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La télémédecine au centre cardiaque
Dans environ un mois, des malades mauriciens souffrant de pathologies difficilement diagnosticables par les spécialistes mauriciens, seront présentés, à travers la téléconsultation, à des spécialistes indiens. Ceux-ci pourront avoir accès à plusieurs données en temps réel, dont les échographies, radiologies, angiographies et autres scanners qu'ils pourront suivre en direct. Ils indiqueront leur avis et la marche à suivre aux médecins mauriciens.
Toutes les spécialités médicales, de l'ophtalmologie à la cardiologie en passant par la cancérologie et la pédiatrie, bénéficieront de cette innovation. Les consultations se feront à partir du centre cardiaque de Pamplemousses. Selon Siven Poinoosawmy, directeur exécutif du centre, les équipements sont en voie d'installation et ils permettront à Maurice d'être connecté à 12 hôpitaux super spécialisés de l'Inde et à sept universités de la Grande péninsule.
Maurice aura ainsi accès à des spécialistes indiens pour la consultation de cinq patients par jour. Chaque jour, un hôpital super spécialisé sera à la disposition des médecins et malades mauriciens.
Par exemple, les lundis seraient consacrés aux pathologies des yeux, les mardis aux problèmes cardiaques congénitales, les mercredis aux cancers, etc.
L'Inde a déjà acquis une réputation internationale en termes de médecine et de soins médicaux.
Beaucoup d'Européens et d'Américains se font soigner dans les hôpitaux super spécialisés de l'Inde dans le cadre de ce qui est aujourd'hui connu comme le tourisme médical. Plusieurs patients mauriciens sont aussi opérés en Inde et une grande partie des frais est financée par l?Etat.
Aujourd?hui, la télémédecine permet à un chirurgien d'opérer, à partir de l'Inde, un malade se trouvant dans le bloc opératoire d?un autre pays. «Nous n?en sommes pas encore là mais ce n?est pas impossible», indique le Dr Sunil Gunness, directeur médical du centre de cardiologie.
En attendant, Maurice, qui consultera des spécialistes indiens, devra être à son tour un consultant pour les pays africains qui seront connectés au réseau à travers les satellites et la fibre optique.
La téléconsultation</B>
■ La téléconsultation, qui sera pratiquée dans un mois au centre cardiaque de Pamplemousses est la forme la plus connue de la télémédecine. C?est une évaluation d'un patient ou des données concernant un patient, sans interaction physique directe, à travers un système de télécommunication. Le champ de la téléconsultation est vaste. Il y a les demandes de seconde opinion auprès d'un spécialiste étranger, l'organisation d'une prise en charge en urgence, l'orientation d'un patient et l'arrangement d'un transfert éventuel mais aussi les soins primaires si le médecin n'est pas disponible? On distingue deux types de téléconsultation :
-
un patient consulte un médecin par un réseau de communication interposé.
-
le médecin consulté sollicite un avis diagnostic (télédiagnostic) et/ou thérapeutique (téléexpertise) auprès d'un autre praticien situé à distance.Par exemple, un blessé, souffrant d'un traumatisme crânien sera systématiquement transféré vers un service de neurochirurgie dans un hôpital plus important. Avec la télémédecine, l'image du scanner sera transférée au neuroradiologue étranger. Il a été noté en Europe que dans sept cas sur 10, on constate que l'opération et donc le transfert physique du blessé vers un hôpital mieux équipé n'est pas nécessaire.
<B>La téléchirurgie</B>
■ Il y a déjà huit ans que des chirurgiens français ont réalisé à distance, de New York, la première opération sur une patiente hospitalisée à Strasbourg. Cet exploit a été rendu possible grâce à la technologie haut débit.
La première opération à distance s'est déroulée le 7 septembre 2000. Elle consistait en l'ablation de la vésicule biliaire d'une patiente de 68 ans se trouvant au CHU de Strasbourg tandis que le chirurgien était à New York. L'opération a été effectuée par système robotisé, nommé ZeusÔ.La liaison entre le robot et le chirurgien était assurée par un service à haut débit sur fibre optique mis en place par France Télécom. Cette intervention de 45 minutes, baptisée Opération Lindbergh en hommage au premier vol transatlantique réalisé par le pilote américain, était menée par le professeur Jacques Marescaux et son équipe. La téléchirurgie permet aujourd'hui à des spécialistes de réaliser, à distance, des opérations dans des zones de guerre, et également de former des chirurgiens des pays en voie de développement.Le robot utilisé répond à des commandes vocales comme «vers le haut», «vers le bas» et peut également avertir l'équipe médicale située à des milliers de kilomètres d'un manque de bandages chirurgicaux ou d'autres matériels essentiels pour la bonne marche de l'opération.La même méthode pourrait être prochainement utilisée pour des opérations plus complexes, notamment la chirurgie cardiaque, estime le professeur Marescaux, pour qui la téléchirurgie devrait se banaliser dans les années à venir.
QUESTIONS AU?
