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La vitrine de l?Europe

16 décembre 2007, 00:00

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Sans se prendre pour le nombril du monde, il faut redire la place qu?occupe Maurice parmi les pays Afrique, Caraïbes et Pacifique (ACP). Et l?intérêt que porte donc l?Union européenne (UE) à sa stratégie de développement et sa politique économique. Non, Maurice n?est pas qu?un autre des pays ACP. Elle est une vitrine qui donne bonne conscience à l?Europe. Une sorte d?exemple de ce que les préférences commerciales et l?aide de l?Europe peuvent produire comme résultats positifs et durables dans un pays en développement.

Bruxelles a donc regardé les tergiversations, les démarrages ratés et les négociations longuettes sur le dossier sucre avec autant d?appréhension que d?inquiétude. Devant cet immobilisme, deux courants se sont courtoisement opposés à Bruxelles.

Le premier, pragmatique, et brandissant la notion d?égalité parmi les États ACP, n?a jamais caché sa volonté de « donner une leçon » à l?élève modèle devenu soudain très dissipé en 2007. Le raisonnement de cette aile se tient. Maurice ne peut pas ne pas honorer des engagements pris et espérer bénéficier de toute l?aide qui lui est allouée. Car ce serait dire aux autres pays ACP qu?il leur est également permis de conduire leurs réformes à leurs propres rythmes, sans s?inquiéter des engagements pris avec l?Europe. Ce serait compromettre le fonctionnement même du système de mesures d?accompagnement mis en place?

À l?inverse, le deuxième front a toujours été mû par une réflexion plus politique. Il faut remettre les choses en perspective. La négociation pour la conclusion d?Accords de partenariats économiques (APE) entre l?Europe et les sous régions ACP s?est déroulée dans un climat de suspicion généralisée. Dans ce contexte sanctionner « l?élève modèle » équivaudrait à envoyer un signal qui ne manquera pas d?être interprété comme la volonté européenne d?instaurer une relation purement « comptable » et moins politique avec les pays ACP.

Ceux concernés par le dossier sucre au gouvernement ont bien senti cela. Car tantôt, on semblait les prévenir que Maurice allait perdre ses aides. Pour ensuite comprendre qu?il se pourrait qu?une solution soit trouvée pour que le pays les sauvegarde toutes. Jusqu?à samedi dernier, à la signature de l?accord de financement entre l?UE et Maurice, il semblait que les pragmatiques de Bruxelles allaient l?emporter. Mais ce n?est pas cette aile qui a eu le dernier mot. Le commissaire au développement de l?Europe, Louis Michel, a assuré au Premier ministre que tout allait être fait pour que Maurice ne perde aucun centime d?aide pour l?année 2007.

Depuis, notre « Country Strategy Paper » a été entériné par l?Europe et Maurice dimanche dernier. Et durant la semaine, on a eu l?agréable impression que tout va très vite sur les questions relatives à la réforme sucre dans le pays. Les bonnes nouvelles ne venant pas seules? nous avons également appris que Maurice figure parmi les seuls quatre pays ACP à avoir obtenu le maximum de la tranche incitative déboursée à partir des reliquats du 9e Fonds européen de développement (FED).

Une dynamique de réforme et de reconquête de crédibilité auprès de notre principal bailleur de fonds a été enclenchée. Il faut la maintenir pour au moins deux bonnes raisons. D?abord parce que la réforme, déjà en retard, doit désormais être mise en ?uvre. Et aussi parce que de sa mise en ?uvre dépendra l?allocation de ressources additionnelles des mesures d?accompagnement pour le sucre et du 10e FED. Auxquelles Maurice pourra prétendre si elle reconquiert son titre d?élève modèle des pays ACP. En fait, elle ne l?a pas vraiment perdu. Il faut juste qu?elle rappelle à l?Europe qu?elle le mérite plus que jamais.

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