Publicité
La victoire des enfants handicapés
Octobre 2004. L?Association de parents d?enfants inadaptés de l?île Maurice (Apeim) fait parvenir une communication au ministère de l?Education pour informer le ministre de tutelle des difficultés financières que l?association éprouve pour faire fonctionner ses écoles. Dans leur lettre, les responsables expliquent qu?ils seront obligés de ne pas rouvrir leurs portes pour la rentrée 2005 si la situation n?évolue pas.
Entre-temps, un communiqué de presse est également tiré. Certains titres de presse reprennent le communiqué mais le geste n?est pas suivi par d?autres. Finalement, les dirigeants de l?association sont reçus par le ministre de l?Education le 21 décembre 2004. Une rencontre correcte sans que des décisions concrètes ne soient prises pour autant.
VOLONTÉ POLITIQUE
Début janvier 2005. L?association organise une marche pacifique dans des rues de la capitale pour sensibiliser les autorités et la population sur la question de l?éducation des handicapés mentaux à Maurice. La marche est un succès mais toujours pas de geste des autorités pour trouver une solution afin que l?Apeim puisse reprendre ses activités.
L?association est contrainte de mettre à exécution sa décision de ne pas reprendre les cours. Le sort de quelque 550 personnes fréquentant les écoles et de quelque 85 employés est en péril. Finalement, réunion d?urgence. Et l?Etat finit par céder et promet de restituer le droit à l?éducation gratuite aux handicapés physiques et mentaux. Une victoire pour ces enfants. Car enfin une distinction de taille est effacée : celle entre les enfants non-handicapés et enfants handicapés.
«En trois jours, les autorités ont pu parvenir à une solution alors qu?une lettre qui date de trois mois n?a pas eu de réelles suites», rappelle Yves Giraud, président de l?Apeim. Preuve s?il s?en fallait qu?une solution pouvait être trouvée et qu?il ne suffisait que de faire la démonstration d?une volonté politique.
«Notre combat a été au plan de l?équité humaine. C?est l?éducation gratuite, accordée en 1977, qui a permis au pays de progresser parce qu?on avait réuni les conditions pour faire de notre population une population éduquée. Il était temps d?étendre cette gratuité aux enfants handicapés», précise Yves Giraud. La situation était, en effet, devenue intenable pour l?Apeim comme elle l?est pour d?autres organisations non-gouvernementales (ONG) oeuvrant dans le secteur.
L?Apeim, pour sa part, accumule les déficits chaque année. Les dépenses courantes de l?association s?élèvent à Rs 10 millions annuellement mais l?Etat ne subventionne que 30 % de ces dépenses. «On était au bord de l?asphyxie», précise Yves Giraud.
Fonctionnant dans un autre registre, l?association «Friends in Hope» est, elle aussi, confrontée à d?énormes soucis financiers. Seul centre à Maurice à ?uvrer en faveur de la réhabilitation de jeunes adultes souffrant de troubles psychiatriques, «Friends in Hope» encourt des dépenses annuelles qui s?élèvent à environ de Rs 1 million.
Le ministère de la Sécurité sociale n?accorde à l?association qu?une aide de Rs 90 000 annuellement. Double problématique pour cette association. Elle est soutenue en partie financièrement par le ministère de la Sécurité sociale mais son travail est directement lié au ministère de la Santé. C?est d?ailleurs ce dernier ministère qui invite ses responsables aux différents événements qu?il organise. En ce qui concerne les 90 % de son budget, non financés par l?Etat, l?association a recours aux activités conventionnelles de collecte de fonds.
SOLLICITER LE PUBLIC
Comme pour d?autres associations du secteur, les animateurs de «Friends in Hope» passent leur temps à solliciter le public à travers des quêtes et frappent continuellement aux portes des mêmes entreprises pour des dons. «Tout se passe par le lobbying. C?est épuisant et on n?a pas les compétences nécessaires dans le domaine. Si l?Etat reconnaissait notre utilité et augmentait la subvention, notre efficacité serait accrue», fait remarquer Monica Maurel, vice-présidente de l?association «Friends in Hope».
