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La société civile prend la parole

9 janvier 2005, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Ghina Fattimath, Maldives « Sentiment d?impuissance contre le tsunami »

« Des cris d?effroi m?ont réveillée ce jour-là. Dans la rue, on hurlait que la mer allait nous recouvrir. Je suis sortie et j?ai vu que la mer avait enva-hi la rue, qu?elle était au seuil de ma maison ». Ghina Fatti-math, originaire des Maldives, était en vacances à Malé (la capitale), où vivent ses parents quand le tsunami a frappé ce terrible 26 décembre. Vivant à Paris, cette experte en biologie marine, travaille pour l?Unesco. Ironie du sort, elle est affectée au service Coastal and small islands Platforms, qui se penche sur le sort des 49 états insulaires de la planète.

Ghina Fattimath, qui participe aux travaux de la société civile à Mer-Rouge, est préoccupée par le sort de son pays (86 morts, des centaines de sans-abris).

« Les Maldives sont très vulnérables. Les îles ne sont qu?à un mètre au-dessus du niveau de la mer. Le tsunami a déjà englouti quelques îles et a changé la topographie de l?archipel? »

La jeune femme, qui a épousé un expert français de Greenpeace, nous fixe du regard et nous balance cette question qui fait frémir : « Savez-vous que dans 80 ans les Maldives seront recouvertes ? » Pour l?heure, les 300 000 habitants n?y songent pas trop. La priorité c?est reconstruire après le tsunami?

« Aux Maldives, c?est vrai que nous sommes impuissants contre ce raz de marée. Mais si seulement on nous avait prévenus, on aurait pu limiter les dégâts? »

Wil Maheia, Belize « Reprenez Diego Garcia aux Anglais »

« I?ve come from far. And I can say it?s my first visit, but not last. » Wil Maheia et sa bonne humeur nous viennent de Belize, un État d?Amé-rique centrale.

Ancienne colonie britannique, avec de vastes champs de canne, Belize, a beaucoup de points communs avec Maurice. « I feel at home here », confie Wil, dont les ancêtres originaires de l?Inde, ont débarqué dans cet État de 23 000 km2 qui ne compte que 220 000 habitants (contre environ 1,3 million pour les 2 040 km2 de Maurice). « Yes, we have a lot of space, compared to you, that is the big difference. »

Wil Maheia découvre peut-être Maurice, mais il a déjà travaillé au sein de l?océan Indien, plus précisément sur la base militaire de Diego Garcia. « I worked there for the US government for six months. » Mais le Bélizien ne savait pas que Maurice revendiquait sa souveraineté sur l?archipel des Chagos. « This is a very important base, with very sophisticated equipment. You should fight to try to recover your rights on the Chagos and then rent it to the US. » Mais il avoue que ce sera une bataille ardue?

Celia Mahung, sa collègue de Tide, une ONG de Bélize qui lutte pour la préservation des récifs coralliens, lui rappelle que « with Sids, small countries can unite their voices in order to be stronger against the rich one ».

Lenette et Ruthphin, La jeunesse écolo des Caraïbes

Lenette Lewis a 18 ans, et vient des Iles Vierges, archipel des Petites Antilles. Elle est la plus jeune des délégués venus participer au Community Vilaj, le forum de la société civile. À ses côtés, Ruthphin Dupigny, originaire, elle, du Common-wealth of Dominica. Les deux font partie du réseau Caribbean Youth Environment Network (CYEN) et manifestent un vif intérêt pour tous les enjeux écologiques qui guettent les îles.

« Mo pa ti mem konet Maurice. Bien bien zoli ici? pareil akot moi », s?exclame la souriante dominicaine, dans un créole proche du nôtre. Un sourire qui se fige toutefois quand on confond son île ? Domenica qui compte 75 000 habitants ? avec la République Dominicaine, autre état des Antilles, à l?est d?Haïti.

Les deux jeunes écolos sont bien fières des plages et des lagons de leurs îles et entendent bien les préserver. « Il faut veiller à un développement durable qui n?affecte pas la biodiversité de nos îles.

Ce sont les atouts de notre avenir et les jeunes doivent s?intéresser aux enjeux écologiques, d?autant que notre destin est tributaire des océans qui nous entourent. » Des paroles remplies de sagesse, venues des Caraïbes.

Sebastien Martial : pour un commerce plus equitable

Un Mauricien à la tête de Réunion Équitable. C?est Sébastien Martial qui termine son doctorat à l?université de la Réunion. Il est venu promouvoir le commerce équitable au sommet de Sids. Fondée en 2001, à l?initiative d?un groupe d?étudiants à la Réunion, l?association milite pour une « plus grande justice sociale et un autre développement pour les pays les moins avancés. »

Sébastien Martial se réjouit qu?on donne la parole à la société civile. « C?est bien qu?on puisse faire entendre nos idées. C?est révolu le temps où ONG critiquaient sans rien proposer. Aujourd?hui, il importe qu?on puisse avoir voix au chapitre des décisions prises lors des sommets internationaux. »

Le président de Réunion Équitable affirme qu?il faut « une approche alternative au commerce international imposé ». Il trouve navrant que le commerce intra-océan Indien ne dépasse pas 1 %. « De nouvelles pratiques économiques sont nécessaires pour une redistribution des richesses. C?est pour cela qu?il nous faut ?uvrer pour un partenariat qui favorisera une redistribution des richesses tout en respectant les Droits de l?homme et l?environnement. »

Jane Cootee et Therèse Saini,la voix des Papouans-Néo-Guinéennes

C?est la première fois qu?elles quittent leur état d?Océanie, la Papouasie-Nouvelle-Guinée. Et depuis leur arrivée chez nous cette semaine, Jane Cootee et Thérèse Saini multiplient les contacts avec les organisations féminines des petits états insulaires.

« Pensez-vous que cela soit possible : sur 104 députés chez nous, il n?y a qu?une seule femme ? Pourtant, les femmes représentent plus de la moitié des 4,5 millions d?habitants de Papouasie-Nouvelle-Guinée? », s?indignent-elles.

Les deux féministes font partie de GROOTS (Grassroot Women?s Organi-sation Operating Together in Sisterhoods), une ONG lancée à Nairobi en 1975. « Avant, les femmes étaient confinées dans leur rôle de mères traditionnelles. Aujourd?hui, chez nous, on compte des femmes pilotes, médecins, ingé-nieurs? Alors pourquoi sommes-nous toujours en retard pour ce qui est de la représentation politique ? »

Jane Cootee et Thérèse Saini attendent que la Réunion de Maurice permettent aux femmes des îles de se donner la main afin de resserrer les rangs. « Il est temps qu?on prenne les choses en main. Nous sommes aussi capables que les hommes, sinon meilleures qu?eux ! » assènent-elles. Propos déterminés des Papouans-Néo-Guinéennes !

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