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?L?autobus gratuit pour certaines catégories devra être subventionné?
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?L?autobus gratuit pour certaines catégories devra être subventionné?
<B> La Corporation nationale de transport (CNT) célèbre cette année son vingt-cinquième anniversaire. Vous qui avez été parmi les premiers à se joindre à la compagnie, comment évaluez-vous son évolution ? </B>
La corporation a beaucoup évolué. Entre 1982 et 1990, il y a eu une phase d?expansion qui n?était pas planifiée. A l?époque, il y avait des opérateurs individuels partout et, peu à peu, nous avons été contraints de les remplacer.
Initialement, la Vacoas Transport Company (VTC) n?exploitait que deux routes principales, celle reliant Vacoas à Port-Louis et celle reliant Quatre-Bornes à Curepipe.
Durant cette période, nous avons étendu notre réseau à Henrietta, Beaux-Songes et Ollier. C?étaient les années noires du transport en commun. Plusieurs compagnies ont fermé. Nous avons dû reprendre leurs actifs et assurer le service à leur place.
Rivière du Rempart Bus Service, Savanne Bus Service, Southern Express ont, tour à tour, fermé leurs portes et nous avons dû prendre le relais. C?était pour nous une expansion qui n?était pas planifiée. Le gouvernement voulait qu?on desserve ces routes.
Nous avons été obligés d?acheter des dépôts d?autobus et de reprendre le personnel de ces compagnies défuntes. Cela nous a énormément coûté.
Jusqu?en 1995, la CNT a fait des pertes annuelles de quelque Rs 20 millions. A un moment, les pertes accumulées se sont élevées à Rs 175 millions.
Cette situation est due au fait que la CNT est légalement tenue de jouer un rôle social, même si nous sommes supposés fonctionner sur une base commerciale.
C?est dans cette même logique que la CNT a bénéficié d?une ligne de crédit du gouvernement indien pour acheter des autobus. La CNT n?a jamais remboursé ces dettes sous cet item, qui s?élèvent à Rs 240 millions.
<B> Quels sont les éléments qui ont occasionné le déclic qui permet aujourd?hui à la CNT d?être une entreprise rentable et qui innove ? </B>
Il y a plusieurs éléments. Avant moi, il y a eu cinq directeurs qui étaient tous sous contrat. Ils ont donc eu tendance à privilégier le court terme. J?ai pris les rênes de la CNT en 1996 et je suis toujours là. Il y a donc eu un élément de continuité dans l?action, d?autant plus qu?à l?époque je connaissais déjà bien l?entreprise.
?Environ un tiers des routes que nous desservons ne sont pas rentables. C?est beaucoup. Nous pratiquons une forme de subventions croisées. Les services scolaires ne sont pas rentables car les étudiants ne paient que 50 % du tarif normal.?
Une de mes priorités a été d?inspirer la confiance au sein des employés. J?ai instauré un processus de dialogue régulier avec les syndicats, qui a contribué à recréer une confiance dans le management.
Nous avons introduit un plan social pour les employés et leurs familles, qui a contribué à relancer une coopération entre les employés et la direction. Parmi ces mesures figurent la création d?un plan de pension contributif et un plan d?assurance maladie.
Nous avons aussi créé un bail fund pour les chauffeurs impliqués dans un accident de la route. A titre d?exemple, pour l?accident survenu dimanche et qui a coûté la vie à trois personnes, le chauffeur de l?autobus a dû fournir une caution de Rs 30 000. C?est la CNT qui a fourni cet argent, en puisant du bail fund. Un chauffeur pourrait difficilement trouver une telle somme du jour au lendemain.
Nous avons également introduit un plan d?apprentissage à l?attention des enfants des employés. Ces derniers sont pris comme apprentis pendant deux ans et obtiennent en retour un salaire de quelque Rs 8 000.
Par ailleurs, les conditions et l?environnement de travail ont été améliorés dans tous nos dépôts qui ont été rénovés. A travers toutes ces actions, le personnel a retrouvé la confiance et le sens d?appartenance à l?entreprise.
<B> Vous avez évoqué le rôle social de l?entreprise. Combien de routes desservez-vous à perte ? </B>
Environ un tiers des routes que nous desservons ne sont pas rentables. C?est beaucoup. Nous pratiquons une forme de subventions croisées. Les services scolaires ne sont pas rentables car les étudiants ne paient que 50 % du tarif normal.
La CNT assure 78 services scolaires, tandis que les autres compagnies d?autobus n?en ont que huit ou dix.
La corporation assure aussi un service de transport dans des régions que personne ne veut couvrir, telles Chamarel ou Midlands.