<B>Dr Sunil Guness
● Pourquoi la télémédecine et pourquoi maintenant ?</B>
La télémédecine n?est pas inconnue à Maurice. On a déjà eu un premier contact avec la télémédecine quand la section néonatologie, de l?hôpital de Candos, a été mise en réseau avec la France. On a souvent des bébés qui naissent avec des problèmes mais le spécialiste ne parvient pas à en diagnostiquer les causes.
La télémédecine lui permet de parler à d?autres spécialistes, de leur communiquer les analyses etc. En fait, c?est une consultation médicale élargie. La télémédecine permet à des spécialistes se trouvant en Inde, en Europe ou encore aux Etats-Unis de regarder un spécimen placé sous un microscope à Maurice. Ils peuvent également regarder en temps réel le déroulement d?une angiographie, d?une échographie ou d?une angioplastie qui consiste à dilater une ou des artères bouchées du c?ur.
Le contraire est aussi vrai. Médecins et infirmiers mauriciens peuvent suivre des opérations ou des conférences médicales à l?étranger et poser des questions. Les cardiologues et chirurgiens-cardiologues mauriciens participent à des conférences avec leurs homologues français, presque chaque année, dans un de nos hôpitaux. Ils présentent à ces spécialistes des cas difficiles qu?ils n?arrivent pas à résoudre. Cela se fait une fois par an mais souvent les malades ne peuvent pas attendre.
La télémédecine nous permettra donc de présenter ces cas aux spécialistes étrangers au jour le jour, c?est-à-dire presque immédiatement après des cas que les spécialistes mauriciens estiment nécessiter un éclairage des spécialistes étrangers.
● <B>Est-ce qu?un spécialiste peut, à partir de l?étranger, diriger une opération cardiaque effectuée dans votre centre ?</B>
Vous parlez là de téléchirurgie. Non, nous ne sommes pas encore équipés pour ces types de chirurgie mais cela viendra avec le temps. On fait un pas important avec l?installation des équipements pour nous mettre en réseau avec l?Inde et l?Afrique.
● <B>Y compris la chirurgie cardiaque ou autres types de chirurgie par robot ?</B>
Pourquoi pas ? La chirurgie cardiaque par robot est non invasive mais elle est actuellement limitée.
● <B> Combien de temps prendrez-vous pour réaliser des opérations cardiaques avec un robot ?</B>
Au moins trois mois de pratique sur le robot qui permet d?opérer à distance.
● <B>En attendant cette chirurgie de demain, quelle sera la fonction du centre de télémédecine de Maurice ?</B>
Les malades et les médecins mauriciens consulteront certainement les spécialistes indiens. Nos confrères africains nous consulteront, à leur tour, et nous serons des consultants pour l?Afrique. A ce niveau, il y a des paramètres qu?on doit définir.
● <B>Lesquels ?</B>
Supposons, par exemple, qu?un confrère africain nous présente un cas et qu?on se rende compte qu?il y a un problème valvaire et qu?on doit opérer dans deux ou trois jours. Est-ce que Maurice sera en mesure d?accueillir ce patient et paiera-t-il pour les soins ? Parce que si les hôpitaux africains, connectés au réseau, l?utilisent à fond, nous serons vite noyés par les cas de nos confrères africains. Il y aura aussi un problème de décalage horaire même avec l?Inde. Il faut donc définir des créneaux.
● <B>Notre centre ne sera pas destiné uniquement aux maladies cardiaques ?</B>
Non. Il sera utilisé pour diverses spécialités. Par exemple, pour un cancer des poumons, le chirurgien peut obtenir les conseils des spécialistes étrangers auxquels il aurait soumis les divers résultats des tests au fur et à mesure que se déroule l?opération. Il saura alors s?il doit procéder à une ablation complète ou pas. Il y a beaucoup de patients qui sont envoyés à l?étranger pour des problèmes de neurochirurgie. La télémédecine peut nous aider à réduire ces envois.
● <B> Comment accueillez-vous cet outil de travail ?</B>
Très favorablement. Il nous sera d?une grande utilité surtout pour les pathologies congénitales. Dans ce domaine, Maurice a besoin d?aide. Pour exemple, il y a une déformation cardiaque congénitale qu?on appelle la tétralogie de Fallot mais il y a des centaines de variantes de cette pathologie cardiaque. Désormais, les cardiologues mauriciens pourront compter sur l?expérience des spécialistes étrangers. Ce n?est qu?un exemple car il y en a des centaines d?autres.
● <B> Le centre pourrait aussi être utilisé pour la formation ?</B>
Certainement. Le centre de cardiologie a bénéficié de l?aide de Genève pour la formation de ses infirmiers pour les soins intensifs. Auparavant, le professeur Kalangos venait avec toute une équipe pour former nos infirmiers mais il y a qu?ils se déplacent pour la formation à Genève. Cette formation pourrait être aujourd?hui assurée, en grande partie, à travers nos équipements de télémédecine.
<I>Propos recueillis par </I> <B>Raj JUGERNAUTH</B>
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