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La technologie maîtrisée

25 août 2007, 00:00

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Il ne faut pas se fier à l?air frêle de Deeya Nursimloo. Car en un rien de temps, elle vous démonte et remonte un circuit électrique, un système d?alarme ou un détecteur. Tout comme elle est capable d?identifier en un temps record les failles sur un réseau de télécommunications. Pour cette jeune femme de 25 ans, le monde des télécommunications n?a plus de secrets.

Deeya tient son amour pour l?électronique de son père, feu Bala Nursimloo, enseignant de mathématiques qui était directeur adjoint au Mauritius Examinations Syndicate. Alors qu?elle grandit, il l?oriente vers son sujet de prédilection, les maths. Et à l?adolescence, il n?est pas rare de voir père et fille bricoler de petits circuits. Mais lorsqu?à la fin de ses études scientifiques au Couvent de Lorette de Quatre-Bornes, Deeya exprime le souhait d?être ingénieur en électronique, ses parents sont peu chauds à cette idée. Bala voit plutôt sa fille suivre ses traces et enseigner. Alors que Nila, sa mère, qui est enseignante d?anglais, voudrait qu?elle s?oriente vers les langues. Cette dernière pense que le génie est un monde d?hommes et que sa fille aura du mal à s?y faire une petite place.

Bien que Deeya soit d?un tempérament doux, elle persiste et signe car elle se sait faite pour l?électronique et les nouvelles technologies. «Je me voyais dedans. C?est comme se sentir bien dans sa peau», explique la jeune femme. A l?insu de ses parents, Deeya fait une demande auprès de l?Université de Cape Town en Afrique du Sud pour suivre le cours menant au Bachelor in Science en électrotechnique. Son admission obtenue, elle met ses parents devant le fait accompli. Ces derniers, soucieux de son bien-être et de son bonheur, finissent par se ranger à son opinion. «Ils ont réalisé que je voulais prendre ma vie en main et que j?étais prête à le faire.»

Deeya se rend donc en Afrique du Sud et vit sur le campus. Si, la première année, le cours consiste à consolider les bases de mathématiques et de physique, c?est au cours de la deuxième année que les étudiants entrent dans le vif du sujet, soit dans toute sa technicité. Pendant les années qui suivent, elle se familiarise aussi bien au système léger qui comprend l?électronique et les télécommunications qu?au système lourd qui englobe les centrales électriques.

A sa quatrième année, elle décide de se diriger vers les télécommunications, technologies en constante évolution. Sa dissertation finale porte sur le système 4 G qui fait toujours l?objet de recherches. Ses notes sont bonnes. A tel point que sa faculté lui offre une bourse pour qu?elle fasse une maîtrise en science des télécommunications. Ce type de proposition ne se refusant pas, Deeya planche pendant un an et demi sur un projet où elle prend, pour exemple, deux protocoles différents n?allant habituellement pas de pair, à savoir le Mobile Internet Protocol et le Session Initiation Protocol. A travers la plate-forme informatique Linux, elle effectue des simulations et compare leur fonctionnement isolément et ensemble pour voir leur fonctionnalité sur un téléphone mobile.

Ses résultats sont concluants. Si bien qu?elle est invitée à présenter ses travaux à des conférences internationales. Ceux-ci sont également publiés dans EURASIP, journal des ingénieurs en télécommunications. Le National Research Fund de l?Afrique du Sud qui a eu vent de ses capacités lui offre une bourse pour qu?elle fasse un doctorat en science des télécommunications. Sa faculté lui fait la même proposition. Or, Deeya a le mal du pays et des siens. De ce fait, elle leur demande de reporter leur offre à une date ultérieure et regagne Maurice.

«C?est vrai que c?est encore un big men?s world mais du moment qu?on a l?appui de la direction, qu?on maîtrise son sujet et qu?on le montre, on parvient à se faire respecter.»

Voulant expérimenter le monde du travail, elle propose ses services à plusieurs entreprises dont à Emtel chez qui elle a fait un stage de trois mois lorsqu?elle était en troisième année de Bsc. Cet opérateur de téléphonie est le premier à lui répondre et à lui proposer le poste d?ingénieur stagiaire. Emploi qu?elle accepte. Elle est immédiatement mise à contribution sur un tout nouveau projet, à savoir la technologie WiMAX, soit l?Internet à haut débit sans fil. Projet lancé sur une base pilote auprès de compagnies en attendant que l?Information and Communication Technologies Authority approuve la tarification proposée.

Le rôle de Deeya est de se rendre sur les cinq stations WiMAX existantes et d?effectuer le monitorage de leurs réseaux sur son ordinateur portable afin de détecter la moindre défaillance. Parmi ses attributions, figurent aussi des visites chez des clients avec une équipe technique pour voir avec laquelle des stations configurer le système qui sera installé. Comme Deeya n?est pas fille à aimer la facilité, jusqu?à l?heure, elle a préféré se rendre à la station de Montagne des Signaux qui n?est pas facilement accessible et qui se révèle un bourbier en temps de pluie.

L?équipe d?ingénieurs d?Emtel qui comprend trois ingénieurs femmes sur huit personnes, planche actuellement sur l?extension du projet. Deeya se contente de dire qu?il s?agit d?une extension de la première phase en vue de couvrir le territoire dans son intégralité. Bien qu?actuellement Deeya ne mette qu?en partie ses connaissances en pratique, elle considère qu?elle est une nouvelle venue dans le monde du travail et qu?elle doit apprendre.

Au contact des clients, la jeune femme s?est découvert un goût pour la gestion. Pour pouvoir être complète et à même d?administrer un projet du début à la fin, elle pense étudier pour obtenir un Master?s in Business Administration. Mais avant cela, elle doit accumuler deux ans d?expérience professionnelle.

Le monde des télécommunications est-il encore un monde d?hommes? «C?est vrai que c?est encore un big men?s world mais du moment qu?on a l?appui de la direction, qu?on maîtrise son sujet et qu?on le montre, on parvient à se faire respecter.»

Si Deeya est aussi branchée télécommunications et nouvelles technologies, elle refuse de devenir un robot. «Par exemple, quand les gens oublient leur portable derrière eux, ils paniquent et c?est à leurs yeux un drame. S?il est vrai qu?il faut être en phase avec la technologie, il ne faut pas devenir son esclave.» Comme le disait un écrivain : «We are not human beings on a spiritual journey. We are spiritual beings on a human journey». Jeune mais sage aussi?

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