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L?art de la non violence

13 mars 2005, 00:00

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Y?en a marre ! C?est le cri de beaucoup de Mauriciens qui en ont ras-le-bol d?ouvrir le journal et de lire qu?untel a été assassiné pour son argent, qu?une prise de bec entre deux frères s?est terminée par un bain de sang, ou que tel groupe de personnes a choisi de résoudre un conflit par la force.

Cette période de fête nationale est peut-être propice à un nouveau départ, l?occasion de prôner un retour à une culture de paix, à un monde plus juste, plus solidaire, plus libre et plus harmonieux. Mais pour que ce soit possible, il faut comme le dit Marie-Hélène Montenot du comité Vigilance contre la violence, « balyé divan nou la porte avant ». Bien sûr, nous nous disons tous que ce sont les autres qui sont mauvais, agressifs, qui ont tout commencé. Mais nous sommes tous capables de violence dans notre quotidien, et dans nos relations avec les autres : l?enseignant qui stigmatise un groupe d?élèves parce qu?il appartient à une classe sociale inférieure et qui passe sur l?indiscipline d?un autre groupe parce que celui-là fait partie des privilégiés. Le patron qui exploite son employé, lui demandant toujours plus et en lui enlevant en retour ses privilèges. L?adolescent qui défie l?autorité parentale, et qui menace de se suicider si on l?empêche de faire comme bon lui semble. Les automobilistes qui s?insultent sur les routes.

La violence est tapie partout, et sous toutes ses formes : physique, sexuelle, psychologique, économique, ou encore sociale. Dans nos guéguerres conjugales, familiales, professionnelles, comme dans nos luttes politiques ou religieuses, il y a des dénominateurs communs. En effet, nous avons souvent des difficultés à écouter les autres, à chercher à comprendre ce qu?ils nous disent. Nous aimons avoir le contrôle, nous vivons la différence comme une menace, nous jugeons sans observer.

<B>Éviter la confrontation à tout prix</B>

La violence est aussi le fruit de la frustration, elle sert à exprimer nos besoins lorsqu?ils ne sont pas reconnus ou satisfaits. Il y a donc urgence à être davantage conscients de notre manière de penser et d?agir, de ne pas ignorer les besoins qui nous incitent parfois à nous faire violence et à reporter sur d?autres cette agressivité.

Le comité Vigilance contre la violence sensibilise déjà les paroissiens de l?église Sainte-Thérèse pour qu?ils ne se livrent pas à des excès dans la vie de tous les jours. L?association Les colombes organise un défilé nocturne, le 19 mars, pour dire que nous sommes tous concernés par la non-violence. Radio One a, quant à elle, choisi de marquer son troisième anniversaire par une action sociale : allumer une bougie pour dire non à la violence. La balle est donc dans notre camp.

Certes, il n?est pas toujours facile de contenir ses émotions quand le conflit éclate et parfois, les mots dépassent les bornes. Mais l?idéal, c?est d?éviter la confrontation quand ça commence à chauffer, d?écouter l?autre et de respecter son point de vue. Nous devrions aussi dire nos amertumes, nos peurs et nos frustrations pour ne pas avoir à mettre le feu aux poudres.

Plus facile à dire qu?à faire, entend-on souvent. Comment garder son calme quand on n?a pas rien à manger, quand on est victime de discrimination ? La solution dépend d?abord de nous. Si l?on ne peut pas changer le monde, on peut toutefois s?armer contre ses agressions. Ce serait déjà un grand pas en avant si chacun d?entre nous cultivait une paix intérieure autour de nous-mêmes. La paix est, paraît-il, contagieuse.

100 000 bougies pour lutter contre la violence. Radio One a voulu frapper fort pour sensibiliser les gens sur le phénomène de la violence. Il y a eu des émissions sur le sujet toute la semaine et un appel avait été lancé pour que chaque Mauricien allume une bougie hier à 19 heures. Cela s?inscrivait dans le cadre des trois ans de la radio, mais aussi de la fête de l?indépendance. Pourquoi associer la violence à un heureux événement tel un anniversaire ? « Parce que chaque jour a son lot de violence, cette impression d?insécurité a fait le tour du pays et parce que les crimes sont de plus en plus crapuleux », explique Jacques Aristide, un membre de la rédaction. L?objectif visé était de sensibiliser le public afin qu?il ne reste plus spectateur de cette montée de violence et de l?assurer du fait que le combat contre ce fléau est l?affaire de tous et que chacun peut y apporter sa contribution. Pendant toute la semaine, des invités ont défilé pour parler des causes et des moyens pour arriver à bout des agressions. La station a distribué 100 000 bougies autour de l?île, et certains auditeurs se sont déplacés pour chercher leurs bougies à la radio. La cerise sur le gâteau était, bien sûr, l?événement d?hier : la lueur d?espoir d?un monde meilleur a brillé de mille feux pour dire un grand non à la violence. Un anniversaire sobre, en collaboration avec des mairies, la police, des chefs religieux de toutes les confessions, des organisations non gouvernementales, et des conseils de districts? tout cela sur fond d?une action sociale ! Est-ce à dire que l?heure est grave ?

