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La sculpture hors des contrées mauriciennes

6 mars 2006, 00:00

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Un pan du ciel recouvre son atelier. Le sculpteur se retrouve libre, seul face aux regards inquisiteurs des autres. Cet homme qui a l?air parfois inaccessible, est loin d?être un sculpteur qui se cloisonne dans le réel. Son art à lui ne porte pas de trace d?influence. Ses sculptures ne sont pas figuratives, mais sont extraites des imperfections du bois. L?atelier de Philippe Edwin Maire s?éloigne au galop de ce que nous appelons le style.

L?avenir d?un artiste se situe-t-il dans les espaces hôteliers ? Faudra-t-il que ce dernier se vende, en quelque sorte, aux touristes afin de sortir la tête de l?eau ? Philippe Edwin Marie ou simplement Pem, en dira long à ce sujet.

?Mone truvé qui touriste bien content cé ki mo fer. C?est à partir de là qui mone truv mo vré valeur. Avant sa, certains dimounn ti pé pose mwa ène tas questions, kifer mo cheveux coum sa? ?, débute Pem. Il a trouvé sur son parcours de sculpteur, des gens qui s?intéressaient plus à le juger, qu?à contempler ses ?uvres d?art. Ses pulsions sont peut-être animées par le mouvement rasta, mais cela n?a rien à voir avec son art.

Laboureur à la municipalité de Port-Louis, Pem a été recruté par un des membres hôteliers de Véranda. Son cheminement à cet hôtel et dans plusieurs autres a duré dix-huit années. Pem voit aujourd?hui défiler un grand nombre de touristes au Caudan, son lieu de travail.

?Le Caudan est devenu un lieu fréquenté par de nombreux touristes. L?artiste y rencontre énormément de gens tous les jours, ça lui fait gagner des ailes? ?, explique encore Pem. Alors s?il est vrai que le touriste possède ce pouvoir de promouvoir l?artiste mauricien, ce dernier changera-t-il pour autant sa méthode de travail ? Pem n?est pas de ceux-là.

Il a trouvé un compagnon, le bois. Aucune étude ne lui a fait comprendre qu?il était doué pour cette technique de sculpture du bois résolument abstraite. ?Ene zour, mone découvert ène racine dans la terre municipalité. Mone garde li. Ban là ti dir ki mo ti fou mais sa ti ène révélation?. Une racine qui l?a poussé à la réflexion. Le vrai déclic de son talent est plus fascinant.

Il s?est sculpté en du bois de teck, un peigne. ?Mo pas ti éna ène peigne assez fort pou mo cheveux, alors mone fer ène pou mwa-mem?. Le souffle d?inspiration s?est installé lentement. Un sculpteur était né.

Dénuder son identité, ses racines

Comme il le clame, il n?a pas de style. Il ne module pas ses ?uvres d?art selon ses inspirations. Son art ne démontre pas ses états d?âme, ni ce que les autres veulent percevoir de lui. Son art dénude simplement son identité et ses racines. L?Afrique.

Rasta jusqu?au bout, Pem se sent avant tout Africain, ou black, comme il l?aime à le dire. Quand son humeur joue contre lui, il se refuse à sculpter. Et se noie dans les paroles d?Eric Triton ou de Ray Charles Robinson. Il ne dira jamais que la sculpture relève parfois d?une souffrance physique.

Il n?hésite pas à utiliser d?énormes morceaux de bois pour y extirper des ?uvres d?art. Du bois de ?teckoma? ou celui du ?baba calebasses?. Transportant à bicyclette ses troncs et ses branches de bois, de Petite-Rivière jusqu?au Caudan, Pem considère que sculpter ne relève pas d?une douleur physique. Loin de là. La sculpture est un besoin.

?Mo passe mo létemp coze ar mo ban sculptures. Mo pa lé qui dimounn achète mo ban sculpture selmen pou aide mwa. Ban client bisin gagnn ène coup de foudre pou mo sculptures.? Très particulier comme personnage. Dans son atelier à toit ouvert, il en extirpe une liberté absolue. Il n?aimerait pas sculpter entre quatre murs car cela fait ?l?effet d?être enfermé ?. Il aime que le regard du public balaie ses travaux. Cela a débuté à l?hôtel puis dans cet espace publique, le regard des autres ne le gêne pas.

Une telle surexposition de l?artiste semble être rentable. Pem en profite pour libérer ses idées dans ses sculptures. Plusieurs personnes s?interposent dans ses réflexions pour lui parler de son art, que se soient des étudiants comme les membres du public. L?atelier de Pem ouvre les possibilités de l?artiste. Il se dit fier que son art brut voyage à travers le globe.

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