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L?Amérique s?enlise dans une ?sale guerre?
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L?Amérique s?enlise dans une ?sale guerre?
?Il nous a dit qu?il s?appelait Hassan Al-Abdallah et qu?il était d?Aab, au Yémen?...Blessé à l?épaule et aux jambes, ?il? est le seul membre arrêté du groupe qui a commis, en l?espace de deux heures, lundi 27 octobre à Bagdad, six attentats-suicides à la voiture piégée. Ou plutôt cinq : le dernier, le sien, a échoué.
Hassan Al-Abdallah se trouverait à l?hôpital Ibn-Sina des forces américaines à Bagdad. Dira-t-il qui l?a envoyé mourir, lui et les autres kamikazes, qui ont ainsi tué 43 personnes et en ont blessé plus de 200 autres, des civils irakiens en majorité ? Leurs cibles ? le siège du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et cinq postes de police irakiens ? suggèrent une piste terroriste islamiste, contrairement à l?attaque aux roquettes de dimanche contre l?hôtel central des forces américaines, parfois saluée, lundi, notamment dans les quartiers sunnites de la ville, comme une ?opération militaire légitime contre l?occupant?. Parmi les victimes des attentats de lundi, les plus meurtriers en Irak depuis celui de Nadjaf, le 29 août, qui avait fait plus de 80 morts, figurent un soldat américain tué et six autres blessés.
Dans l?hôpital Ibn-Al-Nafis, à 500 mètres du bâtiment du CICR, le silence est retombé après le cauchemar de la matinée. La salle d?opération a été endommagée par l?onde de choc de l?explosion de l?ambulance utilisée par le kamikaze. Douze corps sont conservés dans la morgue ; certains des 23 blessés ont été transférés ailleurs.
Mohammed Karim, médecin assistant aux urgences, raconte comment des policiers irakiens accompagnés d?Américains ont amené ce blessé particulier, ?dégoulinant de sang?, qu?ils ont présenté comme un ?terroriste syrien?. L?homme n?a pas réussi, ont-ils dit, à faire exploser sa voiture piégée au poste du quartier de Bagdad Jadida et les policiers ont tiré sur lui. ?Mais je ne pense pas qu?il soit syrien?, précise Mohammed Karim. ?Il est brun, petit... Il ne parlait pas, il geignait. Tout en le soignant, on lui a demandé doucement, nous les médecins irakiens, s?il était de Damas ou d?Alep. Il a alors dit son nom, et qu?il était de Aab. On pense donc qu?il est yéménite.? Les originaires du Yémen auraient été nombreux parmi les étrangers mobilisés, avant la guerre, par Saddam Hussein, comme ils l?étaient auparavant en Afghanistan.
?On a arrêté ses hémorragies, on lui a fait une radio et, deux heures plus tard, quand son état s?est stabilisé, les Américains l?ont emmené dans leur hôpital Ibn-Sina. Mais il ne leur a pas parlé. Il n?a parlé qu?à nous, quand il croyait qu?il allait mourir?, dit l?assistant des urgences.
?Terroriste Syrien?
Devant l?hôpital, deux voitures de militaires américains venus demander où se trouve le ?terroriste syrien? repartent en trombe, se contentant d?une brève réponse d?un médecin quittant les lieux. Un rapport américain vient de dénoncer la désorganisation et les rivalités entre services, qui rendraient inefficace le renseignement en Irak...
Un autre groupe d?enquêteurs américains est à pied d??uvre au poste de Bagdad Jadida, cinq heures après l?attentat manqué. Une demi-douzaine d?hommes et une femme, portant casque et gilet pare-balles, sont escortés de quatre chars. Tenue à distance par des rouleaux de barbelés, la foule s?interroge : y a-t-il eu une ou deux voitures ? Un, deux ou trois terroristes ? Par où ont-ils fui ? Tous affirment que l?homme arrêté est ?syrien?. Ils disent aussi, dans ce quartier chiite, leur colère face à ?tous ces actes terroristes, qu?ils soient commis contre les Américains ou contre les Irakiens?. Mais aussi que ?tout cela est de la faute de Saddam Hussein et des Américains qui l?ont soutenu, avant de nous faire payer leur erreur. Et maintenant, ils nous font payer leurs erreurs avec leur Al-Qaida !?
