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La proposition indécente de Bérenger aux femmes
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La proposition indécente de Bérenger aux femmes
Il ne passera pas ; il ne peut pas passer. Comment l?amendement constitutionnel rendu public lundi peut-il être adopté quand il fait bondir les femmes dont il est censé faciliter l?accès au Parlement ? Une réaction quasiment unanime qui n?aura guère surpris, car le Constitutional (Amendment) Bill, qui consiste à garantir, par une méthode de calcul abstraite, un minimum de sept sièges de best losers aux candidates sur 18, a tout d?une farce. Par ses trop modestes ambitions, par son contenu en décalage avec nos problèmes autant qu?avec les tendances mondiales, par le timing choisi pour le rendre public mais, aussi, par l?attitude troublante de celui-là même qui a le plus à coeur la réforme électorale, le Premier ministre.
Paul Bérenger n?a eu de cesse, ces derniers mois, d?affirmer qu?il n?y aura pas de réforme. Celle-là n?en est pas une à ses yeux sans doute ; il ne se contredit pas tout à fait. Mais en insistant ainsi, ces dernières semaines, le Premier ministre tentait pertinemment de dissiper les rumeurs sur l?introduction, avant les élections, d?un tel extended best loser system, formule proche de celle proposée par le Mouvement socialiste militant (MSM), rejetée par la commission Sachs, critiquée fort ironiquement par Ivan Collendavelloo, président du Select Committee, mais présentée quand même en mai 2004 comme le consensus entre les partenaires de l?alliance au pouvoir.
Puis soudain, surprise. Le chef du gouvernement aurait eu la brillante idée de proposer l?amendement dans le sillage des célébrations de la journée de la Femme. Puisque c?est raté pour la réforme, la vraie, tant qu?à faire? Ainsi, ce qui voulait à l?origine corriger les défauts de notre système électoral, est récupéré pour « permettre aux femmes de s?affirmer », selon Pravind Jugnauth.
Est-ce l?approche des élections qui fait redécouvrir l?importance du vote féminin ? Le gouvernement craint-il un 60 ? 0 et veut-il s?assurer, faute de mieux, de sièges de best losers ? Est-ce une astuce trouvée par le président de la SADC pour ne pas être embarrassé dans cinq mois, à la conférence du Botswana, où les iniatives prises pour améliorer la représentation des femmes au Parlement mauricien sont attendues ?
Conditions opaques de l?amendement
Il y a peut-être un peu de ça, mais c?est surtout perçu comme une capitulation du Mouvenent militant mauricien (MMM) face à son partenaire, le MSM, qui n?a jamais voulu se résoudre à accepter le party list system recommandé, par peur d?une majorité instable. Céder ? Pourtant, le Premier ministre ne s?implique pas, garde ses distances. Il insiste à maintes reprises que la loi ne passera pas sans consensus, déjà résigné à accepter que l?amendement soit rejeté. Il invite Navin Ramgoolam à en débattre avec lui et laisse Pravind Jugnauth monter seul au front défendre le projet de loi. Seul à risquer le désaveu public. Après tout, c?est son projet.
Dans la distance suspecte du Premier ministre, il faut trouver une première raison de se méfier de cet amendement. Il n?y croit pas au fond. Parce que ce projet n?a pas été conçu pour défendre une quelconque représentation des femmes en politique. Il n?a pas été conçu pour rétablir le déséquilibre entre le pourcentage de votes obtenus par un parti et le nombre de sièges réels qu?il obtient, problème premier de notre système électoral devenu scandaleusement question négligeable. Il a été conçu de manière à réconcilier les partenaires du gouvernement, ce qu?il parvient d?ailleurs mal à faire. Pourquoi alors toucherait-on à la Constitution pour une formule bâtarde qui ne fait qu?effleurer nos problèmes ?
Les conditions opaques de sa naissance handicapent l?amendement. Mais sa principale faiblesse est son inefficacité, voire son inutilité. Elle ne permet pas de répartir les sièges parlementaires suivant le pourcentage de votes, question prioritaire qui dépasse celle du gender. « Avec 14 sièges de plus, dans un Parlement de 80, un parti qui décroche 51 % des voix peut se retrouver avec 92,5 % des sièges », analyse Rama Sithanen, qui, s?aidant d?une métaphore médicale, s?acharne à rejeter ce produit contraire à la prescription. Seuls 30 sièges attribués en compensation devraient, on le sait désormais, corriger le déséquilibre.
De même qu?il est inefficace à représenter la voix du peuple, la réforme ne parvient pas à corriger la représentation des femmes. L?amendement garantit un Parlement de 8 % de femmes parlementaires contre 5,7 % aujourd?hui. C?est un bien faible progrès pour des manoeuvres si ardues. Avec un peu de volonté, on réussissait déjà 9 % de femmes en 1995. En outre, il faudrait, pour que les femmes puissent assurer une masse critique au Parlement, donc peser sur les décisions et influencer le comportement, qu?elles soient 30 %. Avec moins que ce chiffre, elles pourraient bien être représentées par des hommes que cela ne ferait aucune différence.
