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La vraie reconversion
Navin Ramgoolam promettait lundi des mesures de soulagement pour les petits planteurs si l?Alliance sociale accède au pouvoir dans un mois environ. Dans la conjoncture actuelle, c?est plus de soulagement qu?il leur faut. Dans certains cas, il faudra déjà songer à une reconversion massive vers d?autres pratiques agricoles susceptibles de trouver un marché d?exportation rémunérateur.
Les nouvelles qui nous proviennent de Bruxelles sont extrêmement troublantes. La rumeur fait état d?une réduction de 42 % du prix du sucre offert par l?Union européenne (UE) aux producteurs des pays d?Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) dont Maurice. La Commission européenne se voit contrainte de réformer au plus vite son régime sucrier après que celui-ci a fait l?objet d?un récent jugement défavorable de l?Organisation mondiale du commerce (OMC). Elle n?a que 15 mois pour se conformer au décret de l?OMC. Maurice et ses partenaires ACP pourraient faire les frais de toute précipitation de la part des Européens.
Déjà, la situation s?annonçait très mal avec une première proposition de baisse de prix de 37 %. Des missions de lobbying firent le tour des capitales européennes pour convaincre les dirigeants de l?UE de ne pas aller de l?avant avec une baisse aussi drastique. Si la rumeur de la baisse de 42 % s?avère finalement fondée, des questions sur l?efficacité de notre diplomatie économique mériteraient d?être posées. Mais là n?est pas le débat. L?heure est grave et il faut se préparer au pire. La communauté des petits planteurs de la canne est menacée de disparition dans le sillage d?un écroulement des prix à l?exportation.
Le gouvernement vient de l?avant avec un plan d?urgence. Le plan d?action accéléré présenté au Conseil des ministres vendredi, préconise un re-engineering drastique de l?industrie pour les dix années à venir. Beaucoup de fermiers pourraient ne pas survivre cette période.
La mutation projetée vers une industrie de la canne à partir d?une activité de fabrication du sucre n?est pas aussi évidente. Une refonte de l?architecture de l?industrie ne sera pas sans conséquence sur le tissu économique et social. ?Il ne faut pas croire que c?est l?énergie et l?éthanol qui viendront repositionner l?industrie sucrière?, affirme Jacques d?Unienville, le président de la Mauritius Sugar Producers? Association dans une entrevue qu?il nous a accordée.
L?équipe qui sortira gagnante des urnes le 4 juillet se retrouvera avec toutes ces difficultés sur les bras. Mais il y a aussi des opportunités. Les enveloppes d?aide promises par l?UE pour s?ajuster aux réformes seront d?une très grande importance pour le développement rural, en particulier. Les deux camps prônent la démocratisation de l?économie et la promotion de l?entreprise. Les fonds de compensation pourront aider à réaliser cette politique.
Une partie de l?enveloppe d?aide des Européens pourrait être utilisée à mettre en place des guichets de financement spéciaux destinés aux planteurs de canne qui optent pour la reconversion. Mais dans la mesure où les petits agriculteurs sont une population vieillissante et que la relève (par leurs enfants notamment) devient de plus en plus problématique, les politiques pourraient concevoir des programmes spécifiques à leurs progénitures, par exemple.
Un fils de planteur qui souhaite ouvrir une mini-clinique, une étude de génie civil ou un cabinet de comptabilité devrait pouvoir accéder à des fonds de capital-risque assez aisément. Les enveloppes d?aide peuvent servir à une vraie reconversion économique des zones rurales du pays.
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