Publicité
La vision d?un monde heureux
Au bureau, elle tient à arriver la première. Avant huit heures du matin, de préférence. Question de principe. «C?est important. Il faut que je sois là pour dire bonjour.» Culture de la ponctualité. Petit moment privilégié où Dominique Ving, la nouvelle General Manager de Happy World Ltd, imprime à l?encre indélébile son style de direction sans avoir l?air d?y toucher.
L??il franc, les oreilles en alerte, «la patronne» parle de la pluie et du beau temps. Prend des nouvelles des enfants. Tâte le pouls des employés avant de leur demander le maximum. A coups de phrases brèves, c?est son humanité qui dépasse le cadre commercial. «Je pense qu?il faut avoir une vie familiale équilibrée pour être performant au bureau.»
Dominique décrit sa fille de17 ans et son fils de 14 ans. Elle est fière de Tania, engagée dans le social et membre d?Amnesty International. «Il n?y a pas longtemps, elle m?a dit qu?elle voulait adhérer à PILS, mais qu?elle n?en avait pas le temps. Je lui ai dit que j?allais essayer d?en trouver à sa place.» Une imposte ouverte sur son chez-soi vite refermée. Sobre et discrète, Dominique Ving protège sa vie privée derrière le paravent de son visage où le sourire s?efface aussi vite qu?il apparaît.
<B>LE MERITE RECONNU</B>
Assise dans un bureau du 8e étage de Happy World House et malgré une méchante grippe, elle refuse d?éteindre le climatiseur. «Vous serez mal à l?aise», dit-elle consciente de la touffeur de Port-Louis, ici inexistante, grâce au bleu de la moquette et le crème des murs. Elle a visiblement hâte de profiter de son White Christmas à Londres. Cela fait trois ans qu?elle n?a pas pris de vacances.
Dominique n?a cessé de tout donner à la «grande maison» qu?elle a intégrée, il y a 18 ans. Happy World, un monde dont elle a pris la mesure. «Ce que j?apprécie le plus, c?est la reconnaissance du mérite. Ma nomination au poste de General Manager en est la preuve. Mais j?y prends davantage de plaisir quand elle vient de mes subalternes.»
Ce monde, Dominique a su le rendre presque parfait. L?élément qu?elle préfère : le lancement d?un nouveau produit. La fièvre de la préparation de la campagne de pub. Le choc des idées. Anticiper les désirs du marché, le susciter, l?orienter. La nouvelle General Manager de Happy World Ltd ne boude pas son plaisir.
Le bonheur se glisse jusque dans sa cuisine. «Je fais à manger parce que j?aime ça.» Le repas du soir, une corvée ? Pas pour elle. Pas quand ses casseroles servent à tester «par exemple les légumes surgelés» ou d?autres nouveaux produits afin de les comparer avec ceux de la concurrence.
Suivre le cheminement des idées. Dominique en a fait son moteur. Sa façon de renouveler et d?alimenter l?envie d?aller plus haut qui brûle sous la surface lisse de sa vie ordonnée. Chaque chose à sa place. Quand Dominique a un but, elle ne le perd pas de vue. Et si quelquefois, elle se prend à regretter de ne pas «s?être assez amusée», ce n?est qu?une nostalgie passagère.
<B>LA FORCE DU TRAVAIL</B>
Un flashback souvenir pour se repasser des images de son passage à l?université de Nottingham, où elle décroche un BA en Industrial Economics en 1982. Sans hésiter, Dominique choisit l?économie. «Même si mon père me voyait plus en prof.» Dominique revient à Maurice la même année.
Quelques mois plus tard, elle est embauchée comme chef du département alimentaire chez Prisunic. Prédestination ? Elle croit plutôt dans la force du travail bien fait. Sa logique implacable ne laisse pas de place au hasard. Ce sont les efforts et non la chance qui l?ont conduite chez Happy World. Raisonnement similaire pour expliquer pourquoi elle s?est dirigée vers Happy World Foods créée et cotée en bourse en 1992.
Dans la vie de Dominique, les relations de cause à effet sont clairement définies. Professionnellement. Intimement. La verdure luxuriante de Nottingham est le terrain propice où germe la «grande idée» de Dominique. Elle revient au pays avec l?envie de créer sa propre usine de textile, une fabrique de sous-vêtements. «J?en ai eu l?idée en voyant le nombre de gens qui achète du Marks and Spencer en Angleterre. Je me suis dit pourquoi ne pas en faire localement.»
Quand Dominique Ving a eu une idée, elle se donne les moyens. Armée de son ambition, elle frappe à la porte du cabinet du Dr Philippe Ving, «spécialiste en textile». Mais c?est le projet d?une vie qui prend forme. Ils se marient et fondent une famille?
Son assiduité, partie intégrante d?un caractère qui semble-t-il ne laisse aucune part à l?indécision, date depuis le collège. Sur l?image de la collégienne bosseuse, se superpose celui d?un père qui insiste sur l?importance de l?éducation.
<B>UNE PORTE OUVERTE </B>
A l?écouter raconter sa vie avec une économie de détails, à voir soudain briller ses yeux quand elle aborde «sa passion pour le travail, sa joie de former des jeunes, de leur apprendre les ficelles du marketing, de créer des besoins, de les satisfaire et de respecter le choix des clients», Dominique pose les bases d?un monde où le stress est sous contrôle. Un ciel sans nuages parfois zébré d?éclairs fulgurants. «Je déteste les injustices. Dans ces cas-là, je m?emporte.»
Son «Happy World», Dominique le conçoit avec «une porte qui reste toujours ouverte.» La General Manager, qui prendra ses fonctions en janvier 2005 après 18 ans dans la maison, ne se laisse pas ballotter par la brise. Elle maintient toujours le cap.
Comme ces capitaines au long cours qui ne perdent jamais le nord, Dominique Ving a «l?esprit d?équipe.» Plus qu?un sens de la synthèse, c?est l?exigence du travail bien fait poussée dans ses retranchements. Une forte personnalité. Une volonté de fer. Une âme de battante. Bref quelqu?un qui se donne les moyens de réussir sans dévier de ses objectifs.
Petite fille déjà, elle était fourrée dans les livres de son père. L?homme à principes, qui fut prof en Chine avant de se recycler en boutiquier à Beau-Bassin, cultive son goût pour les mathématiques.
Entre les parties de cache-cache, Dominique joue avec les chiffres. Le soir, concentrée sur le comptoir, elle balance les colonnes de gauche et de droite. Au bout du compte, c?est ce qu?elle est appelée à faire aujourd?hui encore...
Publicité
Publicité
Les plus récents