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La police et ses «coups de chance»

19 février 2005, 00:00

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Deux coups d?éclat en l?espace d?une semaine... Après l?affaire Mir ? le milliardaire indien sauvagement assassiné ? les enquêteurs de la Criminal Investigation Division (CID) ont réussi à mettre la main sur la plupart des suspects du hold-up de la MCB qui a aussi coûté la vie à Gérald Lagesse. Dans les deux cas, les présumés coupables se sont retrouvés derrière les barreaux moins d?une semaine après leur forfait. Des opérations qui viennent rassurer la population après que des soupçons d?incompétence ont pesé sur la police concernant les affaires Dantier, Vanessa Lagesse, Bassin-Blanc, Akmez Aumeer, Domah, et Pomponette, affaires non encore élucidées.

Les récents «succès» de la police, pour ceux qui s?y connaissent, semblent pourtant relever davantage de la «chance». Et déjà on évoque deux aspects de cette affaire qui troublent. D?une part, le butin n?a pas été retrouvé et d?autre part, ce sont les suspects et leurs avocats qui, jusqu?à maintenant, semblent dicter leur agenda à la police, et non l?inverse.

Régis Barbeau, ex-Deputy Commissioner of police, résume les sentiments des anciens qui sui-vent les deux enquêtes avec beaucoup d?attention. «C?est une question de chance. Dans l?affaire Mir, le gardien de sécurité était normalement le premier homme qui devait être interrogé. La police ayant retrouvé des traces de sang sur son agenda, il devient le premier suspect. Les premières réponses qu?il donne ne corroborent pas avec le faits. Confronté à cela, il craque, crache le morceau et révèle l?identité de ses présumés complices.»

Dans l?affaire MCB, poursuit l?ex-assistant commissaire de police, c?est la mère de l?un des suspects, en l?occurrence de Steve Monvoisin, qui informe la police de la possibilité d?un hold-up. «Après le coup, la police remonte jusqu?à cette dame qui donne des indications sur l?identité de ceux qui fréquentaient son fils et qui, selon elle, ont participé au coup. Il y a aussi le fait que des témoins on vu le pick-up d?un des suspects dans les parages de la banque, qui ont remarqué la présence des trois personnes, etc. C?est un coup de pot. Je crois que sans ces éléments, on serait toujours dans le noir.» Ce qui ne veut nullement dire, précise toutefois Régis Barbeau, qu?il met en doute les compétences des enquêteurs. Et de citer plusieurs noms de personnes dont il reconnaît les qualités, «dont Meeterjoy, Monvoisin, Parsad, Ramchundur».

UN BON RéSEAU D?INFORMATEURS

Pour Régis Barbeau, subsiste un regret : celui que «la CID d?aujourd?hui ne soit pas animée du même dévouement et du devoir de résultat qui animait cet organisme dans le passé». Il regrette aussi l?absence d?un bon réseau d?informateurs, à savoir ces membres du public que les enquêteurs de la CID paient de leur «detective allowance» et qui, normalement, contribuent énormément au succès des enquêtes, affirme-t-il.

Un autre DCP-Crime, qui a tenu à garder l?anonymat, souligne quant à lui qu?il est quasi impossible d?atteindre les 100 % de succès dans ces affaires, à Maurice ou ailleurs. «Toutes les polices connaissent des échecs. Cela dit, il ne faut pas croire que la CID a classé les affaires Bassin-Blanc, Dantier, Ackmez Aumeer, etc. A n?importe quel moment, les dossiers peuvent être rouverts et le ou les coupables coincés.»

Cet ex-DCP est cependant d?accord avec Régis Barbeau sur un point. «Les enquêtes dans les affaires Mir et MCB ont été re- lativement faciles. Cependant, je n?hésiterai pas à parler d?exploit si la police arrive à retrouver le butin. Tous les accusés feront leur maximum pour que ce butin ne tombe pas entre les mains de la police. Et puis, Rs 51 millions ne se dissimulent pas aussi facilement.» Et si la CID arrive à retrouver cet argent, elle pourrait bien con-vaincre les plus sceptiques.

