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La terrible montée des eaux?
Maurice prend des airs d?Atlantide. Les habitants en font les frais. Certains ont abandonné tout espoir de sauver leurs biens. Leur seule option est d?emménager chez des parents en espérant que le niveau baisse. L?attente est longue et pénible.
Un des endroits les plus durement frappés par les intempéries est le Morcellement Foondun à Terre-Rouge. Un malheureux mélange de facteurs géographiques, avec la proximité de montagnes, et des insuffisances dans l?infrastructure ont contribué à faire de ce quartier un lieu sinistré. ?Enn masak sa. Person pa la, tou dimoun inn ale?, déplore un résident, Reza Mahamadally.
Un projet de drains entrepris l?an dernier n?a rien résolu. Certains disent que le drain est bouché, d?autres qu?il est obstrué par un mur construit autour d?une compagnie. Dans tous les cas, le morcellement est pris en otage par l?eau.
Les flots sont arrivés aux petites heures samedi. ?Bann depite ti bizin vinn tir latet isi. Drin inn kanaliz tou dilo isi. Mo pan resi tir mo bann meb?, renchérit Swadley Ramjhon, 52 ans. Il a dû décamper du morcellement en 2002, lors du cyclone Dina, qui a rendu sa maison inhabitable. Il loge chez sa mère depuis, mais continue à payer pour sa maison. Heureusement, Reza voit le côté humoristique des choses. ?Mo dir gouvernman bizin ran nou nou cas ek fer en reservwar isi !?
D?autres n?ont pas le luxe de rire de la situation. Laily a 66 ans et son époux, Inoosh, 79. Depuis jeudi, sa maison ressemble à un navire qui coule. Cette vieille dame diabétique raconte que les pluies s?étaient déjà montrées impitoyables deux semaines auparavant, mais que l?eau était partie rapidement.
Cette fois, les choses sont différentes. Laily s?est installée chez un voisin et Inoosh est allé vivre chez son fils. Leurs meubles ont été détruits. ?Ki mo kapav fer ? Mo enn vie dimoun. Mo couraz inn fini. Faude dilo sek.? L?argent ne semble pas intéresser les victimes. ?Zot inn fer travay kouma dir braconie. Nou pa diman conpansasion nek debous drin la?, souligne un autre résident.
Compassion
Les pompiers, sur les lieux depuis deux semaines, compatissent. ?Bann la mari dan pins. Depi de semen nou pe ponpe mem me dilo pa pe diminie. Dilo la montagn pe desan kouma enn basin et kanal inn bouse.? Telle la terre regorgée d?eau, le centre communautaire de Cité La Cure regorge d?histoires. Depuis jeudi, 126 personnes y campent car leurs maisons ne sont plus habitables. Certaines dorment à même le sol froid.
?Sa pe pas bien mal. Nou pan manze depi gran matin?, déplore une mère de trois enfants, Rosemay Sitharam. ?Zanfan pa kapav al lekol. Zot linz ek liv tranpe.? Une jeune fille s?approche pour demander de l?aide. ?Dimoun bizin ed nou. Siouple, don nou liv, kaye, soulie ek ling.?
De Pereybère à Souillac, les pompiers ont fort à faire. Dans le Sud, ils sillonnent les villages pour aider les familles aux foyers inondés, à l?image de celles de la rue Pitot à Souillac. Les averses ont rendu plusieurs routes impraticables à Pereybère, Poudre- d?Or et Roches-Noires.
Le temps a aussi semé la pagaille sur l?autoroute à hauteur de Nouvelle-France où une voiture a percuté un pylône électrique. Un des passagers, un enfant légèrement blessé, a dû être transporté à la Clinique Darné pour des soins.
D?autres ont combattu les inondations avec leurs propres moyens. L?histoire de Jean-François de Rosnay est insolite. Une ?inondation monstrueuse? a envahi sa rue à Pereybère. Avec un voisin, il avait donc décidé hier de déboucher un drain pour se débarrasser de l?eau. Ils ont réussi mais c?est la plage publique qui a récolté les détritus. Résultat : ils se sont fait insulter par des touristes et le propriétaire d?un restaurant.
Ni les pompiers, ni la police de l?environnement n?ont voulu les aider à nettoyer. Ils ont même risqué une contravention. Jean-François de Rosnay s?est résolu à utiliser une pompe pour évacuer l?eau qui ?continue à monter?. ?Je patauge depuis 24 heures.? Sa frustration est compréhensible car son épouse est enceinte de huit mois. ?Ce ne sont pas les conditions idéales pour un accouchement.?
La tempête tropicale Hennie représente un ?réel danger? pour Maurice. Son centre pourrait passer dans un rayon de 100 km de la côte est avant midi. La station météo prévoit que, si son centre passe dans un rayon de 40 à 50 km, l?île ressentira des rafales de 150 à 175 km/h. Hier soir, Hennie se trouvait à quelque 200 km au nord-nord-est de l?île. Les services de Vacoas ont évoqué avec persistance la possibilité que le pays passe en classe 3 ce matin. Ils attendent les résultats de leurs analyses pour se pronconcer plus précisément dans leur bulletin de 4 heures du matin.
L?arrivée de Hennie fait craindre le pire, car la terre est détrempée. Elle monte, elle monte, l?eau, sans que les habitants ne puissent rien y faire. De Terre-Rouge à Cité La Cure en passant par Pereybère, les maisons sont inondées. Les habitants doivent les abandonner et se réfugier dans des centres communautaires ou chez des proches. Plusieurs routes sont impraticables.
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