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La Société royale célèbre poterie et céramique

8 juin 2006, 20:00

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La Société royale des arts et des sciences de Maurice organise du 9 au 16 juin 1981, à la galerie Max-Boullé, Rose Hill, une exposition de céramiques mauriciennes, une des premières de la seconde moitié du XXe siècle. La céramique connaît, en effet, à partir de 1981, un renouveau des plus prometteurs. La Société royale demeure fidèle à sa vocation de grande protectrice des Arts, en organisant cette expo-vente et met ainsi en valeur une nouvelle facette de la créativité artistique à Maurice.

La céramique est essentiellement le miracle du travail d’un mélange approprié de terres et d’argile. Son façonnage lui impose la forme désirée. Sa cuisson dans un four ad hoc, à la température requise, l’émaillage, la peinture, la décoration au gré de l’artiste font le reste. Cette alchimie dynamique crée selon l’humeur du potier sculpteur ou tourneur, un vase, une soupière, une gargoulette, un service à dîner, un chandelier, ou plus simplement des lampes pour le prochain divali.

Parmi les exposants, Chantal Leclézio, la fille de l’inoubliable Ben Théveneau. Son atelier se nomme Céram Tropique. Elle s’est initiée à la poterie à Paris, dans les années 1975. En 1981, elle avoue une prédilection particulière pour la poterie scandinave et chinoise. Raymond Raffray, administrateur d’Union/Saint-Aubin, est un autodidacte en poterie, comme en plein d’autres domaines, allant de l’énergie solaire à la production énergétique à partir de déchets domestiques ou encore à la fabrication de compost. Il compte un élève de marque en la personne Gérard Sullivan, prêtre, acteur, metteur en scène et en sainteté, chanteur, bouleversant interprète de Jacques Brel et de son opéra “L’homme de la Mancha”. Artiste aussi et potier aux doigts assez agiles pour maîtriser l’argile. Entre deux absolutions, il sait trouver le temps pour façonner un nouveau calice, une nouvelle patène, un nouveau ciboire, afin de donner une intensité renouvelée à la fraction du pain eucharistique et au versement du sang pour une multitude.

Jacqueline Desvaux de Marigny rapporte de l’Afrique du Sud voisine les connaissances techniques permettant à SPES, rue Labourdonnais, Quatre Bornes, d’adjoindre un atelier de poterie à ses nombreuses activités artisanales et artistiques. Mesdames Appa et Munguer en font de même mais à l’Institut de Pédagogie (MIE), Réduit.

Mais on ne peut faire une exposition de poterie, ni de céramiques à Maurice, sans faire appel aux Ragoobar, cette famille de potiers, sise à Arsenal, Terre-Rouge, que tout Maurice connaît, et plus particulièrement les dévots de divali et de Marigny, ceux de la célébration annuelle de toutes les victoires de la Lumière sur les forces du Mal, de la Vérité sur nos mensonges, de la Connaissance du Bien et du Mal sur nos abdications devant toutes les tentations subtilement diaboliques et sataniques. Les Ragoobar exposent mais produisent également, devant le public visiteur, plus émerveillé que jamais. Et s’il veut communier davantage au mystère de la terre animée par le souffle de la création artistique humaine, il pourra toujours se remplir les yeux des images féeriques du documentaire d’HarryKrishna Anenden, “L’argile et la flamme”, premier prix du concours international du court-métrage de l’ACCT (Voir “l’express” du 28 février 2006).

Le gouverneur général, Sir Dayendranath Burrenchobay, consent à présider l’ouverture de cette célébration de la terre cuite. La cheville ouvrière en est l’inoubliable France Staub, toujours présent quand il s’agit de mettre royalement en exergue les Arts et les Sciences.

A la même époque, la presse annonce que “Zac Associates” l’étude de ce grand protecteur de notre patrimoine architectural qu’est Abbas Currimjee, prépare le plan de la nouvelle aile du marché central du Port Louis. Elle coûtera Rs 4,5 millions. L’Europe consent une aide financière de Rs1,5 million. L’aide à l’aile brûlée de l’Hôtel du gouvernement sera du même montant. Port Louis devra trouver, quelque part, le reliquat de Rs1,5m. La partie est jouable si les assureurs se montrent plus compréhensifs et moins boutiquiers, plus courtois et moins inquisiteurs.

Espérons qu’ils réagiront comme il le faut après avoir lu le “Requiem pour un Marché” de Norbert Benoît qu’on ne savait pas si portlouisien. A l’annonce que son marché central brûle, il sent que le destin le prive de quelque chose de très cher. Le tient à cœur son “Grand Bazar” par opposition à la multitude des “Ti Bazar”, dont le moins pittoresque n’est certainement pas celui de La Butte. Si le poisson du “Ti Bazar” déplaît, il faut marcher jusqu’au “Grand Bazar”. Et quand le poisson rêvé est dans l’assiette, le marcheur sait n’avoir droit à aucune action de grâce particulière. C’était dans la norme des choses. Les grands ont toujours besoin d’un plus petit qu’eux.

Le “Grand Bazar” c’est l’exploration des étalages. Ceux des fruits et légumes sont jugés terre à terre. Ceux des épices, des noix de coco, de tous les parfums, de toutes les couleurs d’Asie, font rêver. Ils sont invitation baudelairienne au voyage et s’emplissent de mystère. Il reste à Norbert ce turban qu’un vieux marchand a confectionné pour son fils. Peut-être pour celui qui marche sur les traces de Gabriel Gillet ou de Rog.

Attention au béton déshumanisant, lance-t-il, ne sachant pas encore qu’avec Abbas, on retrouvera l’âme perdue de l’aile incendiée à la mi-mai 1981.

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