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Lait : les vraies raisons de la hausse des prix
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Lait : les vraies raisons de la hausse des prix
Le lait en poudre importé a comme un arrière-goût ces derniers temps. Ce n?est pas qu?il soit de mauvaise qualité. Non, mais parce que son prix n?a cessé de prendre l?ascenseur. Pour ne citer que l?exemple de l?une des marques vendues sur le marché, son prix a changé deux fois pour le seul mois de juillet. Le kilo de lait de cette marque est ainsi passé de Rs 97,90 à Rs 99,90.
Ces augmentations fréquentes étonnent d?autant plus que ce produit de base est exempté de taxes douanières à l?importation. Quoi qu?il en soit, au bout de la chaîne, c?est le consommateur qui trinque. Ces augmentations ont agacé le gouvernement, à telle enseigne que le nouveau ministre du Commerce, Rajesh Jeetah, a fixé à 14 % la marge de profit sur le lait. Elles mettent mal à l?aise les importateurs accusés de gonfler artificiellement les prix. Enfin, elles créent une atmosphère de suspicion parce que les uns et les autres cherchent des boucs émissaires face à l?étonnement des consommateurs.
La competition est féroce
« La dépréciation de la roupie est le principal facteur des augmentations du prix du lait en poudre », soutient Paul Ah Lim, directeur de New Zealand Milk Ltd, qui représente les marques Red Cow, Farmland et Anchor. Un avis que partagent Gilbert Kishtoo et Bamydeen Suman, respectivement directeurs commerciaux de la filiale locale de Nestlé, et d?Happy World Foods Ltd, qui représentait la marque Red Cow.
« Ils ont tort d?attribuer à la dépréciation de la roupie les augmentations des importations », rétorque le responsable financier d?une importante banque qui souhaite garder l?anonymat. Il reproche aux importateurs de faire très peu de cas du hedging, un mécanisme que les banques mettent à la disposition des importateurs contre les fluctuations. « Admettons que les prix à l?étranger augmentent. Rien n?oblige les importateurs à appliquer ces nouvelles augmentations sur les stocks qu?ils ont payés à l?ancien prix. »
Notre interlocuteur s?interroge sur la marge de man?uvre du gouvernement dans le domaine monétaire. « Il faut faire une croix sur l?appréciation de la roupie par rapport aux principales monnaies étrangères tel le dollar américain. Le temps où le dollar valait Rs 12 ou Rs 15 est bel et bien révolu. »
Cela dit, le prix du lait n?est pas uniquement influencé par les facteurs extérieurs. Ce marché a ses propres caractéristiques. Il existe près de dix marques de lait en poudre sur le marché local. La compétition est féroce. Certains accusent New Zealand Milk Ltd de jouir d?une situation de monopole. Or, la définition de monopole telle qu?elle est stipulée dans le Competition Act, ne s?applique pas au cas de New Zealand Milk Ltd.
Cette compagnie occupe certes une importante part du marché du lait en poudre avec en prime la représentation exclusive de la marque leader Red Cow, mais ce positionnement n?empêche pas d?autres opérateurs de se battre avec acharnement. Happy World Ltd, qui a perdu la représentation de Red Cow au profit de New Zealand Milk Ltd, s?est fixé comme objectif de doubler la marque Red Cow. « C?est le défi que je voudrais relever », explique Bamydeen Suman, directeur commercial d?Happy World Foods. Et Shoprite introduira bientôt une nouvelle marque de lait en poudre.
Il n?y a donc pas de monopole. Cependant, ceux qui ont la main mise sur le marché du lait en poudre imposeraient leurs diktats aux revendeurs. « Ils vous obligent à vendre à un prix fixé. Si je veux, par pure stratégie commerciale, vendre en dessous du prix recommandé par l?importateur, mes prochaines commandes sont sûres d?être ignorées. Qui prendra ce risque sachant que la présence du lait sur les rayons attire la clientèle. Pourquoi refusent-ils que je permette à mes clients de profiter des rabais que je suis prêt à organiser ? », s?indigne le directeur des achats d?une grande surface. Un argument que rejettent les importateurs. « Le marché du lait est très sensible. Nous voulons éviter des initiatives qui risquent de le déséquilibrer », insiste l?un d?eux.
« Nous nous battons pour notre survie »
Le marché local est un marché libre et compétitif. Ce qui devrait normalement bénéficier aux consommateurs. Et pourtant, contre toute logique de l?offre et de la demande, le prix du lait en poudre continue d?augmenter. Y a-t-il une explication autre que les raisons officielles ?
