décision d?abolir les subsides sur le riz et la farine en juin dernier en préconisant un système d?allocation spéciale (?income support?) pour les classes les plus pauvres. Comme il l?avait expliqué, le ciblage est une mesure socialement juste et économiquement efficace. Les subsides universels, aujourd?hui à la mode, ne le sont pas.

La décision de subventionner le prix de la farine est une volte-face du gouvernement par rapport à ses engagements sur le contrôle des dépenses publiques et la réduction du déficit budgétaire. Les bailleurs de fonds vers lesquels le pays se tournera pour trouver la moitié des 4 milliards d?euros dont nous aurons besoin pendant les prochains dix ans pour moderniser notre économie apprécieront.

L?opinion publique est en droit de se demander si ces tergiversations du pouvoir ne traduisent pas en fait un malaise des travaillistes devant les principes de libéralisme économique et de bonne gouvernance énoncés dans le dernier budget. Le travaillisme authentique prône une approche qui relève du misérabilisme. L?actuelle ministre de la Protection des consommateurs, Indira Seebun, disait en février 2004, alors que l?ancien gouvernement venait d?augmenter le prix du riz et de la farine : ?Nous avions augmenté les subsides pour encadrer les prix parce qu?on avait à c?ur les difficultés des ?tidimounes?. La politique actuelle n?est pas digne d?un gouvernement socialiste.? On frémit à l?idée que ce courant de pensée puisse dominer au PTr même quand ce parti est au pouvoir.

Une opinion publique informée acceptera une réelle politique d?indexation automatique qui applique des hausses ou des baisses selon le cours sur le marché international. La lucidité du citoyen est cependant affectée par les contorsions des prestidigitateurs qui gèlent les prix.

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