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La Société Royale fête ses 175 ans d?existence
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La Société Royale fête ses 175 ans d?existence
La Société Royale des Arts et des Sciences, fondée en août 1829, convie les Mauriciens a célébré le 175e anniversaire de sa création. Ils sont invités à découvrir les objets les plus précieux de ses collections. Le Blue Penny Museum, à Port-Louis, a ouvert ses portes au public, jeudi dernier, afin de leur faire découvrir cette exposition. Elle nous invite à reprendre contact avec les premières sociétés savantes ayant marqué de leur empreinte l?histoire de notre pays.
Le naturaliste Philibert Commerson est parmi les premiers à avoir réfléchi à la nécessité de créer une société savante à l?Isle de France. Il ébauche, vers 1769, un projet d?Académie. Son biographe Lalande nous fournit les détails suivants concernant ce projet : dans un premier temps, classes de sciences, de mathématiques, d?histoire naturelle, de physique, de médecine. Dans un deuxième temps, il sera question d?astronomie, de géographie, d?hydrographie, de médecine tropicale et d?agronomie.
Ce projet est édifiant quand on pense qu?il intervient 35 ans après que Mahé de La Bourdonnais eut posé les jalons visant à transformer ce camp dépourvu de toutes aménités qu?était Port-Louis à son arrivée, en un port d?attache pouvant fournir à des convois maritimes et à des escadres tout le ravitaillement dont ils peuvent avoir besoin.
Cette responsabilité matérielle paraît déjà excessive pour un port d?attache ne comptant que quelques décennies d?existence. Elle suffit amplement à absorber toutes les énergies disponibles. Que des promoteurs songent à créer des sociétés d?émulation intellectuelle, voilà qui plaide nettement en leur faveur et dit bien la rapidité du développement que connaît l?Isle de France pendant les deux premiers tiers du XVIIIe siècle.
L?Académie projetée par Philibert Commerson ne voit pas le jour en raison des restrictions de l?Ancien Régime. Ses idées majeures seront reprises en 1786 par la Société des rédacteurs du Journal des Iles de France et de Bourbon. Il est question de créer un collège pour l?éducation des enfants dans les deux îles. Ce journal pourrait être l?organe diffusant l?essentiel des connaissances académiques à développer et à vulgariser. Il s?agit d?enseignements de base que d?expériences et de recherches à partager dans un esprit d?enrichissement mutuel. Aujourd?hui, on évoquerait à ce sujet, le besoin de transfert des technologies.
Apparaît alors le nom de Lislet Geoffroy, fils d?une esclave. Il met en exergue l?utilité des observations météorologiques. Elles ne sont jamais de trop dans une île placée sur les trajectoires des cyclones et exposée, chaque été, à subir les inconvénients de leur passage dans les environs quand ce n?est pas sur elle.
En 1801, le passage de l?expédition de Nicolas Baudin aux terres australes, donne un coup de fouet aux aspirations intellectuelles et scientifiques de l?élite de la population de l?Ile de France. Le séjour forcé, dans notre île, de plusieurs savants et de chercheurs de disciplines différentes, trop souffrants pour pouvoir reprendre leur place à bord du ? Géographe? et du ?Naturaliste?, favorise la création d?une Société des Sciences et des Arts de l?Isle de France. Elle présente une adresse à l?Assemblée coloniale, le 9 octobre 1801. Elle met en exergue les avantages qu?offre l?île de France à des activités académiques et à des expériences scientifiques.
Ces avantages n?empêcheront toutefois pas cette Société d?être éphémère. Elle sera heureusement remplacée, en 1805 par une Société littéraire de l?Isle de France aux objectifs trop étriqués car on la rebaptise bien vite Société libre d?émulation, plus connue comme la Société d?émulation. Un de ses registres disparaîtra dans un incendie antérieur à 1816.
On retrouve dans son programme d?activités, relevé dans un numéro des Archives de l?Isle de France, de 1818, les points suivants : recherches sur les montagnes, sur les cavernes, sur le Grand-Bassin, sur l?histoire du Jardin des Plantes, sur l?histoire du Réduit, distinction à faire entre flores indigène et exotique, analyse des remèdes utilisés par les esclaves pour guérir leurs maladies, les moyens à employer pour détruire les rats, l?élevage des vers à soie, l?accroissement de la culture de la canne à sucre, la greffe, la mécanisation du travail des esclaves, histoire du commerce de la colonie, celle des valeurs monétaires qui y ont cours, etc.
Entre-temps, l?Isle de France est redevenue Mauritius et le gouverneur Farquhar remplace le général Decaen à l?Hôtel du Gouvernement. L?événement est de taille et provoque un temps d?arrêt préjudiciable aux activités intellectuelles, artistiques et scientifiques. Un changement de drapeau peut créer, en effet, une confusion extrême, désorientant savants et chercheurs au point qu?ils préfèrent aller chercher ailleurs une stabilité politique et administrative plus propice à une véritable émulation intellectuelle.
