Publicité

La préfecture montré du doigt par la Justice

16 février 2005, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Ce n?est ni le nouveau président de la Chambre de commerce et d?industrie ni ses colistiers que la Justice vise dans son arrêt, mais? l?Etat lui-même. En effet, la préfecture est directement mise en cause dans le déroulement des élections. Car les dysfonctionnements constatés sont de la responsabilité d?une commission électorale présidée par le préfet et chargée de veiller à la régularité du scrutin. C?est cette même commission qui proclame les résultats.

Les irrégularités, qu?Eric Magamootoo ne conteste pas, concernent des votes doubles, voire triples, des signatures de listes d?émargement par des électeurs décédés, la disparition de matériel électoral. Ces élections ? qui ont lieu uniquement par correspondance ? ont donc été émaillées de graves anomalies, à tel point que 3000 votes, le tiers des enveloppes, a été écarté du dépouillement.

La juridiction administrative a ainsi estimé que le résultat du scrutin avait été faussé et qu?il devait être annulé.

Victime d?un ?coup d?Etat judiciaire?

Eric Magamootoo représente les petites et moyennes entreprises de la Réunion (CGPME). En s?alliant avec d?autres petites listes, il avait pu ainsi parvenir à la présidence, le 6 décembre 2004, non sans des négociations, parfois houleuses, au sein de son propre camp. Eric Magamootoo avait alors infligé une sérieuse défaite à ses adversaires, représentant le patronat réunionnais (Medef) qui était à la tête de l?institution consulaire depuis une dizaine d?années. C?est également le Medef qui a déposé le recours devant le tribunal administratif.

Après l?annonce de la décision du tribunal administratif, Catherine d?Hanens, la secrétaire générale du Medef, n?a pas caché sa ?satisfaction? évoquant ?la moralité? et ?l?Etat de droit?, selon elle, ?retrouvés?. D?autres petites listes, appartenant à l?opposition de la chambre, abondent évidemment dans ce sens.

Pour sa part Eric Magamootoo, au nom de ses 35 colistiers, se dit ?scandalisé? par le fait que la juridiction administrative ne lui ait pas donné la possibilité de se défendre dans cette affaire, dont il estime être ?victime?. Selon lui, le ?droit élémentaire au débat contradictoire? ne lui a pas été accordé. Il parle ?d?un coup d?Etat judiciaire? et a décidé de faire appel de la décision du tribunal administratif devant la Cour administrative de Bordeaux. Une autre procédure pénale pour fraude électorale est par ailleurs engagée auprès du Tribunal de grande instance.

L?appel devant la Cour de Bordeaux est suspensif, c?est-à-dire que le président de la chambre de commerce et ses colistiers peuvent continuer à siéger. Et s?il s?avère que la juridiction métropolitaine confirme la décision du tribunal administratif de Saint-Denis, Eric Magomootoo pourrait encore saisir le Conseil d?Etat.

Ce qui signifie qu?Eric Magamootoo et ses collègues élus peuvent continuer à siéger à la Chambre de commerce pendant encore une, voire deux années ou plus, compte tenu de la lenteur de l?institution judiciaire.

Mais certains observateurs s?interrogent sur la crédibilité d?élus en sursis, et en charge d?un budget de près de 100 millions d?euros (3 milliards de roupies), avec notamment la gestion de gros projets portuaires et aéroportuaires en cours?

Quelques jours avant l?annulation des élections, ?l?express? avait rencontré Eric Magamootoo afin de dresser un état des relations de la CCIR avec Maurice. Le président qui possède des origines mauriciennes par son père, souhaiterait que Maurice et la Réunion soient de vrais partenaires en matière d?échanges économiques.

?Quels sont les liens entre la CCIR et Maurice ?

Je voudrais d?abord dire qu?il y a beaucoup à faire pour consolider ces liens. Il faut que les Réunionnais puissent traiter d?égal à égal avec les Mauriciens. Pour moi, le grand problème, c?est la manière dont la Réunion traite les Mauriciens qui viennent ici. Il faut que nous respections les hommes et les femmes avec qui nous avons envie de travailler. Il serait aussi important de débloquer le problème de visa qui ne se pose d?ailleurs pas uniquement aux Mauriciens mais aux autres habitants des pays de la zone. Il faut qu?il y ait du respect et non du mépris.

?Parlez-nous de la coopération entre les deux aéroports?

Sur ce plan, il nous faut dépasser le stade de coopération pour arriver au stade de partenariat. A ce jour, il y a de la méfiance. Je pense notamment au fait que la compagnie Air Austral n?a pas un point à l?aéroport de Plaisance alors qu?à Gillot, Air Mauritius en a un. Il faut que les autorités mauriciennes puissent, sur le plan économique, traiter les Réunionnais comme de vrais partenaires. Il nous faut dégager de façon très claire nos points de complémentarité. Au niveau du port et de l?aéroport, il s?agit de trouver des complémentarités, sinon ce seront les grands pays comme l?Afrique du Sud qui détermineront les règles du jeu.

? Pour trouver des points de complémentarité, il faudrait avoir des réunions de travail ensemble. A qui reviendrait le premier pas ?

Moi, je ferai le premier pas. J?irai avec une délégation de chefs d?entreprises réunionnais à Maurice pour dire que nous voulons travailler avec vous. Je demanderai donc bientôt audience aux différentes autorités mauriciennes. Nous voulons trouver des points de convergence et établir un certain nombre de préalables. Qu?on se traite véritablement comme des frères de l?océan Indien.

La préfecture fait appel

Dominique Vian, préfet de la Réunion a annoncé le lundi 14 février que la préfecture contestait le jugement du tribunal administratif de Saint-Denis d?annuler les élections de la Chambre de commerce et d?industrie de la Réunion. La préfecture compte ainsi faire appel à la Cour administrative de Bordeaux. Dominique Vian souligne que ?sur le plan juridique, il y a eu une décision de justice que je respecte. Je ne partage pas l?analyse développée.? Le préfet dit avoir constaté que la presse l?avait durement mis en cause. Reprenant les termes dont il a été affublé, il se montre péremptoire : ?Dans mes services, il n?y a eu ni pagaille, ni incompétence, ni incohérence. C?est mon huitième poste outre-mer. J?ai commencé à servir l?Etat en 1966. J?ai servi contrairement à ce que l?on a retenu de moi majoritairement en métropole plus qu?outre-mer. Et donc, fort de cette expérience je peux dire qu?il n?y a eu ni pagaille, ni incompétence, ni incohérence?, a-t-il précisé. Et de rappeler que bien que les élections de la CCIR se soient déroulées dans un climat de passion, la préfecture a fait en sorte que l?action puisse de dérouler de la manière la plus simple et la plus convenable possible.

Concernant les 3 000 enveloppes écartées, le préfet estime qu?il aurait été ?parfaitement inacceptable de laisser entrer dans l?urne, des enveloppes qui étaient non conformes. C?est ce nombre important d?enveloppes non conformes qui m?a amené à porter à la connaissance du procureur de la République de Saint-Denis. Cela n?aurait pas été cohérent, mais contraire à la loi.?

Publicité