Sièges de perdantes
L?autre aspect technique déploré est le système de décompte extrêmement compliqué, qui risque, comme le craint Lindsey Collen, d?engendrer des litiges. « À cause du système de best losers, des sept élections depuis l?Indépendance, quatre ont dû être amenées devant la Cour suprême pour des problèmes de counting. Lasse, la Cour avait fait comprendre au législatif qu?il était temps de remedier à ces defects », rappelle la responsable de Lalit. En plus d?être compliquée, la loi est confuse.
« S?agit-il de sept députées au total, élues et non élues, ou de sept best losers nommées en plus des élues. Cette loi, très mal rédigée, dit une chose et son contraire », déplore la légiste Pramila Patten, porte-parole d?un mouvement de citoyennes créé pour bloquer cet amendement.
Au-delà de son aspect technique, c?est la philosophie même de cette loi qui blesse, le manque d?égard envers la femme. « Méprisant », « humiliant », « injurieux », les qualificatifs des intervenantes de tous bords, exception faite de celles du gouvernement, ont le même accent. Partout dans le monde, les sièges réservés soulèvent certes des réserves ; les femmes craignent d?être infériorisées et discréditées parce qu?elles n?ont pas été élues par le libre choix de l?électorat. Mais ici, c?est plus grave ; il ne s?agit pas de sièges réservés, mais de sièges de perdantes. Le système suggeré suppose que les femmes seront des perdantes et institutionnalise leur repêchage. Ce qui revient à dire que, puisqu?elles seront de toute façon repêchées, les partis pourront s?épargner l?effort de chercher des femmes de qualité, comme ils le font pour les hommes. Des losers feront l?affaire. Qui voudra jouer ce rôle ? Est-ce là restituer à la femme « sa dignité » ?
Ministres et députées de la majorité ne partagent pas cet avis. « Je ne comprends pas comment cet amendemnt fera davantage de tort à la gent féminine. Je suis en faveur de l?application de toute mesure du moment que celle-ci permettra à la femme d?être mieux représentée au Parlement », déclare Arianne Navarre-Marie. Elles défendent l?idée qu?un député est un député, quel que soit la manière dont il entre au Parlement. Foutaises, répondent Premila Patten et Marie-France Roussety. Certains sont plus égaux que d?autres. « Les femmes best losers risquent d?être des pie banan », dit l?une, alors que l?ancienne ministre, best loser en 1982, se remémore avoir été alors invitée à préciser au nom de qui elle intervenait?
Où sont les mesures d?incitation ?
En plus de blesser par cette appellation fortement connotée de « best loser », le gouvernment triche. L?une des raisons du 5,7 %, c?est la perception que la femme a mieux à faire qu?entrer en politique. Pour aider un changement de mentalité, c?est l?organisation des partis qui doit être revue. Ce n?est pas fait ici. « Zom pe vinn nerve », plaisantait le Premier ministre lors de la journée de la Femme. Aveu concluant : pas question de bousculer les habitudes. La mainmise sur les tickets a d?ailleurs déjà commencé? comme a déjà commencé la campagne, ce qui rend mal à propos un amendement de cette importance.
En l?espace d?un mois, un projet de loi peut-il créer un environnement susceptible d?inciter les femmes à s?engager ? Car c?est aussi de cela qu?il s?agit, d?incitations. Il n?y a qu?à voir la gêne des « citoyennes » de FederAction quand il leur est demandé combien d?entre elles comptent se lancer pour savoir que le choix est encore difficile. Les femmes ne se bousculent pas au portillon des partis. Avec un projet de loi, digne celui-là, doivent venir les mesures d?incitation. Le Canada a lancé une campagne sur cinq ans pour susciter l?intérêt des femmes pour la politique. Avant de réclamer un ambitieux 30 % de représentation, il faudrait peut-être commencer par là.
Les expressions de mécontentement ont cela de commun qu?elles expriment une plus haute idée de la justice que celle que donne à voir cet amendement. Justice envers la femme certes. Un mode d?accession au Parlement conçu de manière à ce que les femmes et les hommes aient des chances égales de s?y retrouver afin de représenter la population, et non pas, comme ironise Sheila Bappoo, « gran laport pou misye, limpos pu madam ». Mais justice, plus largement envers le Citoyen. « The people want to see their votes represented in Parliament, » écrivait Ivan Collendavelloo. « Mauritius must decide whether it wishes to have a stable government with fair representation or whether it wants to perpetuate the present system with just a token representation. » S?il ne peut pas choisir, que le gouvernement laisse faire le citoyen.
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