Publicité

L?Afrique renoue avec une forte croissance

19 mai 2006, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Pour la plupart des pays africains, l?avenir semble plus favorable qu?il ne l?a été depuis longtemps. ?Cette phrase tirée des cinquièmes? Perspectives économiques en Afrique 2005-2006?, rapport publié par le Centre de développement de l?Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), donnera un peu d?espoir aux habitants de ce continent considéré comme le plus mal loti de la planète.

Certes, les auteurs de ce rapport rappellent que des catastrophes humanitaires sont en cours au Soudan ou en Éthiopie, que l?instabilité cause encore des dégâts en Côte d?Ivoire ou dans l?est de la République démocratique du Congo, sans parler du ?naufrage de l?économie du Zimbabwe?.

Pourtant, l?horizon s?éclaircit, comme en témoigne le panorama des trente pays d?Afrique passés en revue représentant 86 % de sa population et 90 % de sa production.

C?est vrai côté croissance : + 4,9 % en 2005, + 5,8 % prévus en 2006 et encore + 5,5 % en 2007. Et tout le monde semble concerné par cette relative prospérité : l?Afrique du Nord (+ 6,3 % en 2006) est tirée par les hydrocarbures, avec un ruban bleu décroché par la Mauritanie, qui vient d?exporter ses premiers barils (+ 26,9 %). Les troubles ivoiriens ralentissent peu l?Afrique occidentale (+ 5,3 %), mais l?instabilité freine l?Afrique centrale (+ 5 %).

La sécheresse au Malawi ou au Kenya n?empêche pas l?Afrique orientale de réaliser une belle performance (+ 5,6 %). Quant à l?Afrique australe (+ 5 %), elle est écartelée entre la descente aux enfers du Zimbabwe (- 4,8 %) et l?opulence pétrolière de l?Angola (+ 26,4 %).

Les paramètres économiques du continent sont favorables. L?inflation demeure ?extraordinairement? faible (+ 7,3 % en 2006) pour des pays confrontés à un renchérissement de leurs importations énergétiques. Là encore, le Zimbabwe, avec ses 1 000 % de hausse des prix, fait figure d?exception. Les soldes budgétaires demeurent largement positifs ? 6,4 % du produit intérieur brut (PIB) en 2005 ? et les excédents du commerce extérieur deviennent considérables (6,3 % du PIB).

Ces beaux résultats ont eu, bien sûr, pour origine la hausse des cours des produits pétroliers et des matières premières due à la croissance mondiale. D?ailleurs, les pays exportateurs d?hydrocarbures ont progressé plus vite (+ 5,5 %) que les autres (+ 4,4 %).

Mais il faut, selon l?OCDE, attribuer cette accélération à un regain des aides publiques au développement, surtout sous forme d?annulations de dettes : les aides à l?Afrique représentaient 36 % des aides mondiales en 1999, mais 46 % en 2004 (79,5 milliards de dollars, soit 62 milliards d?euros). Il faut aussi mentionner un retour des investissements étrangers (18 milliards de dollars en 2004), même s?ils ont surtout privilégié le secteur extractif.

Mauvais état des infrastructures

Le rapport souligne un apaisement certain en Afrique, concrétisé par des élections ou des référendums ?normaux? en Tanzanie, au Burundi, en Ouganda, au Bénin, au Cap-Vert ou à Sao Tomé notamment. La démocratie s?enracine, et des pays comme le Nigeria, le Congo ou le Cameroun mettent en place des procédures de contrôle des activités pétrolières assurant de la transparence.

Reste un long chemin à parcourir sur la voie du développement. Le rapport note que six pays africains seulement sont ?susceptibles d?atteindre l?Objectif (du millénaire, fixé en 2000 par l?ONU) crucial consistant à réduire de moitié le nombre de personnes vivant avec moins de 1 dollar par jour? : Algérie, Égypte, Libye, Maroc, Maurice et Tunisie.

Enfin, ce n?est pas tant la ?corruption omniprésente? ? rappelée pour mémoire ? qui soucie les auteurs, que l?état des transports et des infrastructures du continent, tant ?les fournisseurs (pour la plupart publics) se sont distingués par la médiocrité de leurs services?. Le rapport conseille aux pays africains qui engrangent en ce moment des recettes exceptionnelles ? et non pérennes ? de les consacrer aux routes, ponts, ports et chemins de fer qui manquent pour créer un commerce continental et participer aux échanges mondiaux.

Car les auteurs affirment que le continent pâtit d?une ?mobilité bloquée?, tant ?les plus pauvres d?entre les pauvres sont confinés chez eux?, à l?image des habitants des townships d?Afrique du Sud. Selon eux, collectivités locales et États, bailleurs internationaux et investisseurs privés doivent unir leurs efforts pour améliorer la mobilité physique des biens et des personnes, sans laquelle il ne peut y avoir ni vie sociale, ni identité nationale, ni commerce, ni développement.

© Le Monde 2006. Distribué par The New York Times Syndicate

Publicité