Les Américains une fois partis, avec un sac plein de bâtons de TNT, les policiers montrent aux journalistes un vieux 4_4 Toyota blanc, immatriculé à Kirkouk, qu?ils ont traîné dans la cour du poste. Son contenu, ?200 kg de TNT et trois obus de mortier?, n?a pas explosé alors même que, lancé à toute vitesse, il a fait un trou dans l?enceinte de la cour et que sa carrosserie est criblée de balles. ?Il y avait une voiture et un terroriste. Il s?est écrasé contre le mur, est sorti et a lancé une grenade qui a blessé notre garde. Alors, je l?ai atteint à l?épaule?, raconte le tireur d?élite du commissariat, qui était posté sur le toit.
?Vous méritez la mort !?
La suite du récit est plus confuse: il y a eu une fusillade, et le terroriste blessé a pu fuir sur 300 mètres avant d?être arrêté ?par les policiers?. Mais à cet endroit, où du sang tache le sol, des hommes postés devant leur local, celui du parti chiite Al-Dawa, disent autre chose. ?C?est un de nos amis qui a pris un fusil d?assaut et qui a tiré dans les jambes de l?homme pour l?arrêter, avant que la police ne vienne?, assure l?un d?eux, Haydar. ?Notre ami l?a sommé de s?arrêter, mais il a hurlé : Je suis arabe, bande de lâches qui méritez la mort !? Alors il a tiré. Une lettre citée par l?AFP confirme qu?aux yeux des terroristes islamistes, les Irakiens engagés dans la police ?des Américains? méritent la mort. Adressée il y a peu au poste d?Al-Khadra ? l?un des commissariats attaqués lundi ? par le ?Commandement des forces d?Assadullah?, elle dit : ?Le djihad est un devoir pour tout Irakien... Au lieu de soutenir les moudjahidins d?Irak, vous les prenez, saisissez leurs armes et les livrez aux Amé-ricains... C?est un acte qui ne plaît ni à Dieu ni à son prophète Mahomet. Vous vous placez sous la tutelle des juifs et des Américains... Celui qui vous tue au lieu -de tuer- des Américains n?est passible d?aucun reproche, d?aucun châtiment.?
Sophie Shihab
© Le Monde News Servive
FACE A LA PRESSE
George W. Bush : ?Nous ne nous laisserons pas intimider?
Le président américain George W. Bush a passé en revue différents éléments de sa politique nationale et internationale, insistant sur les attentats en Irak et sur la situation au Proche-Orient. Les auteurs des récents attentats à Bagdad sont, dit-il, soit des membres du parti Baas de l'ex-dirigeant Saddam Hussein, soit des terroristes étrangers, soit les deux à la fois. ?Nous ne nous laisserons pas intimider?, affirme le président américain. Il poursuit : ?Ils veulent tuer et créer le chaos.?
?Notre coalition se renforce. Notre but est que l'Irak et l'Afgha-nistan deviennent des pays stables et que leurs peuples vivent en liberté?, assure George W. Bush. Interrogé sur son annonce du 1er mai selon laquelle les opérations militaires majeures en Irak étaient terminées, il reprend : ?J'ai dit que l'Irak était un endroit dangereux, que nous avions encore beaucoup de travail à faire. Nous venions de terminer une campagne militaire victorieuse et je voulais remercier les troupes.? Il avait annoncé la fin des opérations en Irak d'un porte-avions croisant au large des côtes de la Californie, où il avait apponté à bord d'un avion militaire revêtu d'une tenue de pilote.
<B>BILAN</B>
Trop de victimes
Deux militaires de la 4e division d?infanterie américaine ont été tués mardi soir dans une attaque au nord de Bagdad.
Un troisième militaire a été blessé lorsque leur véhicule a sauté sur une mine. Ces disparitions portent à 116 le nombre de victimes américaines tombées lors d?actions hostiles depuis la fin officielle ?du gros des combats?, le 1er mai. La guerre proprement dite, déclenchée en mars par Washington et Londres pour renverser le président irakien Saddam Hussein, avait, elle, fait 115 morts dans les rangs américains, d?après les chiffres officiels.
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