RADDHOA EN QUESTION

Serait-il mal vu de dire du bien de l?ex-inspecteur Raddhoa qui a défrayé la chronique avec ses enquêtes dans les années 2000 ? En effet, ceux qui parlent des succès de l?équipe de Raddhoa demandent à garder l?anonymat. Quoi qu?il en soit, les hauts gradés qui ont été témoins des enquêtes menées par l?équipe Raddhooa sont unanimes à reconnaître que ces succès sont liés à plusieurs facteurs. «C?était une équipé soudée, dévouée qui était souvent sur le terrain et qui savait entretenir un réseau d?informateurs. C?était étonnant de voir à quel point le public leur faisait confiance, ce qui explique la facilité avec laquelle elle obtenait des renseignements», explique un membre de la CID.

Mais cette équipe avait aussi ses travers, explique-t-on. «Là ou d?autres enquêteurs avaient échoué, l?équipe de Raddhoa intervenait et réussissait. Cela a fini par frustrer beaucoup de personnes. Le succès est aussi monté à la tête des hommes. On a aussi accusé Raddhoa d?utiliser la violence, ce qu?il a toujours nié, cependant. Dommage qu?il ait été muté à la SMF et son équipe dispersée», lance un autre enquêteur de la CID.

ENQUETES : LES BONNES RECETTES

L?ex-DCP Régis Barbeau a fait ses premières armes au Forensic Laboratory avant d?être enquêteur de la CID et de gravir les échelons. S?il ne se souvient plus du nombre d?enquêtes qu?il a menées, il parle avec autorité de ce qui contribue au succès et qui donne des résultats. «C?est un travail d?équipe et si un des maillons de l?équipe n?est pas à la hauteur, tout peut foirer. Il faut se dire que les enquêteurs ne travaillent pas seuls. Ils sont épaulés par une équipe de scientifiques, dont le médecin légiste, ceux qui prélèvent les indices pour des analyses en laboratoire (fibres de vêtements, cheveux, empreintes et aujourd?hui tout ce qui peut déterminer l?empreinte ADN). Ajoutez à cela les témoins et informateurs. Le travail de l?équipe scientifique et les tuyaux des informateurs sont très importants quand on ne retrouve pas beaucoup d?indices».

Un enquêteur qui exerce toujours et parle sous le couvert de l?anonymat explique pour sa part que le succès dépend aussi de la personnalité des enquêteurs, de leur expérience et de l?autorité qu?ils arrivent à exercer à la fois sur les suspects et sur les avocats. «Bien souvent tout est question de psychologie. Les accusés et les suspects se conditionnent. Par exemple, dans le cas de la MCB, je suis certain que les trois suspects se sont conditionnés. Ils savent qu?ils donneront leurs dépositions en compagnie de leurs hommes de loi, n?auront pas de caution probablement, et feront environ dix ans de prison avant de retrouver la liberté et leur butin. Dans une telle conjoncture, ils dictent leur agenda. Le simple fait de refuser de prendre leur déposition en présence de l?avocat et de les faire attendre arrive à les désaxer. Ce sont les enquêteurs qui prennent alors le contrôle de la situation et croyez-moi, mon expérience dans ce secteur démontre que le résultat obtenu est alors spectaculaire.»

CID, UNE VIGILANCE DE TOUS LES INSTANTS

Sollicité par «l?express» pour des détails sur la CID, sur la formation de ses membres ou ses moyens scientifiques, le commissaire de police s?est refusé à tout commentaire. Confidentialité oblige?

C?est de sources inofficieuses qu?on apprend que la CID est sous la direction d?un DCP qui n?aurait presque pas d?expérience de terrain en tant qu?enquêteur. Quoi qu?il en soit, la CID compte un personnel assez important. Elle est chapeautée par la Central Criminal Investigation Department et la Major Crime Investigation Team qui interviennent dans toutes les enquêtes de grande envergure. La CID a des bureaux aux quatre coins du pays, avec environ 200 éléments à Port-Louis, une centaine à Curepipe, plus d?une cinquantaine à Vacoas, Grand-Baie, Flacq, Rose-Belle et Souillac?

Tous ces hommes travaillent sur les crimes commis dans leur région mais sont aussi régulièrement en patrouille à bord de voitures banalisées. Tous les bureaux de la CID fonctionnent 24 heures sur 24 et beaucoup de ses enquêteurs ont suivi une formation à l?étranger, notamment au sein de la gendarmerie française.

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