Publicité
La tasse de thé ou la gifle
C?était prévisible. Il ne faut pas être sorcier pour deviner qu?il y aurait tôt ou tard un mort de trop. À force de laisser faire et de ne pas sanctionner, le dérapage tant redouté finit par se produire.
Dans l?affaire Ramlogun, la police n?est pas la seule responsable. C?est tout le système qui est en cause. Et Raddhoa et consorts ne sont que le produit de ce système dont on connaît les failles et les lacunes : faible niveau général d?éducation, manque de formation, conditions de travail difficiles, absence de motivation et de reconnaissance, etc. Ces policiers ont, bien sûr, une responsabilité individuelle à assumer (et que le tribunal déterminera), mais ils évoluent dans un contexte qui favorise, quand il ne les cautionne pas, leurs manières de faire pas toujours très orthodoxes. Combien de fois, en effet, n?entend-on pas ce type de réflexions : « Vous ne voulez tout de même pas que la police interroge un suspect avec une tasse de thé à la main ». Et pourquoi pas, si elle permet d?aboutir à la vérité ? Jusqu?à preuve du contraire, on ne peut pas dire que les bottins aient été très efficaces comme méthode d?investigation.
La vérité, c?est que nous sommes tous responsables, des politiques qui brouillent les cartes et ferment les yeux, aux « ti-dimounes » qui revendiquent le droit à la vengeance. Soyons honnêtes ! L?opinion publique ? c?est-à-dire vous et moi ? est prompte au lynchage et à la curée. Quand il y a des crimes particulièrement odieux, par exemple, elle est la première à réclamer des mesures répressives exemplaires, voire le rétablissement de la peine de mort. Elle aime hurler avec les loups. Cette opinion publique qui aujourd?hui réclame la tête de Raddhoa, est la même qui, hier, applaudissait à son retour. Et oui, c?est son paradoxe : elle maudit en même temps qu?elle bénit. Alors, arrêtons de dire que la violence, c?est l?autre.
Cette regrettable affaire devrait surtout être l?occasion de s?interroger sur le type de police que nous voulons et sur les moyens à mettre en ?uvre pour lui permettre de mener sa mission dans le respect des droits humains. Ce qui revient à s?interroger sur le modèle de société dans lequel nous voulons vivre. Et là, tout dépend de ce que l?on veut privilégier : le poids des mots ou le choc des coups ? La démocratisation de la tasse de thé ou celle de la gifle ?
Publicité
Publicité
Les plus récents