Publicité
La population se terre dans le centre-ville
Par
Partager cet article
La population se terre dans le centre-ville
Sur la route étroite trempée par la pluie, une longue colonne de déplacés avance à pas lourds, la tête chargée de paquets hétéroclites. Ils marchent depuis trois jours pour fuir le centre-ville et les bombardements. Sur la route qui sépare Monrovia de l?aéroport international Roberts, à une cinquantaine de kilomètres à l?est de la capitale libérienne, plusieurs groupes, souvent des familles, s?enfuient.
Monrovia a subi de violents bombardements lundi. Toute la journée, des explosions ont retenti dans le centre-ville et le quartier de Mamba Point, où sont situés les ambassades et les établissements onusiens. Là, des milliers de libériens se sont réfugiés ces dernières semaines, espérant, dans ce quartier réputé sûr, échapper aux balles perdues. Peine perdue. Lassana Allem, 12 ans, parti acheter de l?huile, a été touché par une explosion d?obus de mortier, non loin de la mer qui borde ce quartier. Il est mort sur le coup.
Les affrontements ont été très violents. Les rebelles des Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie (LURD) sont bien décidés à aller jusqu?au bout. «Nous n?avons pas d?autre choix que de prendre le contrôle total de Monrovia. Tout cela a trop duré, les gens souffrent trop», a affirmé le président du LURD, Sekou Damate Conneh, demandant une fois de plus le départ du président Charles Taylor.
Les rebelles ont fermement pris position au port de Monrovia où ils ont installé leur mortier. Ils empêchent les combattants du président Taylor de reprendre du terrain en repassant les deux ponts ? Old bridge et Gabriel Johnson Tucker bridge ? qui commandent l?entrée dans le centre-ville.
DEUX PONTS STRATÉGIQUES
De leur côté, les généraux du régime de Monrovia défendent ce qu?ils contrôlent encore de la capitale : le chef d?état-major adjoint, le général Benjamin Yeaten, contient l?avancée des rebelles au niveau de ces ponts, tandis que le général Roland Duo, particulièrement populaire chez les miliciens favorables à M. Taylor, s?occupe du nouveau front ouvert par les rebelles au nord-est de la ville dans la zone de Somalia Drive, pour contourner les forces gouvernementales.
Selon le ministre libérien de la Défense, Daniel Chea, qui patrouillait en ville avec ses gardes du corps à bord d?un 4x4 flambant neuf, engoncé dans deux gilets pare-balles, les combats ont fait «plus de 600 morts». Ne serait-ce que lundi, a-t-il précisé, les bombardements et les balles perdues ont fait «60 morts et plus d?une centaine de blessés».
Pluie de mitraille
Les organisations humanitaires qui travaillent encore à Monrovia, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et Médecins sans frontières (MSF) notamment, ne trouvent plus de mots assez forts pour qualifier l?étendue du désastre après quatre jours d?affrontements. En raison de la pluie de mitraille, les distributions de vivres sont impossibles.
Difficile également de ramener les blessés vers les zones de soins. Les plus prévoyants des habitants ont fait quelques réserves de nourriture, vite épuisées, les autres ne peuvent pas sortir pour s?approvisionner. Tous espèrent une intervention extérieure qui tarde à venir.Les délégués du LURD et du Mouvement pour la démocratie au Liberia (Model), qui discutent depuis plus d?un mois à Accra (Ghana) sous l?égide de la Communauté économique des Etats d?Afrique de l?Ouest (Cedeao) avec des représentants du gouvernement libérien, ont refusé de signer, mardi, un accord qui aurait été soumis par les médiateurs.
En position de force sur le terrain, face à un président qui contrôle de moins en moins le territoire, les rebelles en profitent, d?autant que le déploiement d?une force d?interposition semble, chaque jour qui passe, prendre davantage de retard.
Les Nigérians qui s?étaient déclarés prêts, dimanche, à déployer un bataillon au Liberia se sont rétractés, affirmant d?abord attendre un cessez-le-feu effectif, expliquant ensuite que la Cedeao doit également recevoir une aide logistique de la part des Etats-Unis. Pressé de toutes parts de prendre la tête de cette force de paix, Washington ne s?est toujours pas prononcé. n
Alexandre Jacquens
Publicité
Publicité
Les plus récents