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L?audacieux Savirigadoo
Baraqué, le regard sanguinaire, Thamaduren Savirigadoo a une tête qui fait peur. Dans la prison de Beau-Bassin où il est incarcéré depuis mars 2002, ce costaud de 38 ans est craint et respecté par les autres prisonniers, confie un gardien de prison. « Ils préfèrent lui foutre la paix. Il n?est pas du genre à sympathiser. Savirigadoo préfère méditer tranquillement dans son coin. »
Il y a plusieurs semaines, quand il s?est plaint de douleurs atroces à l?estomac, la direction de la prison décide de le faire admettre à l?hôpital de Poudre-d?Or. En fait, Saviri-gadoo « méditait » sur un moyen de prendre la poudre d?escampette. Il avait laissé entendre dans son entourage, à la prison, qu?il n?était pas question pour lui de rester derrière les barreaux jusqu?en 2014. « Ki quand mo gagne 50 ans ki mo pou sorti là, péna simin ! » avait-il dit...
Vers la mi-avril de cette année, il s?est plaint de douleurs à l?estomac. Après avis médical, la direction de la prison décide de le faire admettre à l?hôpital de Poudre-d?Or. Il est placé sous étroite surveillance, 24 heures sur 24. Malgré cela, alors qu?il se rend aux toilettes, il bouscule violemment le garde qui le suivait et s?enfuit. Il traverse les champs de canne et disparaît dans la nature. Plusieurs battues dans la région et ailleurs se révèlent vaines. Jusqu?au jour où il est repéré à Cité La Butte.
Si Savirigadoo est redouté, c?est parce qu?il a toujours fait preuve de beaucoup d?audace dans ses forfaits. « Il avait une petite équipe de brigands sous ses ordres. Il était le mastermind et le monsieur muscles. Et bien évidemment, pour les butins, il se taillait la part du lion. À ses hommes, il offrait un salaire de misère. Ceux-ci étaient essentiellement des chômeurs et des drogués », relate un inspecteur de la Central CID.
À la prison de Beau-Bassin, avant même qu?il ne débarque, ses aventures avaient fait le tour des cellules. Ce qui explique sa notoriété. On raconte surtout deux vols commis par Savirigadoo et sa bande en 1998...
C?était le 28 février, à Quatre-Bornes. Il est peu après 20 heures. Un bijoutier très connu des Plaines-Wilhems rentre chez lui avec son épouse et sa fille, après une journée de travail. Dès qu?il ouvre la portière de sa voiture, il est immobilisé par des hommes cagoulés et armés jusqu?aux dents.
Deux des malfaiteurs se chargent de l?épouse et de la fille. Sous la menace de couteaux sous la gorge, elles sont conduites à l?intérieur de la maison, alors que Saviri-gadoo et un complice ordonnent au bijoutier de les conduire à son commerce. Celui-ci n?a d?autre choix que d?obtempérer. La nuit est noire, il n?y a personne sur la route. Sa femme et sa fille, entre-temps ligotées, tremblent de peur. Dans la bijouterie, Savirigadoo et ses comparses raflent des pierres précieuses et des bijoux en or...
Quatre mois plus tard, à Rivière-Noire. Profitant de la nuit tombée, des hommes masqués pénètrent dans la cour d?un luxueux bungalow. Ils se terrent dans un coin et guettent. À un moment, le propriétaire sort pour prendre l?air. On lui saute dessus.
Un revolver est pointé sur sa poitrine. Les malfrats lui ordonnent de retourner, sans crier, dans la maison. A l?intérieur, les malfaiteurs lui demandent la clef du coffre-fort. Pendant ce temps, la maison est fouillée de fond en comble. Les voleurs font main-basse sur une importante somme d?argent, de même que sur des bijoux et d?autres articles de grande valeur.
Trente minutes après, les voleurs s?en vont à bord de la voiture du propriétaire de la maison, non sans l?avoir solidement ligoté et bâillonné.
<B>Un autre Sabapathee...</B>
Ce n?est que bien plus tard que Savirigadoo devait être interpellé. Il passera aux aveux et, outre ces deux braquages, en avouera une série d?autres. Il écopera de ce fait de 12 ans de prison ferme. Son plus «fidèle» complice, Thierry Bageenath, qui était en sa compagnie pour les deux vols précités, sera lui condamné à 8 ans de prison. Quant aux autres, ils écoperont de peines moins sévères puisqu?ils n?étaient que « banne ti travailleurs de Savirigadoo ».
« On savait qu?il était dangereux. D?une certaine manière, il était un peu comme Rajen Sabapathee, c?est-à-dire qu?il était quelqu?un qui défendrait sa liberté au péril de sa vie. De plus, on avait des informations qu?il était armé. Quand il a été arrêté, plusieurs armes dont il se servait n?ont jamais été retrouvées. Savirigadoo est un vrai dur, il crache difficilement le morceau malgré des interrogatoires serrés... », explique un enquêteur.
Sur le plan personnel, Savirigadoo menait une vie tout aussi taciturne. On ne lui connaissait que peu d?amis. Quant à ses proches, qui habitent dans le Sud, il ne les fréquentait presque pas. « C?était quelqu?un qu?on pouvait difficilement cerner. Je suis sortie avec lui, il y a dix ans, mais ce n?est que bien plus tard que j?ai su qui il était réellement », relate une Portlouisienne.
« Il parlait peu. Il passait son temps devant la télé et buvait à longueur de journée. Il m?avait dit qu?il avait été à l?école mais je ne sais pas quand il a arrêté. Il n?aimait pas faire la lecture, mais il avait une passion dévorante pour les mots-croisés. »
L?ex-petite amie de Savirigadoo lui en veut beaucoup. « Je menais une vie tranquille quand nous nous sommes connus (Elle ne veut pas préciser comment s?est déroulée la rencontre). Un jour, la police a débarqué chez nous et a perquisitionné la maison. Par la suite, il y en a eu d?autres. Un jour, alors que la police l?emmenait, un policier m?a confié que c?était un récidiviste. J?ai eu un choc. C?est vrai qu?il disparaissait souvent et des fois pendant longtemps. Mais je ne pensais pas que mon petit-ami était un voleur. Depuis ce jour-là, je me suis promise de ne plus chercher à le revoir... »
A la prison de Beau-Bassin, la sécurité a été redoublée en vue du retour de Savirigadoo. « Sane fois-là, li fine tassé. Ziska 60 ans, li pou resté au moins et en plis, so la santé pas trop bon... » Malgré tout, il vaut mieux rester sur ses gardes. Avec l?audacieux Savirigadoo, on ne sait jamais...
- Nad Sivaramen
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