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L?Afrique du Sud devient notre 1er fournisseur

15 janvier 2006, 20:00

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Le défunt Cernéen l?annonce à la une, pour ne pas dire triomphalement : l?Afrique du Sud de l?apartheid honni devient le premier fournisseur de la population mauricienne. Normal, diront ceux de la génération témoin de la libération de l?apôtre de la Réconciliation et de la non-violence, Nelson Mandela. Normal, bien sûr, en raison d?une proximité géographique. Les moins jeunes d?entre nous ne peuvent pourtant pas oublier le temps où Maurice se faisait régulièrement épingler, lors de forums internationaux, en raison de la courbe ascendante de ses relations commerciales avec le pays de l?Apartheid, trafic à sens unique d?ailleurs, Pretoria se faisant tirer l?oreille pour acheter ne serait-ce quelques paquets de thé made in Mauritius, en dépit des visites annoncées ou effectuées de ministres locaux, bleus de préférence, même de c?ur. L?ironie veut que les épingleurs africains de la population mauricienne hésitaient rarement, à l?époque, de consommer des salades laitues et autres légumes sud-africains, des oranges Outspan et autres fruits de ce pays, pour ne rien dire des excellents vins et cognacs du Cap. Il nous est difficile alors d?échapper à la mainmise sud-africaine sur les relations commerciales de cette partie du monde. Voulions-nous, par exemple, nous abonner à Newsweek ou à Time, que nous étions obligés de recevoir l?édition sud-africaine de ces deux excellents hebdomadaires états-uniens.

Au 30 juin 1980, l?Afrique du Sud devient donc le premier fournisseur étranger de la population mauricienne, alors qu?en 1977, elle n?en est qu?à la 4e place après les divers pays européens, le Royaume-Uni et la France. Déjà, en 1979, elle dépasse celle-ci et talonne celui-là, tout en comptant 5,5 points de retard sur l?Europe, contre dix points toujours de retard, deux ans auparavant. Le verdict du premier semestre de 1980 est sans appel. L?Afrique du Sud nous fournit 16,17 % de nos importations contre 14,85 % pour les divers pays européens, 13,69 % pour le Royaume-Uni et 8,43 % pour la France. En roupies dévaluées cela fait Rs 354 millions pour le pays de l?apartheid honni, Rs 325 m. pour l?Europe moins les pays de l?Entente Cordiale, Rs 299 m. pour la Grande-Bretagne et Rs 184,7 m. pour la France. Pour le premier semestre de 1979, ces chiffres sont respectivement de Rs 191 m. 318 m., 201,8 m. et 147,7 m. mais en roupies non dévaluées, en raison de la prospérité sans précédent de Maurice, Ringadoo dixit.

Il ne suffit toutefois pas aux Mauriciens de commercer, de gré, ou de force, avec le pays honni de l?apartheid. Faut-il encore avoir des sous pour régler la facture, d?autant plus qu?elle n?est pas calculée en rands à la santé aussi déclinante que la Roupie Ringo mais en dollars états-uniens dont on connaît la tyrannie sur le commerce international. La Banque mondiale est formelle : un Mauricien sur 8 (12 %) vit en deçà du seuil absolu de la pauvreté, telle qu?elle le définit. En revanche, une famille sur 20 (5 %) dispose de près d?un tiers (31 %) des revenus individuels disponibles. Ne nous plaignons pas trop : elles sont sept sur 25 (28 %) à dépenser un tiers des revenus disponibles en 1960. Le nombre de super riches diminue donc. D?autres indicateurs socioéconomiques se comparent favorablement à ceux de nombreux autres pays africains du même groupe économique. Comparaison est aussi faite entre Maurice et pays antillais et latino-américains à revenus intermédiaires. Tel est du moins le rapport d?une mission qui visite Maurice en octobre-novembre 1979 et en août 1980.

Le seuil absolu de pauvreté est atteint quand une famille ou un être humain n?est plus capable de se procurer une nourriture offrant une qualité nutritive adéquate ou encore de satisfaire ses besoins non-alimentaires essentiels (logement, vêtement, éducation, transport). Pour Maurice, la Banque Mondiale situe ce seuil à 190 dollars états-uniens, soit Rs 1 455 par mois.

Vivre en deçà du seuil de pauvreté absolue n?est pas tout car ?mourir aussi coûte cher ?. C?est du moins l?avis de l?entrepreneur de pompes funèbres, Philippe de Rosnay, qu?interviewe le? défunt Cernéen. Il confesse que sa principale difficulté dans la vie de tous les jours est de demander à ceux qu?il rencontre les nouvelles de leurs proches. ?Je devine qu?il me soupçonne alors de noirs desseins les concernant?. Voilà les tarifs proposés à ceux qui veulent mourir dignement, à l?aube de l?année 1981 : un cercueil de 1re classe, en teck capitonné Rs 6 000/Rs 7 000. Le cercueil en méranti va chercher dans les Rs 3 500. Le même cercueil mais en plywood peut coûter seulement Rs 600. La feuille de fer blanc à souder peut coûter entre Rs 75 et Rs 150. La tombe en pierres de six pieds par trois coûte Rs 6 000. En béton, c?est quatre fois moins cher. La grille en fer forgé coûte mille roupies. Comptez Rs 500 de plus pour une croix taillée dans la pierre. La croix cuivrée vaut Rs 400. Le double pour une recouverte de carreaux céramiques. Les caveaux valent une fortune : Rs 30 000 pour une monoplace et jusqu?à Rs 150 000 pour famille nombreuse. N?oublions pas les divers frais administratifs. On peut toujours marchander mais à trop pinailler on risque de s?attirer la brutale réponse suivante : ?Ecoutez bolhomme, si ou pas lé dépense ou cash bonavini, aceté quatre pognées ferraille, fixer zotte ek cadavre ou défunt et alle enterre li? ?

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