<B>Communiquer plutôt que cogner</B>

CNV, vous connaissez ? Et pourtant si on la pratiquait, on pourrait éviter bien des conflits dans nos relations avec les autres. C?est Marshall Rosenberg, docteur en psychologie cliniqueet homme de paix, qui a mis au point ce processus de communication non violente, d?où son nom, CNV. Thomas d?Ansembourg, spécialiste en gestion de conflits retrace dans son bouquin Cessez d?être gentil, soyezvrai ! les moyens de désamorcer la mécanique de la violence grâce à la communication non violente. Il nous invite à revoir la façon de nous exprimer, de dialoguer avec nous-mêmes et avec les autres. « Communiquer, c?est s?exprimer et écouter ; c?est s?exprimer et laisser l?autre s?exprimer, s?écouter soi, écouter l?autre et souvent s?assurer qu?on s?est bien écoutés mutuellement », fait ressortir l?auteur. Souvent, la violence est véhiculée dans notre vocabulaire quotidien, par des mots qui divisent, qui opposent, qui comparent, qui catégorisent ou condamnent. Pourtant, il existe des mots qui rassemblent, qui proposent, qui réconcilient.

Si notre apprentissage à l?école nous a formés à développer notre vocabulaire pour maîtriser l?histoire, la géographie, les mathématiques, presque rien n?a été fait pour nous apprendre à exprimer ce que l?on ressent. Résultat, pour reprendre les propos de Sophie de Robillard et de Marie Desvaux, il faut apprendre à « mettre des mots sur des maux ». Quand on a un malaise, un sentiment de colère, il faut que cela puisse sortir, sinon on se sent impuissant. Alors souvent, nous nous déchargeons sur les gens de notre entourage.

Pour ne pas s?engouffrer dans cette spirale d?incompréhensions, nous devons reconnaître nos besoins, exprimer ce qui se passe en nous, plutôt que dire aux autres ce que l?on croit être leurs quatre vérités. Comme l?affirme l?ouvrage : « La violence au quotidien s?enclenche par : la non écoute de soi qui mène tôt ou tard à la non écoute de l?autre, le non respect de soi, qui mène tôt ou tard au non respect de l?autre. »

Concrètement, prenez conscience de ce que vous vivez vraiment, observez sans juger ni interpréter, identifiez vos besoins sans les projeter sur autrui, choisissez d?aller à la rencontre de l?autre plutôt que d?agresser et de fuir. Ce livre apporte un éclairage sur tout notre potentiel de la communication non violente.

<B>« Que chacun fasse un examen de conscience »</B>

« On se sent concernés et consternés par les événements », explique Lysie Ribot, la porte-parole de l?association Les colombes, « Nul n?est à l?abri. La violence nous guette partout et à tout moment. Les coups ont remplacé les mots », ajoute-t-elle. Mais l?association reste optimiste. Pas question de rester à se morfondre sur le sort de l?île mais il faut plutôt agir. « Nous voulons marcher librement dans nos rues, exercer notre profession sans être agressés, léguer à nos enfants une île non violente », souligne Lysie Ribot. Pour sensibiliser le public sur la réflexion personnelle à entreprendre pour faire obstacle à la violence, l?association organise un défilé pacifique le 19 mars. Le rendez-vous est donné au Champ-de-Mars, à 18 heures, avec le drapeau national et des bougies.

Le défilé se dirigera ensuite vers le Port-Louis Waterfront où les participants chanteront l?hymne national et observeront une minute de silence en mémoire des victimes de la violence. Après le message de paix des organisateurs, un concert aura lieu, avec des artistes comme Éric de Chasteauneuf, Audrey Poussin, ou encore Cyril Ramdoo.

« Le moment est venu pour que chacun fasse un examen de conscience et arrête de dire pas moi sa, li sa. Pas la peine d?aller chercher des responsabilités ailleurs, on contribue tous directement ou indirectement à la violence », avance Lysie Ribot. À bon entendeur, salut !