« Avec l?arrivée des hypermarchés d?Europe, une nouvelle culture s?est mise en place », explique le directeur commercial d?une grande surface. Ainsi, les concepts de budget de référencement (somme exigée du revendeur pour qu?un produit soit exposé), de remise calculée sur la valeur de la facture et sur le volume annuel de vente ont été introduits. « Croyez-vous que les importateurs vont puiser dans leur marge de profit ? Ils finissent par augmenter les prix à l?achat. C?est une augmentation artificielle qui résulte de la pression qu?ils subissent. Sans ce budget de référencement, un importateur prend le risque que ses produits ne soient pas exposés sur les rayons des grandes surfaces. Les points de vente appartenant aux Mauriciens ont petit à petit adopté ces nouvelles pratiques. »
Autre pratique qui contribuerait à gonfler artificiellement les prix est l?obligation faite aux importateurs par les grandes surfaces, de participer au financement des brochures publicitaires. « Le coût est réparti en fonction du nombre de points de vente où ces brochures seront distribuées. Ce ne sont pas les importateurs qui fixent la règle de ce jeu-là. Il n?est pas interdit de penser qu?un opérateur peut ainsi engranger des profits nets. Là encore, l?importateur ne va pas réduire sa marge de profit pour financer ces coûts-là. »
Réaction du responsable de vente d?une grande surface : « Il n?y a rien de répréhensible dans ces pratiques. Elles représentent au maximum 3 % du chiffre d?affaires des importateurs. C?est insignifiant par rapport à une marge de profit de 41 %. Qu?on ne nous accuse pas de provoquer des augmentations artificielles. » Un point de vue que conteste un importateur. « La marge de profit de l?industrie agroalimentaire ne dépasse pas 2 %. Une étude sur les entreprises les plus profitables le confirme. Nous nous battons pour notre survie. »
Le marché du lait en poudre n?est donc pas si simple. Rajesh Jeetah, ministre du Commerce, a d?abord menacé d?introduire le contrôle des prix avec les applaudissements de Mosadeq Sahebdin et de Jayen Chellum, respectivement coordonnateur de l?Institute for Consumer Protection (ICP) et secrétaire général de l?Association des consommateurs de l?île Maurice, avant de décider de limiter la marge de profit. « Nous aurions souhaité nous asseoir autour d?une table avec le gouvernement avant que celui-ci ne prenne une décision », explique Gilbert Kishtoo, directeur commercial chez Nestlé.
La première parade du gouvernement a été de s?attaquer à la marge de profit des opérateurs, qu?une étude toute fraîche a établi à 41 % et n?a pas eu recours au contrôle des prix. Ce chiffre est contesté par les importateurs. L?ICP souhaite l?extension de cette mesure à d?autres produits tels les conserves et l?huile de table.
En ciblant la marge de profit des opérateurs, le gouvernement parviendra-t-il à s?attaquer de front aux véritables facteurs qui contribuent à faire gonfler les prix comme l?imposition de la TVA sur le lait empaqueté à Maurice ?
Le prix du lait dans la région
À titre de comparaison, voici quelques indications du prix du lait en poudre dans différents pays de la région. À Madagascar par exemple, une boîte d?un kg de lait en poudre de la marque O?lait, de fabrication locale, coûte Rs 225. Une boîte de Régilait demi-écrémé de 500 g vaut Rs 150. Un litre de lait Candia en brique d?un litre est vendu Rs 75. Une boîte de lait en poudre Nido de 900 g coûte Rs 300 à Madagascar, Rs 192 aux Seychelles, Rs 250 aux Comores, Rs 115 à Maurice et Rs 450 à la Réunion.
Pourquoi ne pas importer d?Inde ?
De nombreux Mauriciens le savent : l?Inde est un gros producteur d?excellents produits laitiers et plusieurs citent, avec nostalgie, les différents produits de la gamme Amul. La Gujarat Cooperative Milk Marketing Federation regroupe toutes les coopératives de lait de l?État du Gujarat et produit toute une gamme de produits laitiers ? du lait écrémé au ghee en passant par le cheddar cheese, le beurre, le lait pour nourrissons ? sous la marque Amul, mot sanskrit que l?on peut traduire par « d?une valeur inestimable, qui n?a pas de prix ». Le site www.amul.com répertorie la gamme complète de produits offerts ainsi que les détails sur leur valeur énergétique.
Les produits Amul sont exportés, entre autres par la State Trading Corporation of India Ltd, dans de nombreux pays et répondent aux normes de l?Union européenne, les citoyens britanniques d?origine indienne étant les principaux clients étrangers. Maurice, selon un député nouvellement élu, aurait tout à gagner, à qualité égale sinon supérieure à l?Océanie, à s?approvisionner à moindres coûts en Inde.
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