<B> La rumeur veut que le gouvernement compte annoncer une mesure électorale pour que les personnes âgées et les étudiants voyagent gratuitement par autobus. Qu?en pensez-vous ? </B>
Si une telle mesure est effectivement introduite, cela représentera un manque à gagner de plus de Rs 100 millions pour la CNT. Si c?est une politique décidée par le gouvernement, il faudrait qu?il nous compense. Nous ne pourrons pas soutenir un tel fardeau financier.
Si l?autobus est gratuit, cela incitera les jeunes à voyager plus qu?aujourd?hui. La CNT devra investir pour accroître sa flotte de véhicules afin d?y faire face. Nous observons déjà que les opérateurs individuels ont tendance à repousser les collégiens et les personnes du troisième âge vers les autobus de la CNT, car ils ne veulent pas de passagers qui paient demi-tarif. Si le trajet devient gratuit pour ces catégories de voyageurs, cette tendance s?accentuera.
<B> Est-ce que la concurrence des ?taxis marrons? pose toujours problème ? </B>
Oui, le problème reste entier. Nous exploitons en moyenne 480 autobus sur une flotte de 525 véhicules. Nous avons calculé qu?il y a 353 opérateurs illégaux ? taxis marrons, vans et autobus ? qui opèrent sur les routes de la CNT. Le manque à gagner a été estimé à Rs 300 000 par jour pour la CNT.
<B> Le public voyageur argue que les ?taxis marrons? rendent service car le service des compagnies d?autobus laisse à désirer... </B>
C?est un cercle vicieux. Sur la route de Curepipe-Bois-Chéri, par exemple, on avait l?habitude de mettre un autobus chaque 20 minutes. A cause de la concurrence illégale, nous nous sommes retrouvés avec seulement un ou deux passagers. Nous avons donc réduit la fréquence et c?est ce qui fait dire au public que les autobus sont trop rares. C?est un cercle vicieux. En réalité nous avons suffisamment d?autobus pour assurer un service régulier sur toutes les routes où nous sommes présents.
<B> Quel est l?état financier de la CNT ? </B>
La CNT accumulait des dettes jusqu?à 1995, date à laquelle nous avons commencé à les rembourser. A ce jour nous avons remboursé Rs 175 millions de dettes et la CNT est à nouveau profitable.
Nous avons encore des dettes. A un moment, il avait été question de transformer ces créances en actions. A sa création, la CNT avait un capital souscrit de Rs 50 millions. Aujourd?hui, nos actifs s?élèvent à Rs 450 millions. Dans le cadre d?une éventuelle corporatisation de la CNT, les dettes restantes auraient pu être converties en actions. L?Etat aurait été le principal actionnaire et environ 5 % du capital aurait été distribué aux 3 000 employés.
<B> Le dossier du métro léger continue à jouer l?arlésienne. Que pensez-vous de ce mode alternatif de transport ? </B>
C?est inévitable dans le développement du pays. Ce serait un progrès. En tant que professionnel du transport, j?approuve ce projet qui modernisera non seulement l?industrie du transport, mais il aura aussi un impact sur le développement commercial et urbain autour de trajet du métro léger.
<B> Certains prétendent que ce projet est retardé à cause du lobby des compagnies d?autobus ? </B>
C?est une fausse perception. Toutes les compagnies d?autobus sont d?accord avec ce projet. Nous aurons à nous adapter. Il ne saurait y avoir un métro léger ultramoderne et des compagnies d?autobus archaïques.
<B> Après avoir été le vilain petit canard de l?industrie du transport en commun, la CNT est aujourd?hui la compagnie de transport qui innove le plus. Comment expliquez-vous ce changement ? </B>
En fait, on se sent un peu limité par le Road Traffic Act qui date de 1954. La CNT a été la première compagnie à introduire des ?one-man operated buses? sur la route de Sodnac. Elle a été la première à introduire des autobus plus puissants, confortables et équipés d?une boîte de vitesse automatique.
Nous avons également été pionnier pour introduire des véhicules dont les émissions sont conformes aux normes européennes.
La CNT a été la première à introduire la publicité dans les autobus et à recruter des receveuses. Les autobus climatisés, le concept ?park and ride?, les machines électroniques pour les billets sont toutes des innovations de la CNT. Nous avons de plus introduit un système de vidéosurveillance à bord des autobus qui assurent le service de nuit.
Notre prochaine innovation sera l?introduction de la carte à puce comme mode de paiement à bord des autobus. Ce sera une réalité dans deux à trois semaines.
Propos recueillis par <B> Stéphane SAMINADEN</B>
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