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La poste envoie sa facture

25 octobre 2003, 20:00

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Dans la besace du facteur, les lettres d?amour, les cartes de souhaits et autres courriers ne pèsent pas bien lourd. L?heure est à la contestation et à la mobilisation. Des revendications qui tirent la sonnette à quelques semaines des périodes de fêtes de fin d?année.

Au mois de décembre, entre six et sept millions de lettres transitent par la poste, soit 25 fois plus que les autres mois. Et c?est précisément durant cette période que les postiers menacent de faire grève, de ne rien dispatcher, de paralyser tout le système?

« C?est parce que l?heure est grave que nous envisageons des actions graves. Faire grève en décembre est la seule façon pour nous de faire entendre notre voix », explique le très déterminé Hooteshsing Ramcharitur, porte-parole du front commun des syndicats de la poste.

Des services médiocres

Cette menace brandie par les postiers a surpris le public, déjà abasourdi par la hausse des tarifs postaux d?autant que les services demeurent inchangés, c?est-à-dire médiocres. « On peut payer davantage quand on a droit à un service amélioré. Mais si c?est pour la même chose, la hausse est totalement injustifiée », proteste avec raison l?Institute of Consumers Protection.

À titre d?exemple, on paie Rs 11 pour un service dit « express delivery ». Normalement, le courrier doit parvenir à son destinataire en bien moins de temps qu?une lettre « ordinaire » qui, elle, coûte Re 1. Or dans la pratique, « l?express » est livrée à la même vitesse qu?une « ordinaire ».

« Li couma dire ene bus l?express qui arrête lor tous bus stops », ironise le postier Ranjit Ludhor.

Si le service express ne peut être respecté, c?est dû à un manque de personnel, explique Hemant Moty, président du syndicat des facteurs. Selon lui, « ce problème a été maintes et maintes fois évoqué, mais n?a pu être résolu ». Mais est-ce normal de payer Rs 10 en plus pour un service virtuel ?

Les postiers ne veulent pas porter le chapeau de la récente hausse des tarfis. « Le public pense que nous faisons pression pour de meilleurs salaires, d?où cette hausse. Or tel n?est pas le cas? », confie le syndicaliste Mario Mamet.

« C?est faux de dire que nous sommes contre la corporatisation. Nous sommes pour la modernisation », explique Hooteshsing Ramcharitur. Il cite un exemple flagrant d?une administration figée qui a traversé les décennies : depuis le début des années 90, il y a 273 facteurs, alors que le nombre de foyers est passé de 215 000 à plus de 300 000 pour la même période. « Les buildings ont poussé un peu partout. Il y a eu de nouveaux morcellements, mais pas un seul facteur n?a été embauché pour faire face aux nouvelles donnes. »

À écouter les postiers, il semblerait qu?effectivement leurs doléances ne soient pas uniquement d?ordre financier. « Bien sûr nous demandons une révision de nos conditions de service, comme on nous l?a promis depuis que la poste a été privatisée en mars dernier. Mais nous demandons aussi qu?on améliore l?environnement de travail afin que le service puisse être amélioré », fait ressortir Hemant Moty, porte-parole des facteurs.

Les facteurs distribuent en moyenne plus de 60 millions de lettres par an en utilisant un Postal Code System dépassé. Le nouveau code n?est toujours pas opérationnel malgré maintes promesses. De même, la boîte aux lettres était censée devenir obligatoire afin de faciliter la distribution?

« Déçus par Bérenger »

Les postiers entretenaient beaucoup d?espoir quand le Premier ministre a accepté d?écouter leurs doléances vendredi. Mais ils sont sortis de la réunion « déçus ».

Pourtant plus d?un postier entretenait de sérieux espoirs que Paul Bérenger allait prendre position et que le mot d?ordre de la grève en décembre allait ainsi être levé. « Peut-on seulement imaginer une fin d?année sans qu?aucune lettre ne circule ? C?est inimaginable. Malgré l?Internet et le fax, la lettre postée demeure primordiale. On ne pourra jamais l?outrepasser », s?exclame Anil, facteur dans la capitale qui a vingt-cinq ans de métier.

Au départ, le Premier ministre a essayé la manière dure, histoire d?envoyer un message clair aux employés de la poste : « C?est extrêmement grave de tels chantages. Pendant la période de Noël et de fin d?année, on ne peut pas envisager de bloquer les lettres. Nous agirons avec fermeté envers ceux qui bloquent le processus de réforme de la poste. »

Mais malgré la menace, l?ardeur des postiers ne s?est pas refroidie. Récemment, 800 d?entre eux ont manifesté bruyamment dans les rues de Port-Louis. Au fil des jours, ils ont réitéré leur ferme intention de mettre leur menace de grève à exécution. « Sans facteurs, lettres pas pu bougé dépi la poste. Guetté ki sane-là ava partage zotte », affirment les représentants des 1 200 employés de la poste.

Mais Paul Bérenger les a écoutés et surtout leur a expliqué qu?il n?était pas question qu?il revienne sur sa décision de convertir le bâtiment historique de la poste en Centre culturel africain, afin de créer une promenade culturelle jusqu?à l?Aapravasi Ghat. Pour le reste, il les a référés au nouveau board de Mauritius Post Ltd, dirigé par le tandem Kishore Pertab (président) et Giandev Moteea (CEO).

« Il nous a demandé de discuter d?abord avec Kishore Pertab et Giandeo Motea. Ceux-ci vont prendre note de nos vieilles revendications, qui existaient bien avant le projet de corporatisation. Les acteurs changent, la poste est devenue une compagnie, mais les problèmes demeurent? »

La rencontre qui se veut décisive quant au mot d?ordre de décembre aura lieu mardi. Kishore Pertab et Giandev Motea affirment prôner une politique de dialogue.

Mais pourront-ils décourager les postiers à faire grève ? Il le faut bien, car les cartes de v?ux ne peuvent rester lettre morte. Personne ne mérite cela. Certainement pas le public, à qui on présente une facture salée par rapport au service.


Nouveaux tarifs postaux

À partir du 1er novembre 2003, les services qu?offre la poste coûteront plus chers. Cette hausse importante a provoqué des réactions de mécontentement, dans le public et chez les postiers, puisqu?elle n?est pas accompagnée, du moins pour l?instant, d?une amélioration des services. Ci-dessous les principales augmentations :

  • Lettre « ordinaire » de Re 1 à Rs 2 ;

  • Lettre recommandée de Rs 6 à Rs 8 ;

  • Lettre recommandée vers l?étranger de Rs 6 à Rs 25 ;

  • Location d?une boîte postale : de Rs 300 à Rs 500 pour la petite ; de Rs 500 à Rs 750 pour la grande.

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