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?La Réunion populaire aux Comores?

20 avril 2005, 20:00

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L?histoire contemporaine des Comores commande la prudence quant à l?avenir de cet archipel. Il y eut tant d?occasions ratées. La reprise de la coopération française après treize années de gel n?induira pas automatiquement le décollage économique du pays. C?est cependant ce qu?espèrent les officiels comoriens, français, mahorais et réunionnais qui ont participé la semaine dernière à une commission mixte qualifiée par eux d?? historique?.

Plaçons-nous par exemple à la place d?un Anjouanais. Comment ne pas relever la coïncidence malheureuse pour lui de la fin de la gratuité des soins à Mayotte et la tenue de cette conférence internationale ? La mise en place de la sécurité sociale dans cette terre comorienne sous administration française interdit désormais aux Comoriens de venir se faire soigner à Mayotte où les soins sont de meilleure qualité.

De même, depuis la fin de l?année dernière, pour des motifs de sécurité, les Affaires maritimes françaises ont mis fin aux liaisons maritimes régulières entre les îles comoriennes et Mayotte. On comprendra alors que les promesses contenues dans la commission mixte puissent laisser de marbre les habitants des Comores.

Des visas pour étudiants comoriens

Quant à la Réunion, sa contribution aux travaux est la conséquence des nouvelles compétences en matière de coopération régionale que lui confère la loi d?orientation pour l?outre-mer depuis quatre ans. Le président de la Région, Paul Vergès, a ainsi pu largement cultiver ses idées régionales et il fut, à propos des Comores, le premier à tresser des liens avec des régimes particulièrement décriés.

Il ne le regrette pas aujourd?hui : ?Les colonels de coups d?Etat que nous recevions sont aujourd?hui reçus dans les salons de la République. La Réunion a été le seul territoire à établir des relations avec les pouvoirs de fait de ces pays. Nous avons ainsi contribué en partie à la normalisation de la situation jusqu?aux accords de Fomboni. Nous aurions pu gagner trois ans si les autres partenaires des Comores nous avaient suivis.?

A en croire le président de Région, ?la Réunion est très populaire dans les trois îles des Comores.? Il porte au crédit de la contribution réunionnaise la mise en place fin mai début juin, par Air Austral, d?une desserte hebdomadaire directe Mayotte-Moroni-Marseille ?où habitent plus de Comoriens qu?à Moroni? : ?La Réunion, par sa compagnie régionale, aura fourni le principal moyen de désenclavement de Mayotte et des Comores.?

Ces derniers temps, toutes les lignes directes entre les Comores et l?Europe ont connu une fin prématurée mais les dirigeants d?Air Austral se rassurent avec leurs études de marché auprès des diasporas comoriennes et de la clientèle réunionnaise qui peut, elle aussi, être intéressée par la destination marseillaise via les Comores.

Autre contribution réunionnaise de poids : l?accueil des étudiants. Actuellement, chaque année, la grande majorité des 3 200 bacheliers comoriens, se dirige vers les universités égyptiennes ou soudanaises faute d?équivalence avec les diplômes français. La partie réunionnaise a insisté pour que les bacheliers comoriens puissent obtenir de manière quasi-automatique leur visa afin de poursuivre leurs études à l?université de la Réunion qui est la plus accessible pour eux. ?Nous n?avons pas chiffré le nombre d?étudiants comoriens qui seront concernés mais il faudra évidemment faire le nécessaire pour les accueillir?, indique Paul Vergès en soulignant l?état d?esprit d?ouverture qui prévaut à l?université réunionnaise.

Commentant les fiches techniques (à savoir, gouvernance, développement humain, développement rural et infrastructures) qui ont été débattues lors de la commission mixte, Paul Vergès en relativise la portée : ?Ces fiches ont le mérite d?exister mais il ne faut pas rêver, elles ne régleront pas à elles seules les problèmes des Comores. La partie comorienne a essayé d?obtenir des petits plus, la partie française a fait beaucoup de promesses mais n?a pris aucun engagement précis.?

Paul Vergès s?est employé lors des travaux à placer la coopération franco-comorienne dans le cadre de perspectives à plus long terme. Reprenant des thèmes qu?il affectionne, il indique que la pression démographique aura plus que tripler dans les quatre décennies à venir aux Comores, que la pression sur l?environnement sera difficilement supportable et, qu?en plus, ces îles seront confrontées aux conséquences encore incalculables des changements climatiques et de la mondialisation.

Voisinage éternel et relativiser le différend

Au regard de ces menaces, il semble évident au président de Région que les querelles politiciennes et le contentieux mahorais ne doivent pas empêcher la coopération entre les îles. ?Il faut utiliser le port de Mayotte comme port régional pour qu?il n?y ait plus des conteneurs comoriens qui attendent des mois sur les quais de Mombassa au Kenya qu?un bateau vienne les prendre?, cite-t-il à titre d?exemple.

Du chemin reste cependant à parcourir pour établir une communication dépassionnée entre les Comores et Mayotte même si un premier pas a été franchi lors de la commission mixte où, pour la première fois, élus comoriens et mahorais se sont assis autour d?une même table. ?Quand on les voit s?interpeller et plaisanter entre eux on peut se rendre compte que ces élus se connaissent intimement?, remarque Paul Vergès pour ?relativiser?, une fois encore, le différend qui les oppose. ?Nous leur fixons rendez-vous dans plusieurs millénaires pour qu?ils se rendent compte que la distance entre les Comores et Mayotte sera toujours la même?.

Franck CELLIER Le Quotidien de la Réunion

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