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La prise de la Bastille
DEPUIS 1880, le 14 juillet est décrété fête nationale de la France. Ce jour commémore la prise de la Bastille lors de la Révolution de 1789. Mais, savez-vous que l?attaque de cette forteresse fut le résultat d?un concours de circonstances, qu?elle n?était pas voulue?
En effet, l?attaque de la Bastille n?était pas programmée car elle était impensable. Cette citadelle militaire, construite sous le règne du roi Charles V le sage, située à la porte Saint-Antoine de Paris, avec ses huit tours massives et ses murs de trente à quarante pieds d?épaisseur à la base et de dix pieds d?épaisseur au sommet des tours, protégeait Paris de ses éventuels assaillants. Elle avait repoussé de nombreux assauts, surtout pendant les Guerres de religion. Sous Richelieu, la forteresse devint prison. Sous Louis XVI, elle employait plus de monde qu?elle ne renfermait de prisonniers. En fait, elle était devenue une réserve de vivres et de munitions, mais n?avait rien perdu de son impressionnant appareil militaire qui confirmait son rôle de défense de la capitale.
1789, c?était l?année de grand hiver, de chômage, de famine. Tandis que la France était en pleine crise économique et sociale, une révolte nobiliaire était dirigée contre le pouvoir absolu et la bourgeoisie. Pour mettre un terme à cette situation de crise, Louis XVI et son ministre Loménie de Brienne convoquèrent les états généraux ? assemblée représentative des trois ordres du royaume : clergé, noblesse et tiers état. Le peuple était appelé à exercer ses droits. En somme, c?était sa naissance.
Mais le roi se rendit vite compte qu?il était incapable de contrôler un processus qu?il avait déclenché et qui lui échappait. Il ordonna alors aux députés de se séparer. La réponse de Mirabeau, homme politique d?une intelligence remarquable, ne se fit pas attendre : ?nous sommes ici par la volonté du peuple et on ne nous arrachera que par la puissance des baïonnettes?. Les députés du tiers prêtèrent serment (Serment du Jeu de Paume) de rester unis tant qu?ils n?auraient pas donné à la France une Constitution garantissant la liberté et l?égalité des droits politiques à tout citoyen. Ils voulaient à tout prix abolir les lois imposées par les classes privilégiées et le clergé.
L?incident
Pendant ce temps-là, une anarchie morale régnait à Versailles. Le doute s?installa partout en France. La révolution paysanne prenait un ton violent : les paysans qui formaient la classe la plus sacrifiée de la nation massacraient des nobles et détruisaient leurs châteaux. Inquiet de la violence populaire, le roi rassembla ses troupes. L?assemblée constituante demanda le retrait : le roi refusa. Paris, délaissé de toute autorité légale, décida de réagir. Et le matin du 13 juillet, il s?éveilla au son du tocsin : c?était l?insurrection. On criait ?aux armes !? On cherchait des armes.
Le 14 juillet, malgré la faim, Paris atteignit l?unanimité des esprits. Ce fut le seul jour du peuple, écrira Michelet dans son Histoire de la Révolution française. La recherche des armes commença à six heures du matin. Vingt-huit mille fusils furent arrachés aux Invalides et transportés à la place la Grève. Mais il manquait la poudre. On alla la chercher à l?Arsenal ? le plus important dépôt de poudre pour les armées du roi. Il n?y en avait plus. Le commandant Besenval avait pris soin de la transporter dans les souterrains de la Bastille. Tous crièrent ?à la Bastille?. Et c?est ainsi que fut venu le cri de la journée : ?A la Bastille ! A la Bastille !?
A la Bastille, le gouverneur Launay refusa de livrer la poudre et les cartouches aux insurgés. Au contraire, il les menaça en avançant quinze canons aux créneaux des tours, provoquant ainsi le premier déchaînement d?irritation de la foule contre lui. A la demande de Thuriot, un des électeurs du tiers état, Launay fit reculer ses canons. Mais la foule ne se dispersa pas pour autant.
Vers trois heures de l?après-midi deux jeunes manouvriers, Davanne et Denain, déclenchèrent l?incident responsable de l?attaque de la Bastille. A partir du toit d?un parfumeur, ils parvinrent à forcer les portes de l?avancée de la forteresse. Le premier pont-levis fut abattu. Les portes qui donnaient accès à la cour extérieure furent enfoncées à coups de hache. La foule pénétra à l?intérieur et les soldats suisses ouvrirent le feu. En trois minutes, quatre- vingt-dix-huit cadavres furent couchés sur le pavé de la première cour. Le peuple cria ?trahison !? Launay devint suspect. Il aurait tendu un piège aux manifestants pour mieux les fusiller. C?est alors que la foule, venue chercher la poudre et les cartouches, eut comme objectif principal la prise de la Bastille. Elle voulait venger ses morts.
En attendant, les invalides, qui n?avaient pas admis la décharge des soldats suisses, déclarèrent au gouverneur Launay qu?il fallait se rendre. Mais ce dernier voulait faire sauter la réserve de poudre et tout le quartier avec. Il fut maîtrisé par les invalides et, à cinq heures de l?après-midi, il décida de se rendre. Aussitôt les ponts baissés, la foule se rua à l?intérieur, saisit Launay, le traîna par les quais jusqu?à Hôtel de Ville et le massacra. Elle l?abattit sur la place de Grève et amena sa tête, fixée à des piques, jusqu?au Palais-Royal. Bensaval commanda la retraite générale de ses troupes et abandonna le Champ-de-Mars pour se replier sur Saint-Cloud. Vingt-quatre heures après, le roi capitula et décida de renouer avec Paris.
C?est ainsi que la prise de la citadelle militaire, un choix spontané qui enleva le pouvoir constituant aux bureaucraties royales pour le transférer aux représentants du peuple, fit de la Bastille un symbole de l?ennemi du peuple par hasard.
Vèle PUTCHAY
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