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L?affaire Valayden

10 août 2008, 00:00

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Il n?y a pas lieu d?enfoncer le clou ; en affirmant qu?on ne l?y reprendra plus, le ministre Valayden confesse sa faute. Une faute grave. Un ministre, conseiller légal du gouvernement de surcroît, qui intervient personnellement auprès de la police en faveur d?un suspect, est coupable d?ingérence. Il outrepasse ses prérogatives, décrédibilise les autorités policières et déstabilise le Premier ministre et ministre de l?Intérieur.

Navin Ramgoolam a d?ailleurs bien mesuré, dans un premier temps, les dégâts que cette révélation suscite à l?image de son gouvernement. Elle aurait été sauve si son ministre s?était retiré, comme cela se passe dans de nombreux Etats de droit. Mais la pseudo-démission de Valayden n?aura fait que grossir les doutes sur le respect porté par nos dirigeants aux fonctions et aux institutions.

Ceci étant, il importe de refuser l?amalgame. La gravité de cette affaire ne tient pas seulement à la question d?ingérence ministérielle. Il y a aussi la dimension non moins inquiétante du trafic de drogue.

L?ingérence auprès des organismes gouvernementaux n?est pas, loin s?en faut, une invention de Rama Valayden. Mon propos n?est pas de dédouaner ministres et autres gestionnaires, mais il faut admettre qu?elle est pratiquée à grande échelle par la plupart d?entre eux. Les députés de l?opposition ne sont pas en reste, les potentats et mandarins de la fonction publique non plus. Cette pratique ancienne et courante est parfaitement tolérée par les Mauriciens.

En réalité, elle est alimentée par les exigences et les revendications des citoyens eux-mêmes ; ils mettent une pression constante sur tous les détenteurs de pouvoir. L?absence d?esprit civique de nos citoyens, leur manque d?éthique, leur égoïsme, leur cynisme, leur recherche constante de faveurs et de prébendes sont la cause première de ces ingérences. Le plus souvent, ils ne s?en offusquent que lorsqu?ils n?en sont pas eux-mêmes les bénéficiaires.

Et ainsi va la vie ordinaire du ministre, faite d?une longue suite de « petits services » qu?il rend aux uns et aux autres, en usant et abusant de son pouvoir, sur les uns et les autres. Ici, il intervient sur un dossier pour une raison non proprement liée aux obligations dues à ses électeurs. Là, il cède à une demande pour un privilège indu ou pour sortir une lointaine relation d?un pétrin. Parfois aussi, il est vrai, pour tenter d?obtenir réparation à la suite d?une injustice commise ou pour faire accélérer l?étude d?un cas non résolu pour d?obscures raisons? Ils sont, en somme, rares les Mauriciens qui rechignent à solliciter ministres et députés.

Est-ce à dire que les ministres sont des victimes de la vertu douteuse de leurs électeurs ? Un peu. Mais c?est aussi largement leur propre responsabilité. Tout le clientélisme politique est bâti sur la perception qu?un ministre peut tout faire. On a fini par être convaincu qu?un ministre ne donne pas de leçons à ces électeurs, il s?exécute.

Les électeurs et les amis du ministre Valayden étant ce qu?ils sont, il n?est pas étonnant que celui-ci soit sollicité en permanence par ceux-là mêmes qui avaient trouvé en l?avocat Valayden, un défenseur toujours très disponible. Tous les avocats qui défendent des malfrats ne deviennent pas des malfrats eux-mêmes, mais les mauvaises fréquentations du ministre, son mode opératoire, son réseau, le financement de son parti ? tout pousse à le classer dans la catégorie des politiciens sulfureux. Sa dernière gaffe ne va pas arranger les choses. Ses explications ne tiennent pas la route.

J?ai du mal à comprendre que c?est l?ADSU qu?il appelle pour une affaire de? vol de motocyclettes.

Ces fautes et ces faiblesses ne suffisent pas pour autant à faire du ministre un bandit. L?opposition suggère des liens avec le trafic de drogue sans apporter le moindre soupçon de preuve. Si une certaine proximité politique avec des gens de ce milieu était une preuve d?implication personnelle, alors beaucoup de parlementaires, du gouvernement comme de l?opposition, devraient trembler?

Jusqu?à preuve du contraire, au-delà de cette affaire d?ingérence ministérielle, le problème le plus grave est tout de même le constat que le pays est en train de perdre le combat contre la drogue.

Il est difficile de comprendre les raisons pour lesquelles les résultats sont si maigres. Pourquoi le trafic prolifère-t-il ainsi au vu et au su de tous ? Pourquoi nos cours de justice sont-elles aussi accommodantes à l?égard des suspects ? Pourquoi le parquet est-il si souvent conciliant ? La bataille contre les trafiquants apparaît inégale. Est-ce une question de moyens de répression ? D?insuffisances légales ? Est-ce une absence de volonté politique ? Quelles sont donc ces raisons ? J?aurais posé ces questions au ministre de l?Intérieur, s?il y en avait un dans ce pays.

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