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L?art photographique selon Swaley Peerally

22 mars 2005, 00:00

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Il y a quelque temps, Swaley Peerally nous tirait sa révérence et s?en allait au paradis des Niepce, des Daguerre, des Nadar, des Lumière, des Barnack, des Dali, des Renoir, des Eastman, des Heidecke (le créateur du Rollerfleix), des Lartigue, des Man Ray, des Doisneau, des Capa, des Cartier-Bresson. Il y a 25 ans, cet illustre représentant de l?art photographique à Maurice, après avoir longtemps servi fidèlement la qualité iconographique des pages 3 de L?express de Philippe Forget, la page des Pierre Renaud, des Annie Cadinouche, des Micaëlla de Souza, des Jean Claude d?Avoine, des Emmanuel Juste, avant de devenir celle de Daphnis, prenait la peine, en quelques articles, d?esquisser l?essentiel de ce qu?est pour lui les rapports entre l?art et la photographie.

Le technicien ne cédant jamais ses droits devant l?esthète, il se croit obligé d?expliquer, aux profanes que sont les lecteurs attitrés de cette page 3, en quoi consiste la maîtrise technologique de l?appareil photographique. Y a-t-il un art photographique ? demande-t-il, avant d?entrer dans ce monde de la lumière atteignant la réalité après avoir troué l?obscurité d?un rayon lumineux, s?imprégnant sur un support se prêtant à cette opération d?enregistrement ? Nous avons droit à une réponse de Normand qui a dû faire sourire M. Perthuis et ses s?urs Sophia et Muriel Obret : l?usage de l?appareil photographique n?empêche pas un photographe d?être considéré comme un artiste mais l?appareil photographique, quel que soit son prix, ne fait pas automatiquement du photographe un artiste. Il est vrai qu?un stylo ou une machine à écrire ne fait pas le poète, encore que nous devons, paraît-il, Kélibé Kéliba à l?achat d?une nouvelle Olivetti par Marcel Cabon. Cela nous renvoie immédiatement au titre d?un des éléments d?un récent dossier du Monde Diplomatique sur les médias, une remarque inspirée sous le titre : ?beaucoup de clichés mais peu d?images?.

D?emblée Peerally exclut les photos posées de réunions de famille qu?elles aient des airs d?enterrement ou qu?elles se veulent réjouissantes comme des anniversaires ou des photos de mariage. Qu?il nous soit permis de le renvoyer aux photos de Nadar où chaque personnage trouve la pose qu?il faut, se sachant en voie d?être saisi par un instantané d?éternité. Encore qu?il soit difficile à un photographe d?avoir aujourd?hui l?autorité indiscutable d?un Nadar.

Impossible cependant de donner tort à Peerally quand il explicite sa pensée en remarquant, à juste titre, que l?appareil photographique ne pense pas et que le photographe doit pallier cette absence de pensée. Le photographe doit apprendre à voir avec un ?il photographique.

Notre monde consomme de plus en plus de photos et autant que possible de photos-chocs, de photo-chics, de photos-promotions, de photos-séductions, de photos valant mille mots, de photos-interpellations, de photos suscitant sinon une adhésion du moins la réaction du voyeur.

Sautons à pieds joints les colonnes décrivant la préhistoire et l?histoire des inventions et des perfectionnements des équipements photographiques. Venons-en tout de suite aux années 1950, quand la photographie devient une école de la vision.

Peerally demande : pourquoi telle photo est classée ??uvre d?art? et pourquoi refuse-t-on la même étiquette à une autre photo du même photographe prise avec le même appareil ? Il nous renvoie à Platon (?l?art naît d?une folie divine?), à Aristote (?l?art moyen de faire naître des réactions psychologiques?) mais se réfère finalement à Cocteau (?la photographie, prise de conscience de la beauté?). Cette condition remplie, la photo peut prétendre devenir ?uvre d?art. Plus technique, Cartier-Bresson parle de l?organisation précise des volumes donnant à l?événement photographié sa meilleure expression. Faut-il alors privilégier la forme d?un objet, la brillance de sa texture ou encore son volume pour atteindre son aspect tridimensionnel complet ? Quoiqu?en dise le slogan publicitaire, le photographe doit procéder à l?exploration des moindres détails à photographier, d?en sélectionner les meilleurs et les privilégier au maximum avant de press the button. Le photographe doit s?entraîner à avoir une vision pénétrante, à découvrir rapidement la signification d?un sujet, à discerner son extrême subtilité, à éprouver ses premières conclusions auprès de chacun des éléments d?une photographie réussie (forme, texture, volume, couleur, motif). Il doit en outre savoir organiser les composants (équilibre, proportion, rythme, perspective) pour atteindre un but bien déterminé.

Et là, nous ne pouvons que conclure tristement : n?est pas Swaley Peerally qui veut. Tout cimetière est, dit-on, peuplé de personnes indispensables. Nous demandons seulement : qui le remplacera dans notre monde en quête de photographies parlantes ?

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