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L?Administration Bush de plus en plus gagnée par le doute
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L?Administration Bush de plus en plus gagnée par le doute
Les images des cercueils rapatriés d?Irak sont absentes des écrans américains. Le Pentagone, de crainte que l?opinion ne flanche face à ce qu?il appelle «le test de Dover», bannit les curieux de cette base aérienne du Delaware. Cela en dit long sur les précautions prises dans la gestion médiatique de la guerre en Irak. Pour «contourner le filtre négatif» des chaînes nationales, George W. Bush vient de donner une série d?interviews à des télévisions locales trop pauvres pour envoyer des reporters en Mésopotamie. «Je ne lis que des mauvaises nouvelles dans la presse», se plaint constamment Donald Rumsfeld, le secrétaire à la Défense.
Aussi, lorsqu?un «mémo» à usage interne, rédigé par le patron du Pentagone, pose les mêmes questions que les commentateurs, cela ne passe pas inaperçu. Rumsfeld est réputé pour inonder ses subordonnés de petits papiers, brocardés comme des «flocons de neige», remettant en cause leurs idées reçues ou posant des questions dérangeantes. Dans le document révélé par USA Today, c?est sur deux pages que, le 16 octobre dernier, il a passé en revue sans concessions le combat planétaire engagé par les États-Unis : «Sommes-nous en train de gagner ou de perdre la guerre globale contre le terrorisme ?, demande-t-il. Est-ce que plus nous travaillons, plus nous sommes à la traîne ? Le ministère se transforme-t-il assez vite ? Les changements ont-ils été trop modestes ? Avons-nous besoin d?une nouvelle institution ?»
A l?évidence, l?objet du «mémo» est davantage de secouer le cocotier de la hiérarchie militaire que d?apporter des réponses définitives. Mais l?analyse du ministre de la Défense montre qu?à ses yeux le verre est, au mieux, à moitié plein. Il évoque des «résultats mitigés» face au réseau al-Qaïda, «des progrès raisonnables» dans la traque des anciens dirigeants irakiens et une réussite «sensiblement plus lente» face aux Talibans. Quant au mouvement Ansar al-Islam, «filiale» d?al-Qaida, «nous n?en sommes qu?au tout début». Au total, «mon impression est que nous n?avons pas encore fait de changements vraiment audacieux, même si nous avons agi de façon logique et raisonnable, écrit Donald Rumsfeld. Nous consacrons énormément d?efforts à la chasse aux terroristes mais relativement peu à un plan à long terme.»
Ce genre d?aveu est trop rare pour que les démocrates n?en fassent pas leurs choux-gras. «C?est la première fois que je renifle un parfum d?introspection émanant des civils du Pentagone», ironise l?élu du Delaware Joseph Biden, membre influent de la commission des affaires étrangères du Sénat. Pour lui, c?est le signe que «l?Administration envisage la possibilité d?un échec de sa politique en Irak». Tentant d?en tirer un bénéfice électoral, le général Wesley Clark, candidat à l?investiture démocrate, fait valoir que «Rumsfeld reconnaît seulement maintenant ce que nous savons déjà depuis quelque temps : que cette Administration n?a pas de plan pour l?Irak et pas de stratégie à long terme pour lutter contre le terrorisme».
Dans le camp opposé, l?analyse est évidemment inverse. «C?est exactement ce qu?un ministre de la Défense solide et compétent se doit de faire, plaide Scott McClellan, le porte-parole de la Maison-Blanche. Nous apprécions l?action (de Rumsfeld), qui travaille avec nos chefs militaires pour s?assurer que nous nous adaptons dans le but de vaincre les terroristes.» George W. Bush lui-même, de sa lointaine tournée en Asie, n?a rien entendu de choquant : «Je ne pourrais acquiescer davantage» à la notion que «nos services de renseignement militaires se concentrent sur la guerre contre le terrorisme. C?est exactement ce que nous faisons», a déclaré le président.
Mais l?inquiétude est de plus en plus palpable au sein du gouvernement américain. «Le rapport coût-bénéfice est contre nous : nous dépensons des milliards et les terroristes des millions», écrit Donald Rumsfeld dans sa note, déplorant «l?absence d?instruments de mesure pour savoir si nous gagnons ou perdons la guerre mondiale contre le terrorisme.» Dans USA Today, l?expert Robert Andrews souligne : «Ce sont des questions qu?il pose depuis le 11 septembre 2001. Le fait qu?il continue à les poser en dit long.» Encore minoritaires, les doutes sur la stratégie américaine en Irak pourraient avoir des effets ravageurs s?ils se répandent dans l?opinion publique. Pour la première fois depuis la fin officielle des hostilités en mai, une douzaine d?organisations pacifistes appellent à défiler demain à Washington pour «ramener les ?boys? à la maison dès maintenant». Donald Rumsfeld mesurera l?urgence de répondre à ses questions au nombre de manifestants dans les rues.
Un militaire américain appartenant à la 101e division aéroporté a été tué hier par des assaillants équipés d?armes légères à Mossoul, dans le nord de l?Irak, a annoncé l?état-major américain dans un communiqué.
Philippe Gélie
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