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L?athlétisme sous d?autres cieux

29 janvier 2008, 00:00

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Les deux premiers pays du Golfe à disposer d?une équipe nationale d?athlétisme féminine sont le Bahreïn et le Koweït. Et dans le cas du Koweït, bien qu?il ne veuille l?admettre, par modestie, Tahar Righi y est pour beaucoup. A 39 ans, il a déjà un parcours bien rempli et une carte de visite impressionnante.

Actuellement à Maurice en tant que conférencier de l?International Association of Athletics Federations (IAAF), il anime en compagnie de Peter Thomson, Senior Manager à l?IAAF et du Mauricien Joël Sévère, la formation des entraîneurs de niveau 2. A son retour au Koweït, Tahar remettra sa casquette de directeur technique national de la fédération koweïtienne et préparera la sélection d?athlétisme féminine pour ces premiers Jeux sportifs de la Femme du Golfe, prévus au début du mois de mars.

Là où il n?a cependant plus rien à prouver, c?est dans son pays natal. Tahar est né en Algérie. Sa mère étant enseignante, il est scolarisé à quatre ans. Il montre très tôt de sérieuses dispositions pour les études et le sport. Il réussit son baccalauréat à 17 ans. Il veut être entraîneur d?élite d?athlétisme et étudie cinq ans pour décrocher son diplôme d?études supérieures en sciences et technologies du sport.

Après deux ans de magistère, il est recruté comme chargé de cours à l?université d?Alger. Il est aussi chef du département de la formation à l?Institut national des cadres de la jeunesse et entraîne plusieurs clubs.

Promouvoir le sport</B>

De là, Tahar passe à la fédération algérienne d?athlétisme. Il est d?abord membre du bureau fédéral avant d?être désigné par le ministre de la Jeunesse et des Sports comme directeur du développement et de la formation. Il est las de ne voir que des entrefilets ou des brèves sur l?athlétisme dans les médias. Il commence par contribuer à la création d?une revue trimestrielle d?athlétisme au niveau de la fédération, destinée aux entraîneurs et aux athlètes. Il propose à la fédération d?organiser des conférences de presse à chaque fin de mois. Mais comme ces fonctions ne suscitent que peu d?intérêt, Tahar décide de s?impliquer personnellement.

Un de ses amis dirige la Chaîne 3 de la radio algérienne. Il demande et obtient un créneau horaire. Ainsi, chaque semaine, il participe à l?animation d?une émission de 50 minutes multisports où il est le spécialiste de l?athlétisme. La télévision algérienne lui propose d?animer des directs lors de compétitions locales et internationales et Tahar ne se fait pas prier. Il finit par collaborer à un journal où il fait des piges. Un autre ami lui propose de lancer un quotidien omnisports de 24 pages en français, journal inexistant jusqu?alors en Algérie. Le poste de rédacteur en chef lui est offert. Il accepte et c?est ainsi que Planète Sport voit le jour.

Ne pouvant être partout à la fois, Tahar quitte l?enseignement et la fédération pour ne se consacrer qu?au journalisme sportif. Planète Sport ne met pas longtemps à fidéliser un lectorat et finit par avoir un tirage et des ventes similaires à n?importe quel autre quotidien d?actualité générale. L?aventure aurait sans doute duré des années si son ami, le gérant, n?était pas mort. Sentant que les choses finiraient par changer, Tahar est en présence de deux propositions d?embauche, l?une comme entraîneur national d?athlétisme au sultanat d?Oman et l?autre comme directeur technique national de la fédération au Koweït. Il opte pour cette dernière car elle lui assure une plus grande marge de man?uvre.

On aurait pu croire que les Koweïtiens auraient préféré confier ce poste à un des leurs. Tahar explique que les pays du Golfe possèdent l?argent et l?infrastructure mais pas l?expertise voulue car ils n?ont pas d?instituts formant des entraîneurs d?élite.

