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L?art d?écrire

1 avril 2006, 00:00

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«Il faut une santé de fer, pour contrecarrer les échecs et même les succès. C?est souvent une vie d?enfer que vous vous imposez. Mais si l?écriture est le seul paradis que l?on connaisse, alors il ne faut jamais s?arrêter d?écrire.»

Didier Van Cauwalaert & Douglas Kennedy, Prix littéraire des Mers du Sud

Si le roman est l?art de mentir vrai, Didier Van Cauwalaert et Douglas Kennedy n?ont qu?une vérité : la leur. Ils ont l?art d?habiter la langue, pour y extraire ses plus belles couleurs et ses plus délicieuses saveurs.

Sages artisans, dont le flot de paroles traduit le rapport étroit qu?ils entretiennent avec l?écriture, Didier Van Cauwalaert et Douglas Kennedy, s?en vont d?abord vers le même constat. La lecture n?est pas morte, loin de là. «Ouvrir un livre, est la seule manière de ne pas subir le temps qui passe. En faisant du temps du livre son espace temps, le lecteur part à la reconquête de la liberté, voire de sa liberté,» explique le passionnant Didier Van Cauwalaert. «Le seul ennemi de la lecture, ajoute-t-il, c?est la passivité.» Et c?est la tâche de l?auteur, «d?écrire des livres qui donnent envie. Il nous faut saisir la demande des lecteurs et l?étirer au maximum, pour perpétuer ce rapport intime qu?a le lecteur avec le livre.»

L?auteur, doit ainsi fouiller sa mémoire, sa vie, la vie des autres, les visages, la société, le monde, et surtout son imaginaire, pour réinventer sans cesse mille vies. «Tout doit être perceptible, afin que le lecteur se sente concerné, même s?il ne partage pas toujours les aspirations du héros,» insiste Didier Van Cauwalaert.

Pour gagner le lecteur, une seule façon de faire : la simplicité. «C?est plus simple de rester simple. Depuis Flaubert, le sujet d?études préféré des hommes, c?est la vie quotidienne. Cette vie si ennuyeuse, devient passionnante dans le roman. L?ennui prend d?autres saveurs, et se conjugue facilement à travers la simplicité de l?écriture et du style,» explique Douglas Kennedy dans son bel accent américain. «La dernière noblesse de l?homme, c?est de rire de ce qu?il est, » ajoute Didier Van Cauwelaert.

«Le doute est mon voisin»

L?esprit clair et alerte, nos deux écrivains explorent le processus de création. « Même loin de ma table de travail, j?ai toujours l?imaginaire en vigilance,» raconte Didier Van Cauwalaert, dont les yeux bleus intenses, pétillent sans cesse.

Ecrire, est un besoin vital, comme respirer, manger ou dormir. «J?ai besoin de rendre des comptes à l?inspiration et au lecteur. Ecrire, c?est souvent une pression intérieure. Depuis que je suis enfant, j?ai toujours ressenti que le monde attend que je le ré-exprime,» ajoute-t-il, gêné pendant un instant de paraître prétentieux. C?est dire à quel point l?écriture est chez lui un don.

Mais comme le dit Charles Dantzig, lauréat de cette édition du Prix littéraire des Mers du Sud, dans son Dictionnaire égoïste de la littérature française, « le génie est le produit d?un entêtement. On a su tailler, arroser, cultiver, faire croître harmonieusement son don.» Le génie est donc loin d?être le fruit du hasard. « L?imaginaire, la mise en forme et le style, c?est un entraînement quotidien et rigoureux, parfois douloureux. »

«La discipline est primordiale, mais tous les écrivains sont atypiques,» insiste Douglas Kennedy. Et dans ce douloureux et jubilatoire processus de création, le doute, est le moteur de ces deux hommes de lettres. «Le doute est mon voisin. Si je ne doute pas, je ne ressens pas le frisson créatif,» souligne Douglas Kennedy.

«Il n?y a aucune usure dans le processus d?écriture. A chaque livre, on recommence. Il y a la même prise de risque, le même enjeu, malgré les prix et malgré les lecteurs. Il y a constamment les mêmes difficultés devant l?obstacle, les mêmes moments de doute, de détresse, de surprise et de défi,» poursuit Didier Van Cauwalaert.

Mais l?écriture offre divers espaces de liberté, que l?auteur happe à sa manière. Il erre ainsi à travers un monde qu?il visite au gré de sa fantaisie et de son imaginaire. Glissant de phrase en phrase, voguant de péripétie en péripétie, il observe, peaufine, façonne. L?écriture se fait alors dans une stimulante vitalité qui peut le surprendre lui-même.

«L?écriture c?est finalement un gigantesque chantier avec des choses qui avancent parfois dans l?ordre, parfois dans le désordre. Il faut parfois se laisser happer par l?inspiration soudaine des personnages. C?est alors que la construction se fait parfois à l?insu même de l?auteur, » explique Didier Van Cauwalaert.

«L?ordure redevient un être humain»

Mais au final, l?écriture n?est-elle pas la plus merveilleuse façon d?explorer le genre humain ? « L?évolution de l?être humain me passionne. Il apprend à sortir de lui-même pour être autre chose et se révéler. Ce n?est que de cette manière, que l?être humain peut savoir qui il est et surtout qui d?autre il pourrait être. En explorant l?humain, tout est possible, tout dépend du chemin que l?on prend pour y parvenir. L?écriture est finalement une grande école d?humanisme. Par conséquent, l?ordure la plus infâme redevient un être humain, donc une part de nous-même, puisque dans chacun de nous, il y a des gouffres insondables,» précise Didier Van Cauwalaert. Et l?auteur dans tout cela ? Il n?en sort pas indemne. A la fierté d?avoir réussi à émouvoir le lecteur, reste le doute, et le nécessaire besoin de faire encore mieux.

«La vie d?écrivain est une vie passionnante, malgré le risque, le danger et l?épuisement. Il faut une santé de fer, pour contrecarrer les échecs et même les succès. C?est souvent une vie d?enfer que vous vous imposez, à vous et à vos proches. Mais si l?écriture est le seul paradis que l?on connaisse, alors il ne faut jamais s?arrêter d?écrire,» insiste Didier Van Cauwelaert.

L?auteur reste par conséquent, un observateur privilégié, un armateur, parfois un «divagateur», un inspiré et un insatiable commentateur de la vie. Et comme le dit Charles Dantzig, «si la vie est ennuyeuse, la littérature ne l?est pas.»

«C?est plus simple de rester simple. Depuis Flaubert, le sujet d?études préféré des hommes, c?est la vie quotidienne. Cette vie si ennuyeuse, devient passionnante dans le roman.»

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