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Langue de bois...
Alors Navin Ramgoolam et Pravind Jugnauth auraient simplement discuté de proportionnelle et de Rodrigues !
Toujours dans l?antre feutré du Trésor : Conseil des ministres « spécial ». Spécial parce que c?était un jeudi. Quant au contenu, rien d?officiel, sauf une laconique déclaration du genre : « C?était simplement un exercice d?échange d?informations. » En revanche, pour celui du vendredi, nous avons eu droit au traditionnel communiqué, avec son chapelet de mesures.
Ces informations dites officielles proviennent d?un discours stéréotypé, convenu. Et en l?absence d?informations contradictoires, la langue de bois s?impose comme l?unique version.
Cette langue, commune aux politiciens, indépendamment de leur bord, non seulement n?exprime pas le réel mais, en plus, empêche de l?exprimer.
La langue de bois donne l?impression de faire de la communication mais n?est en fait qu?un vecteur de langage figé, fictif, voire trompeur. Les deux rencontres de cette semaine au bureau du Premier ministre suivent cette logique de communication.
Ainsi pourquoi Navin Ramgoolam et Pravind Jugnauth voudront révéler la teneur totale de leurs discussions ? Ils ne veulent surtout pas se mettre en difficulté ou choquer leurs partisans, eux ces ennemis jurés quand ils sont perchés sur des camions.
Mais il y a une autre raison, plus subtile. En laissant prolonger le doute, cela les arrange. Pour Ramgoolam, c?est souligner la scission au sein de l?opposition alors même que Paul Bérenger appelle à la réunification. Pour le leader du MSM, c?est surtout démontrer que son parti peut aussi avoir une ligne de communication avec le PTr alors que le MMM courtise l?Union nationale. Mais tout cela n?est que pure spéculation, nous dira-t-on.
De même, tout ce qu?on glanera sur le conseil des ministres « spécial » sera en « off record ». La gestion des crises gouvernementales se fait dans la discrétion, loin des caméras.
Finalement, ce qui en ressort a été soigneusement filtré par un « porte-parole » du gouvernement, retravaillé à une sauce politiquement correcte et savamment distillé comme « news ». C?est cela l?envers du décor médiatique : on évolue ici hors de la portée des questions pièges, des débats à risques, des sueurs froides que peut provoquer une conférence de presse.
Mais la langue de bois se délie souvent avec le temps. Peut-être qu?un jour quand il ne sera plus ministre des Finances, Rama Sithanen consentira à raconter publiquement comment se défend un « Budget de rupture » : les tractations de couloirs, les petits arrangements entre collègues qui restent à être convaincus. On devine qu?il n?est pas toujours facile, surtout en ces temps durs, d?être celui qui tient les cordons de la bourse : entre des ministres qui veulent plus de crédits pour eux et moins de taxes pour leurs mandants.
Peut-être aussi que dans une éventuelle future biographie, comme celle dont il raffole, Navin Ramgoolam relatera comment, après les 100 premiers jours de son retour à la tête du pays, il a dû changer de discours ? et de ton ? pour convaincre d?abord ses ministres de « reset » leur « mind ». Pour leur rappeler aussi qu?ils ne sont plus en campagne électorale, que la « solidarité » du groupe est primordiale pour amener le peuple à comprendre que les mesures impopulaires sont incontournables.
Selon une source non autorisée bien sûr, Ramgoolam a su convaincre plus d?un ministre jeudi, tantôt en réexpliquant les réalités économiques, tantôt en menaçant de sanctions ceux qui ne voulaient pas comprendre. Un véritable test de leadership, qu?il ne faut pas dévoiler dans pareil contexte de contestation populaire.
Mais tout cela, risque-t-on encore de dire, n?est que la vérité par spéculation. À cela on pourrait répondre que soit on exerce le métier d?informer avec discernement, intelligence et honnêteté, soit on se contente de répéter ce qu?on veut bien nous dire.
Mais la presse indépendante ne veut pas être une caisse de résonnance du pouvoir, à l?image de la MBC. Alors pour la brider, au lieu d?un « Freedom of Information Act », le gouvernement brandit des sanctions plus sévères contre les journaux et une nébuleuse « Media Commission ».
La récente mésaventure du Dr Shiam Sungkur ? qui aurait pu être un excellent communicant d?informations techniques à la Santé ? va dans ce sens. Celui d?une seule vérité. Celle qu?on veut nous imposer.
Comment une presse indépendante peut-elle accepter cela ?
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