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La surenchère
Il y a cinq ans, la scène s?était déroulée à Richelieu. Cette fois, elle a démarré à Camp Levieux avant de se répandre dans le pays. À l?approche des échéances électorales, les plus démunis sortent de l?anonymat pour exercer le seul vrai pouvoir dont ils disposent, leur vote. Ils ont trouvé dans le squat, un outil efficace pour obtenir des autorités qu?elles s?occupent d?eux illico.
Faut-il se résoudre à des méthodes aussi extrêmes pour être écoutées ? Où s?arrête la man?uvre préélectorale et où commence le drame humain ? Les squatters sont-ils finalement des opportunistes à l?affût de la facilité ?
Il y a un peu d?opportunisme dans cette affaire. Avant que les maisonnettes et appartements de la National Housing Development Company (NHDC) ne soient investis par les squatters, ces derniers habitaient bien quelque part. Autant qu?on le sache, personne ne vivait sous une bâche, comme des réfugiés de guerre. Pourquoi n?ont-ils pas réintégré leurs anciennes habitations en attendant que le nouveau gouvernement trouve une issue satisfaisante ?
La solution aux problèmes des squatters se trouve dans la politique de logement de l?État. Celle-ci prévoit la construction de maisons évolutives, dites Firinga Type, appelées ainsi après le cyclone du même nom en 1989. Ces maisonnettes sont assez basiques. Il appartient au locataire de l?aménager à sa manière. Cité Flamboyant à Richelieu est un bel exemple de ce que ce type de logement peut soutenir en termes de qualité de vie.
« Se enn cazot ! »
Il y a de la surenchère quand les squatters de Camp Levieux, qui affirment ne pas avoir de quoi nourrir leurs enfants, refusent d?habiter une maison évolutive. « Se enn cazot ! » s?étaient-ils plaints. S?il est légitime d?aspirer à une meilleure condition de vie, il faut bien démarrer quelque part et quand on est squatter, on n?est sûrement pas en droit d?être aussi exigeant !
Les squatters disent pouvoir payer tout au plus Rs 1 000 par mois pour avoir un logement décent. Comment se fait-il alors qu?ils aient attendu aussi longtemps avant de se signaler à l?attention des autorités ? Selon la NHDC, un squatter sur deux n?est pas inscrit au service s?occupant des sans-logis.
Mais alors que les squatters gagneraient à changer d?attitude et à se prendre en charge, les autorités ont, elles aussi, intérêt à réajuster leur politique de logement. Le loyer n?est pas le seul facteur qui entrave l?accès au logement pour les démunis. Le paiement d?un dépôt conséquent, exigé par les lois régissant la NHDC, est aussi un facteur limitatif. Souvent, les plus démunis n?arrivent pas à réunir la somme nécessaire même s?il leur est possible de payer les mensualités.
L?État gagnerait également à aborder le problème dans sa globalité. Comme le dit si bien l?architecte Gaëtan Siew, une maison est bien plus que quatre murs et un toit. C?est un investissement et non une simple dépense. Voilà pourquoi les concepteurs doivent aller au-delà des considérations purement techniques et pécuniaires et décider en fonction de facteurs sociologiques, culturels et économiques. C?est seulement à cette condition que les projets seront durables. Et le pays pourra s?épargner des Dockers Flats qui au-delà d?un certain temps, deviennent complètement obsolètes.
Il y a également des leçons à tirer du passé. La pression foncière et aussi politicienne a poussé la NHDC à développer des blocs d?appartements dans des villages lointains. Ces derniers ont eu du mal à trouver preneur, car les habitants de la localité ne pouvaient pas se permettre de les acheter et les gens d?ailleurs n?étaient pas suffisamment intéressés pour s?y installer. Il aurait suffi que le promoteur y intègre des aménités récréatives et commerciales pour susciter l?intérêt.
Le cas échéant, la NHDC n?avait qu?à tenir compte de la culture de la localité avant de proposer un projet. Elle aurait alors vu que les blocs d?appartements en rase campagne ne marcheraient pas. Cela lui aurait permis de changer de projet ou alors, d?utiliser les ressources de manière plus efficace ailleurs.
Et même s?il s?avérait que les blocs d?appartements représentent l?option la plus appropriée pour Maurice, l?État devrait repenser son approche. Il ne suffit pas de construire et vendre des blocs d?appartements. Il y a aussi tout un service après-vente d?encadrement et d?accompagnement à assurer, afin que les Mauriciens, peu habitués à vivre dans de telles conditions, puissent s?adapter et se prendre en charge.
Un coût social qui risque d?être lourd
À Camp Levieux, Vacoas ou ailleurs, l?expérience a montré qu?il est nécessaire de créer un organisme qui prendrait en charge tout ce qui relève de l?entretien et de la sécurité. Ce rôle a, jusqu?ici, été dévolu aux syndics qui, faute d?un statut légal, ont du mal à se faire respecter.
L?expérience a aussi démontré que développer une forte concentration de logements sans les aérer avec des espaces verts et des infrastructures de détente nuit à la longue vie du projet. La promiscuité qui en découle entraîne un coût social qui risque d?être lourd avec le temps.
L?investissement dans le logement est coûteux. Ce n?est pas toujours évident pour l?État de concilier l?intérêt des uns avec ceux des autres. C?est peut-être Gaëtan Siew qui a la meilleure solution : que l?État offre un lopin de terrain aux sans-logis. Cela leur conférerait un sens de la propriété qui devrait les responsabiliser. En même temps, l?État n?aurait pas à investir massivement dans la construction qui serait prise en charge par les locataires eux-mêmes. Dans un sens, cette formule est déjà appliquée selon le concept « site and services » de la NHDC. Il serait peut-être temps de la généraliser?
■ Shyama SOONDUR et Elwyn CHUTEL
L?opposition réclame une enquête
Face aux tribulations des squatters qui avaient envahi les maisonnettes de la National Housing Development Company (NHDC), l?opposition demande la mise sur pied d?une commission d?enquête pour identifier les instigateurs de cet acte illégal. Paul Bérenger s?est appuyé, hier, sur une récente déclaration du vicaire général du diocèse de Port-Louis pour réclamer une telle enquête. L?abbé Jean-Maurice Labour affirme avoir été témoin d?un acte d?intimidation contre ceux qui ont accusé des politiciens d?avoir encouragé l?occupation illégale de ces maisonnettes. Trois des anciens squatters pointent un doigt accusateur vers Rama Valayden, James Burty David et Mathieu Laclé. Ils ont consigné des dépositions à la police en ce sens.
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