Publicité

L?art du ?beau, du bon et du vrai? selon Thierry Bichon

17 avril 2006, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Ses aquarelles prennent la forme de poésies. Le corps ne pouvant tenir en place et les bras agitant l?air, cet éducateur spécialisé explique qu?il vient en aide aux enfants à problèmes. Il a proposé un atelier de peinture au Centre d?éducation et de développement pour les enfants mauriciens (CEDEM) du 10 au 12 avril dernier. Discussion avec cet étrange mais profond personnage.

Au premier abord, il déconcerte. Oscillant de part et d?autre, l?éducateur s?explique surtout par ses mouvements. Fluides, flexibles mais précis. ?La peinture, c?est du théâtre, lance-t-il. Nous parlerons de la peinture sociale. Ici, nous sommes dans le beau, le bon et le vrai.? Sa peinture sociale se traduit dans ses aquarelles qu?il accroche aux murs du CEDEM. Des ?uvres thérapeutiques.

Le travail qu?il propose à cet atelier, c?est la production d?une ?uvre naïve. Ce n?est plus l?adulte qui peint, mais l?enfant qui réside en lui. Voilà à quoi s?en tient la peinture sociale. ?C?est très profond, ajoute Thierry Bichon. Comme un enfant, on se met au service de l?inspiration. C?est une peinture qui interagit?. Il est remarquable d?observer à quel point les couleurs deviennent plus sincères en suivant cette technique d?aquarelle.

?Certains clament que l?aquarelle est une méthode très complexe, mais ce n?est pas vrai !? s?esclaffe-t-il. Une aquarelle en monochrome bleu s?impose devant les yeux. Un point d?attraction attire le regard.

C?est le point de lumière. Et tout autour de cette teinte blanchâtre, la couleur bleu de Prusse s?échappe en fonçant d?intensité. ?Nous baignons là, dans l?ombre et la lumière?.

En cernant ce genre de technique, Thierry Bichon affirme que c?est une voie thérapeutique. Remarquez qu?il n?utilisera pas le terme ?art? mais ?activité artistique?.

C?est à travers cette activité que l?enfant à problème cède libre cours à ses pensées. ?La peur. Le doute. La haine. Ce sont les étapes de la violence. Cette violence se changera en amour à travers l?activité artistique. Comme le philosophe Goethe disait, on parle ici de métamorphose, de transformation.? L?activité artistique comme alternative à la violence.

Il a travaillé durant de nombreuses années chez des familles qui recueillent des enfants, quittant un métier de représentant commercial pour s?aventurer dans différents pays. C?est son désir d?aider qui l?a conduit vers les enfants.

<B>?Vous finissez par être poète?

Il a accompagné des enfants trisomiques et psychotiques. Ceux aussi qui ont été torturés. Et c?est durant ses étapes que Thierry Bichon a compris que ?toute activité artistique nourrit une partie de l?enfant?. L?aquarelle ne représente qu?un des ces procédés. L?aquarelle accentue la spontanéité, fait danser les couleurs, et reflète les sentiments.

Cet atelier a donné naissance à des travaux exceptionnels. Au départ certaines des formatrices du CEDEM ne comprenaient pas l?essence du message de Thierry Bichon. Leurs ?uvres finissaient par des couleurs ternes, des formes confuses et troublantes. Mais petit à petit, le regard est devenu autre.

Jets de couleurs libres. Vibration de jaune, bouillonnement de bleu. A un moment, Thierry Bichon s?en est allé ouvrir la porte. Et un fil de soleil lumineux a parcouru l?espace. ?Capturez ce soleil?, encourage-t-il. Et le mystère de la peinture sociale s?est révélé.

Comme un sculpteur, l?artiste se doit de faire vibrer la lumière dans son ?uvre. ?La lumière est partout, explique encore Thierry Bichon, c?est à vous de la chercher. Il ne faut pas ressembler à un artiste égocentrique. Celui qui se sent noyé devant sa feuille vierge, apeuré par la page blanche.? Cette technique de peinture se constitue de mots. Elle se termine par une phrase. ?Un mot et une phrase et vous finissez toujours par être poète quand vous peignez.?

Publicité