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Laideur ambiante
<B>Par Raj MEETARBHAN</B>
L'esthétique est un sujet trop peu abordé dans les débats sur les villes. Or, les capitales qui prospèrent sont justement celles qui s?efforcent de concilier fonctionnalité, sécurité, confort et esthétique. A la veille de la fête de la Cité, qui sera axée cette année sur le patrimoine de Port-Louis, cette question mérite l?attention des édiles.
Il y a plusieurs problèmes auxquels la capitale est en proie depuis des décennies, mais le plus important est sans doute l?horreur de ces souks qui se développent de façon chaotique dans diverses régions. Ces zones de désordre portent atteinte à l'esthétique de la cité et constituent des risques pour la circulation routière. Mais leurs occupants ont, le plus souvent, la garantie d?une protection occulte.
Il a fallu une intervention énergique du haut-commissariat indien pour que les autorités se décident à évacuer les marchands ambulants opérant aux abords de son siège à Port-Louis. Une deuxième chancellerie étrangère vient de faire des représentations à l?encontre des marchands qui se sont installés devant ses bureaux. Les décideurs publics réagissent. Mais c?est uniquement pour des raisons de sécurité. Le caractère esthétique des artères de la ville n?a jamais été considéré par les autorités comme un critère suffisamment important pour justifier une action musclée.
Le maire de Port-Louis s?est d?ailleurs dissocié de l?action policière à la rue John Kennedy. Il est vrai qu?après la vigoureuse action policière menée hier, Reza Issack a annoncé son intention de reclasser les 2 000 colporteurs de la capitale dans des zones spécifiques mais il est permis de douter de l?efficacité de son action. Le député-maire invoque ?l?aspect humanitaire? pour justifier d?avance pourquoi il sera obligé de tempérer ses ardeurs. On comprend que, quand bien même il est sincère, il serait victime de lobbies électoralistes.
On peut également regretter que l'enlaidissement progresse dans le centre-ville. Les propriétaires des commerces et des immeubles n?ont aucune obligation d?entretien de leur bâtiment. Il y a de nouvelles constructions qui se font sans aucune harmonie avec le paysage existant. Il manque au centre-ville une unité esthétique. Cette disparité est flagrante à l?entrée sud de la capitale. D?un côté de l?autoroute, se trouve le fascinant édifice du Caudan Waterfront et de l?autre, des feuilles de tôle qui cachent les marchands ambulants.
Pour notre journaliste Aline Groëme-Harmon, qui a entrepris de faire une petite virée dans la capitale à l?occasion de la fête de la Cité, le c?ur n?est pas en fête. Elle exprime en page 5, son indignation et son dégoût : ?Comment expliquer que, dans un quartier traversé par autant de pieds on tolère une telle laideur? sinon par la négligence et le je-m?en-foutisme.?
Mais dans une ville où une histoire de frais d?essence est montée en épingle, peut-on parler d?architecture, de paysage et d?urbanisme ?
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