Une nouvelle fois, tout se ramène à une question de volonté politique. Certes, il existe des bienfaiteurs qui soutiennent l?action de ces associations. Certes, le public fait preuve d?un grand sens de solidarité. Mais, dans le fond, la question se pose autrement. Il s?agit du statut de citoyen à part entière dont on prive les personnes souffrant de handicaps. Pendant longtemps, elles ont été ignorées. Depuis toujours, elles ont fait partie de ces tabous qu?on se refuse de démystifier. Yves Giraud rappelle, à cet effet, une vérité : «Aucun gouvernement n?a fait des handicapés une priorité.»
En instituant la parité dans le financement des études des personnes non handicapées et personnes handicapées, l?Etat leur assure désormais une reconnaissance dont elles ne bénéficiaient pas jusqu?ici. Mais la lutte est loin d?être terminée. A titre d?exemple, l?association « Friends in Hope » a reçu un terrain en don de l?Etat.
Aujourd?hui se pose désormais la question de la construction, du recrutement d?un personnel et d?assurer les dépenses courantes. Les intentions sont louables et parfois il arrive que l?Etat reconnaisse la pertinence de l?action de certaines ONG. Mais le problème principal demeure le suivi.
A la Fondation George Charles également, on fait face à de nombreux défis. L?association est reconnue pour son action et l?efficacité de son accompagnement aux enfants qui fréquentent ses différents ateliers. Elle a jusqu?ici été soutenue par l?Etat, des entreprises privées et le public en général. Mais pour développer ses activités et étendre ses services à un plus grand nombre de handicapés physiques et mentaux, elle se doit de s?assurer de nouveaux moyens. Notamment au niveau de l?encadrement de son personnel. Elle compte sur un personnel dévoué mais la question de la formation se pose immanquablement. A ce niveau, de temps à autre, des stagiaires étrangers et des professionnels mauriciens bénévoles viennent soutenir le travail du personnel de la Fondation. Mais, derrière, aucun suivi.
Le cas de cette association met en lumière le besoin d?un soutien des professionnels et de formateurs spécialisés dans le traitement et l?accompagnement des personnes handicapées et de personnes souffrant de troubles psychiatriques. Un élément de réponse à ce problème se trouve dans un mémorandum soumis par le Mental Health Board au ministère de la Santé.
MOYENS SUPPLÉMENTAIRES
L?une des propositions vise la construction des centres d?accueil (homes) destinés aux quelque 600 malades de l?hôpital Brown Séquard. De tels centres auraient pu bénéficier du support des ONG du secteur au niveau de l?animation voire de la gestion. «A défaut de ces homes, nous sommes, nous, disposés à occuper un centre de ressources au Brown Séquard pour un suivi au niveau des parents. Avec des moyens supplémentaires, on aurait pu aussi aider dans d?autres domaines», fait ressortir Monica Maurel.
Avec des moyens supplémentaires et un plus grand soutien des professionnels. Le problème se pose à ces deux niveaux.
Là aussi le mémorandum du Mental Health Board propose l?idée d?un partenariat public-privé. Avec le support des psychologues, psychiatres et travailleurs sociaux évoluant dans différentes institutions de l?Etat, les ONG auraient pu étendre leurs services et en faire profiter plus de personnes atteintes.
Tout finalement est dans l?ordre du possible. Le récent cas de l?Apeim a démontré que même la question financière pouvait être réglée. En fait, les attentes financières des ONG du secteur ne constituent qu?un îlot dans l?océan du budget consacré à l?éducation des handicapés et au sort des personnes atteintes de troubles psychiatriques.
Telle est la réalité. Mais pour atteindre les multiples objectifs, il faut aussi continuer à ?uvrer à la destigmatisation de la maladie mentale à Maurice. Certes les personnes atteintes pourraient ne pas constituer un réservoir électoral important aux yeux des politiques.
Toutefois il s?agit de savoir si les subventions accordées aux associations dites socio-culturelles et autres associations sectaires servent vraiment les intérêts des politiques. Pourtant aucun pouvoir politique n?a osé la révolution de remettre en question certaines dépenses de l?Etat pour les réorienter vers des ONG.
Publicité
Publicité
Les plus récents