<B>« Nous voulons nous interpeller d?abord »</B>

« Aujourd?hui nous venons te demander à toi maman, à toi papa, à toi grand-père, à toi grand-mère, quel héritage tu vas choisir de laisser à ton enfant ? Vas-tu rester passif ou vas-tu te décider à agir. À toi jeune qui désire construire ta vie, quel chemin vas-tu choisir de prendre ? » Le comité Vigilance contre la violence, veut interpeller tout un chacun en lisant ce message après l?homélie du prêtre à l?église Sainte-Hélène. Ce mouvement est né, il y a un peu plus de deux semaines, dans cette paroisse. « Nous voulons que les gens prennent conscience de la montée de la violence. Nous voudrions grâce à des messages forts, amener les parents à prendre leurs responsabilités. Nous voulons nous interpeller d?abord », affirme Clet Adolphe, membre du comité. Pour Marie-Hélène Montenot, la peur s?est installée partout. « Même entre nos quatre murs nous ne sommes pas à l?abri.

Les gens vous demandent de les aider, si vous n?y parvenez pas, ils vous agressent. » Le comité appelle le public à pratiquer la non violence dans la famille, au travail, dans le quartier. « Tu peux le faire par un sourire, un bonjour, par des petits gestes d?amour, en discernant ce qui est bon pour l?épanouissement de la personne, en renonçant à te laisser aller à toute forme de violence. » Le comité compte organiser un forum sur le sujet en invitant des ONG, la police, le ministère de la Femme, des psychologues, et les membres du gouvernement, à réfléchir sur la non violence.

<B>Vous êtes fâché ? Gare aux dérapages... </B>

On dit qu?il ne faut pas s?endormir sur un ressentiment, car plus on attend plus il devient explosif. Crever l?abcès c?est une chose, comment s?y prendre, c?est une toute autre affaire. Il y a des choses à ne pas faire pendant une dispute.

Il y a des mots qui blessent comme des coups de poignard. Il y a certaines attitudes qui tuent les relations. Il est plus prudent de se mettre à la place de l?autre, de négocier au lieu d?attaquer. Évitez :

■ Les injonctions. Ces ordres qui consistent à ce qu?on vous obéisse sur-le-champ et à dire à l?autre ce qu?il a à faire : « Hors de ma vue ! » ;

« À partir d?aujourd?hui tu n?iras plus chez ta mère ! ».

■ Les disqualifications.

Discréditer l?autre, attaquer son estime : « Tu es trop bête, tu ne comprends jamais rien » ; « De toute façon, tu n?as pas de classe. »

■ Le chantage affectif qui rend l?autre responsable de ses malheurs : « Si je bois, c?est parce que tu m?y pousses » ; « Puisque tu ne veux pas sortir avec moi, j?irai tout seul. »

■ La valse des reproches. Envoyer à la figure de l?autre des choses qui dépassent la pensée, et que vous pourriez regretter par la suite.

■ Le refus de la différence. Les gros conflits sont souvent le fruit des petits refus au quotidien. On est déçu parce que l?autre n?a pas les mêmes réactions que nous. On en veut à l?autre parce qu?il ne dit pas ce qu?on aurait dit à sa place.

■ De rejeter le point de vue de l?autre. Il faut comprendre que l?opinion de l?autre puisse être aussi légitime que la nôtre. Essayez, dans le feu de la discussion, de poser deux questions « pourquoi ? » et « pourquoi pas ? ».

■ D?envenimer les choses. Lorsque le ton monte, reformulez ce que dit l?autre : « Si je saisis bien, tu es en train de me dire que tu n?aimes pas ma façon de m?habiller, c?est bien cela ? » Cela permet de relativiser le conflit.

■De couvrir vos erreurs. Vous avez oublié d?acheter un antimoustique. Au lieu de lancer : « Tu crois que je n?ai que cela à faire ? », dites plutôt que vous avez oublié et que vous êtes désolé. Lorsque vous acceptez votre part de responsabilité dans le conflit, vous désarçonnez l?autre et vous réfrénez sa violence.

■ Les attaques personnelles : « Tu refuses d?aller à la fête parce que tous tes vêtements sont nuls » ; « Tu es une complexée, c?est pour cela que tu ne réussiras jamais. »

Ce sont là des phrases qui ne s?oublient pas.

■En gros, évitez d?être incohérent et méchant, de dramatiser, de faire des crises d?hystérie, car une dispute ne sonne pas le glas d?une relation. Et si d?avance, vous vous dites que finalement il vaut mieux rester muet comme une carpe, sachez que l?absence de dialogue ne fait que nourrir des quiproquos et des frustrations. Parfois, on décide de ne pas se parler parce qu?on se dit que l?on sait déjà ce que l?autre va répondre. On lui a déjà collé des étiquettes. Mais comment découvrir les envies, les besoins de l?autre, et faire des projets si on ne se parle pas ? La communication est indispensable pour se connaître, sinon on finit par se dire un jour que l?autre « n?est pas du tout celui que l?on croyait ».

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