Cela fait maintenant deux ans que Tahar est en poste au Koweït. Il apprécie énormément ses responsabilités. Les entraîneurs nationaux des différentes épreuves sportives lui présentent leurs plans qu?il revoit en fonction de ses objectifs. «L?an dernier, je voulais qualifier des athlètes aux championnats du monde et cela a été fait. Cette année, nous allons essayer d?en qualifier davantage pour les Jeux olympiques de Pékin.» Ce qui lui plaît, c?est de pouvoir développer l?athlétisme dans d?autres pays.

Pour que la presse koweïtienne s?intéresse davantage au sport, sous ses directives, la fédération koweïtienne anime une conférence de presse avant toute compétition internationale d?envergure, de même qu?au retour de la délégation. Tahar a institué au sein de la fédération une commission de presse qui regroupe huit journalistes.

En sus de cela, il a fait en sorte qu?à chaque compétition internationale, l?Association des journalistes Koweïtiens y délègue un journaliste pour la couverture médiatique.

Au Koweït, la mixité n?est pas de mise dans le système éducatif. Si bien que les filles qui pratiquent le sport à l?école, ne peuvent pas le faire en compétition. Tahar veut changer les choses en douceur et a demandé à la fédération pourquoi il n?y a pas une équipe nationale féminine d?athlétisme. «On m?a demandé si je pouvais composer une équipe d?athlètes féminines.» Tout part de là.

Il commence par instituer une commission féminine au sein de la fédération qui comprend des enseignantes d?éducation physique et des inspectrices qui doivent sélectionner des athlètes potentielles. Mais comme la réaction est timide, Tahar prend les choses en main. Avec l?accord du Comité olympique, présidé par le Sheikh Talal Al Fahad, il organise une journée de sélection et parvient à constituer une équipe d?athlètes potentielles de 15 filles âgées entre 13 et 17 ans.

L?importance de l?argent</B>

Après trois mois d?entraînements intensifs, ces athlètes participent à plusieurs compétitions dont les championnats arabes et les jeux asiatiques. Lorsque la s?ur de l?Emir de l?Etat du Koweït, la Sheikha Naima Al Sabah, est élue présidente du comité d?organisation du sport féminin au sein du Conseil de coopération des pays du Golfe, instance économique et politique regroupant les six Etats des pays du Golfe, Tahar sent que c?est l?occasion rêvée pour l?émergence du sport féminin à haut niveau.

Au gré de ses contacts répétés avec la Sheikha, Tahar suggère l?organisation au Koweït d?un championnat féminin du Golfe. La Sheikha propose l?organisation de Jeux sportifs de la Femme du Golfe. Ces Jeux qui sont une grande première pour les pays du Golfe, auront lieu entre les 5 et 11 mars. La compétition d?athlétisme est prévue les 6 et 7 mars au stade de la fédération d?athlétisme. Les autres disciplines qui seront disputées sont le tennis de table, le volley-ball, le basket-ball. La Sheikha a fait affecter des entraîneurs féminins aux athlètes féminines. Tahar estime que c?est une bonne chose. «Les entraîneurs masculins s?occupent plus des athlètes d?élite masculine et quand ils sont en stage, les athlètes filles sont livrées à elles-mêmes. Là, elles ont leur propre entraîneur. Et puis, il n?y a pas comme une femme pour comprendre les trucs des filles.»

Tahar a introduit au sein de la fédération koweïtienne d?athlétisme la notion de parrainage sportif. En effet, grâce à ses contacts avec une société italienne, la SYPREM, celle-ci offrira des vêtements sportifs à l?équipe d?athlétisme pour un an. La première sortie publique de l?équipe parrainée est le 14 février.

Il projette aussi de parrainer les athlètes de très haut niveau en vêtements et en argent dans les mois à venir. L?argent est-il indispensable au développement du sport ? Tahar en est convaincu. «Tout est lié ou presque aux finances. Quand on a l?argent, on peut avoir le meilleur de tout, organiser des stages à l?étranger, offrir des primes et d?autres incitations. Je dirai que dans la réussite d?un athlète de très haut niveau, 5 % représentent son potentiel technique et 95 % l?argent.»

Plusieurs autres disciplines manquent à l?appel de ces premiers Jeux sportifs de la Femme du Golfe, dont la natation. Tahar ne désespère pas. «Les choses se mettront en place en tant et lieu.» On lui fait confiance?

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