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La pratique référendaire
Les nouveaux ministres et autres responsables du gouvernement prenant leurs fonctions, se sont empressés de se lancer dans une série de consultations et une dynamique de dialogue. C?est plutôt réjouissant. C?est, en même temps, un élan de communication qui ponctue l?entrée en fonction de tout nouvel exécutif. Même si ici, l?exercice prend une dimension supplémentaire du fait que l?Alliance sociale avait fait du rejet de l?arrogance et d?une gestion impersonnelle du pouvoir deux arguments électoraux qui lui ont permis de rallier un certain nombre de suffrages.
C?est donc le visage d?un gouvernement de proximité que veulent promouvoir les princes du jour. Que cela se vérifie dans le temps ou non, c?est une autre question. L?important est de comprendre que ce qui amène les politiques à développer cette stratégie, c?est une attente très prononcée de la population d?être partie prenante du processus décisionnel et dans l?action de la modernisation du pays. Les Mauriciens, depuis quelque temps, ont pris cette attitude. Ils ne veulent plus être gouvernés sans être consultés.
Toute posture d?indifférence du pouvoir est alors interprétée comme relevant du mépris. Même les décisions les plus justes se retourneront contre leurs initiateurs si la population a l?impression qu?elles ont été prises unilatéralement. L?impression, c?est désormais le mot magique. Parce que dans le fond, on ne peut pas gouverner dans un régime continuel de consultations. Le moment finira par arriver où certains « stakeholders » irriteront parce que leurs considérations seront exclusivement sectorielles, sinon personnelles. Comment sortir de cette impasse? C?en est une car même les meilleures volontés du monde ne pourront satisfaire toutes les exigences d?une population, et encore moins son obsession de voir ses propositions et opinions prises en compte dans chaque décision.
Comment résoudre donc cette aporie? Le référendum. C?est une piste qui n?a jamais été sérieusement étudiée à Maurice. Pour de multiples raisons, les différents gouvernements qu?on a connus ont soigneusement évité cette option. Dans un pays comme Maurice, où on pourrait même chercher l?avis d?un ministre sur le choix de couleur qu?il faudrait pour repeindre sa maison, le dialogue entre la population et le pouvoir est important. Mais là où tout un gouvernement ne peut pas être inconditionnellement en communication avec ses mandants, le chef de ce gouvernement peut, par contre, appeler la population à se prononcer sur certaines questions précises. Ce serait, au mieux, une manière d?amener l?opinion publique à assumer certaines décisions qu?on ne prend pas depuis des décennies de crainte de bouleverser des préjugés et, au pire, un bon moyen d?exercer les relations publiques.
Le tête-à-tête entre un chef d?Etat et la population ne prend pas place lors d?une conférence de presse ou lors d?une cérémonie marquée par la pose d?une première pierre. Ce n?est pas non plus tous les cinq ans, au moment où il glisse son bulletin dans l?urne, que l?électeur cherche à entrer en dialogue avec celui qu?il a installé à la tête du gouvernement. Cette interaction avec l?exécutif n?est pas une simple exigence de forme. Elle traduit une aspiration profonde à une démocratie participative.
La réforme de l?Etat, celle dont on ne parle jamais, la rationalisation des tentations déviantes du parlementarisme, et la réduction des dérives partisanes auxquelles certains cèdent avec facilité passent par le recours au référendum dans des cas extrêmes. Ce serait l?adoption du principe que le peuple est souverain lorsqu?il s?agit de faire des choix sur son destin. Ou plus simplement, le meilleur moyen d?éliminer ces prétextes qui nous éloignent du véritable esprit réformiste.
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