Il n?en sera rien et tout le mérite en revient au gouverneur Farquhar et à ses collaborateurs, épousant sa volonté de faire coexister une population francophile et francophone sous l?Union Jack, dans le respect des lois, de la langue, de la religion, du droit de propriété, respect garanti par l?acte de capitulation de décembre 1810 et ratifié par le traité de Paris de 1814.
La Société d?émulation ralentit toutefois ses activités. Farquhar s?en inquiète. Il cherche les moyens de créer et d?organiser un établissement d?utilité publique pour encourager les sciences, les arts, le commerce, les manufactures. La Société d?encouragement pour les Arts et les Sciences est dotée de fonds pour subvenir à ses dépenses.
Celles-ci comprennent l?acquisition d?une bibliothèque, l?achat d?instruments de physique. Elle doit se procurer les modèles des inventions nouvelles de son choix, avec la documentation appropriée pour les utiliser. Quel responsable d?une activité intellectuelle quelconque ne sauterait-il pas au plafond, aujourd?hui en apprenant qu?il peut disposer désormais de facilités budgétaires aussi extensives ? En sus, le Collège Colonial, futur Collège Royal, doit mettre à sa disposition une salle assez vaste pour former le berceau de la nouvelle société et le dépôt de ses archives et de ses équipements.
M. Pitot révèle à ce sujet, la présence à Maurice de William Aikin. Il vient d?Angleterre et des Antilles. Il s?entend bien avec les machines nouvellement expérimentées dans les colonies antillaises britanniques. Pitot suggère qu?Aikin soit nommé secrétaire-bibliothécaire et gardien des modèles de la société. Preuve que l?apprivoisement des anciens corsaires français par ce rassembleur diplomate qu?est Farquhar n?est pas un vain mot.
Il faut y voir l?embryon des projets de muséum qui se matérialiseront heureusement au cours du XIXe siècle. Pendant la décennie 1820, les sociétés savantes végètent, tandis que parallèlement on s?enfièvre sur divers projets de réforme et de réorientation.
Apparaît alors à l?horizon scientifique, Charles Telfair, qui propose la création d?une Société asiatique qui serait en correspondance avec celles de Londres et de Calcutta.
Il est suivi de peu par Julien Desjardins et Louis Bouton. Ils offrent au gouverneur, Sir Lowry Cole, le 18 mai 1826, leurs collections d?histoire naturelle pour mettre sur pied l?embryon d?un musée colonial. Les autorités commencent à faire la sourde oreille. La période exaltante d?une administration attentive aux suggestions des élites disparaît graduellement à l?horizon. Nous entrons dans l?ère du soupçon. L?Hôtel du Gouvernement commençant à se méfier comme de la peste de tout ce qui n?a pas germé au sein du petit cercle des grands décideurs.
L?offre généreuse de Desjardins et de Bouton, méprisée par Lowry Cole, est pourtant le point de départ d?une Société d?Histoire naturelle, pouvant être considérée comme un des ancêtres directs de la Société Royale des Arts et des Sciences. Le 12 septembre 1828, Julien Desjardins fait circuler un prospectus dans le but de réorganiser la Société d?émulation.
Le 11 août 1829, Charles Telfair invite à son domicile, à Bois-Chéri, Moka, 29 naturalistes et ensemble, ils mettent sur pied la Société d?Histoire naturelle de l?île Maurice. Elle tient son premier conseil d?administration le 24 de ce mois. Charles Telfair est son premier président. Ses adjoints sont Wenceslas Bojer et Jacques Delisse, un des ancêtres de France Staub, un des piliers actuels de la Société Royale. Julien Desjardins est son secrétaire et François Liénard de la Mivoye son trésorier. Le 24 août 1846, elle prend le nom de Société des Arts et des Sciences. Le 16 juillet 1847, une dépêche fait savoir que la reine Victoria lui permet de s?appeler Société Royale des Arts et des Sciences.
L?exposition, inaugurée jeudi dernier, au Blue Penny Museum, veut justement commémorer le 175e anniversaire de la création par Charles Telfair et ses pairs de la Société d?Histoire Naturelle, l?ancêtre de notre Société Royale des Arts et des Sciences. La prochaine chronique mettra en exergue les circonstances entourant ses premières activités.
<I>?Le 11 août 1829, Charles Telfair invite à son domicile, à Bois-Chéri, Moka,29 naturalistes et ensemble, ils mettent sur pied la Société d?Histoire naturelle de l?île Maurice.?
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