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La Santé chipe les fabricants d?amuse-gueules
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La Santé chipe les fabricants d?amuse-gueules
Des cartons de toutes tailles sont entassés dans la pièce. Les échantillons sont disposés sur la table, les étagères, les classeurs et même le coffre-fort. Le bureau du grand patron de Tenfa reflète le dynamisme d?une entreprise qui grandit rapidement. Il cadre aussi avec l?image d?un secteur qui bouillonne dans le désordre.
Depuis la semaine dernière, le ministère de la Santé a imposé de nouveaux règlements sur les amuse-gueules. Ceux contenant plus de 10 % de graisses saturées ne pourront plus être commercialisés. Une décision qui ne fait que s?ajouter à d?autres qui se font et se défont sans que les importateurs et fabricants y comprennent quelque chose.
?Il est important d?avoir des règlements afin d?éviter la pagaille mais les autorités doivent nous donner des directives claires et définies?, soutient Ah-Kwet Wong Ten Yuen, directeur général du groupe Tenfa. Cette entreprise d?Eau-Coulée produit et importe des amuse-gueules pour le marché local aussi bien que régional. Elle en a assez des conteneurs bloqués en douane, des saisies ?intempestives? et d?une administration qui ne cesse de changer les règles du jeu.
?C?est vrai que la nation doit manger sain mais elle doit également avoir le choix?, déclare M. Wong Ten Yuen. Il affirme que sa société opère selon les nouveaux paramètres du ministère de la Santé, mais cela ne s?est pas fait sans de gros efforts. Si elle a pu s?assurer que sa production locale est conforme aux règles, elle a dû exiger que ses fournisseurs s?y adaptent.
?Nous avons obligé les fabricants à changer de formulation. Certaines chaînes de production en Asie s?arrêtent pendant deux jours uniquement pour que la formulation change pour les chips destinés à Maurice?, précise le directeur général de Tenfa.
L?importance accordée par les fabricants asiatiques à cette société mauricienne est la preuve du long chemin parcouru depuis sa création en 1991. A sa naissance, Tenfa n?a que de modestes ambitions : importer des amuse-gueules. La croissance est fulgurante mais M. Wong Ten Yuen réalise qu?une fabrique de chips réduirait le coût de certains produits.
?Les snacks sont volumineux car les emballages sont remplis d?air. Le fret est cher, or nous payons pour importer une bonne partie d?air, ce qui n?a pas de sens !? affirme le directeur général de Tenfa.
<B>Rs 8 de moins pour un sachet de chips </B>
Les amuse-gueule importés sont frappés de droits de douane variant entre 55 % et 65 %, ce qui stimule également Tenfa à se lancer dans la fabrication locale. Un sachet de chips importé coûtait Rs 22 mais pouvait être vendu à Rs 14 s?il était fait localement.
L?usine est mise sur pied en 1997 avec l?aide d?un partenaire malais. Celui-ci se désiste quelques années plus tard, alors que la crise économique bat son plein en Asie. La partie mauricienne prend alors le contrôle total du business. Aujourd?hui, l?usine fabrique 150 tonnes d?amuse-gueules annuellement. Sa capacité maximale est le double de la production actuelle mais le marché n?est pas demandeur.
?Le commerce va mal en ce moment. La consommation a baissé de 15 % par rapport à l?année dernière alors que la compétition s?est intensifiée?, soutient M. Wong Ten Yuen.
La hausse constante du prix du fret et l?évolution du taux de change influent sur le coût des intrants importés. Les emballages coûtent de plus en plus cher avec l?augmentation en flèche du prix du pétrole. A ce jour, l?emballage importé d?Asie représente plus d?un tiers du coût de production d?un sachet d?amuse-gueules.
Pourtant, Tenfa veut aller plus loin. Elle compte s?installer dans une nouvelle usine sur un terrain de trois arpents à Forest-Side d?ici 2006. Cette fabrique aura une capacité de production de 1500 tonnes annuellement, mais M. Wong Ten Yuen précise qu?il ne misera pas uniquement sur les amuse-gueules.
?Nous n?aurons pas survécu sans diversifier notre business?, avoue-t-il. Tenfa importe 200 tonnes d?amuse-gueule d?Asie mais s?est également lancée dans le commerce de conserves, biscuits, sauce de soja et autres produits alimentaires. Une succursale installée dans le port franc achemine une centaine de conteneurs d?amuse-gueules mauriciens et importés vers la Réunion, Madagascar, les Comores et l?Afrique du Sud.
Le marché local demeure cependant une priorité. L?objectif de Tenfa est de grignoter jusqu?à 20 % du marché. La dernière idée est le lancement de Twist Again, un ?produit-sosie? qui veut concurrencer les fameux Twisties.
Selon la Chambre de commerce et d?industrie, les Mauriciens consomment 6 000 tonnes d?amuse-gueule chaque année.
M. Wong Ten Yuen affirme que le marché local varie entre 2 000 et 3 000 tonnes. La moitié de ce volume est fabriquée localement alors que le reste est importé.
Le Mauricien consomme ainsi entre 250 grammes et un demi-kilo d?amuse-gueules mensuellement. Il mange ainsi l?équivalent de 10 à 20 sachets de Twisties par mois. Le ralentissement économique cause une baisse de la consommation. Le marché reste très sensible à la qualité.
Tenfa a pris son envol. Les autres suivront car le marché reste très porteur. Le ministère de la Santé impose de nouveaux règlements dans sa croisade contre la consommation de matières grasses et de sel. Ce n?est qu?une mesure à court terme. Il lui faudra beaucoup plus d?efforts pour forcer les Mauriciens à changer leurs habitudes alimentaires, première cause des maladies cardiovasculaires à Maurice.
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