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La piraterie en pleine expansion

28 septembre 2008, 00:00

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C?est désormais la route maritime la plus dangereuse du globe. Les pirates qui écumaient les eaux somaliennes à l?échelle artisanale depuis une décennie sont passés en l?espace d?un an à des cadences infernales. Le Bureau maritime international a recensé 55 attaques réussies depuis le début de l?année au large du pays de la Corne, surtout aux environs de l?entité autonome de Puntland. Un record, qui fait des côtes somaliennes la première zone de piraterie au monde, détrônant la Malaisie. Dimanche, un cargo grec a été l?objet de la dernière attaque en date. Au total, 97 marins philippins sont actuellement retenus par les pirates somaliens.

La principale zone d?attaques se trouve dans le golfe d?Aden, qui mène à la mer Rouge et au canal de Suez. L?explosion de la piraterie somalienne menace donc l?une des principales routes maritimes de la planète, où passent 30 000 bateaux par an, des tankers transportant le pétrole du golfe Persique aux cargos en provenance d?Asie en passant par des myriades de boutres qui voguent, pêchent et trafiquent indifféremment.

Projet de résolution français

La méthodologie des pirates est bien rodée. Une demi-douzaine de chalutiers industriels de fabrication russe, préalablement pris d?assaut, servent de « bateaux mères », et remorquent des hors-bord équipés de mitrailleuses Douchka et de lance-roquettes. Parfois, la « chasse » dure des semaines avant qu?une proie ne soit repérée, attaquée, arraisonnée par les vedettes, puis remorquée jusqu?à un port de pirates. Selon des sources concordantes, l?effectif des pirates dépasse à présent le millier d?hommes, renforcé chaque jour par l?arrivée de candidats à la flibuste attirés par les fortunes rapides. Pour stopper l?expansion de la piraterie, la France a déposé lundi dernier, un projet de résolution pour autoriser la constitution d?une force maritime internationale chargée d?escorter les bateaux et, au besoin, d?« attaquer les pirates ».

Une fois arraisonnés, les bateaux sont conduits dans un des petits ports de Puntland. « Les négociations commencent à partir de la radio du bord, avec lesquelles les pirates se mettent en contact avec les armateurs », explique une source proche de cette activité. Les rançons viendraient ensuite « par speed boat du Kenya » pour être versées, ou « transférées par hawallah (système de transferts de fonds somalien) vers des villes de la région ». La période où les rançons atteignaient avec peine 50 000 dollars est révolue. « On commence toutes les discussions à un million, un million et demi. Même s?il y a négociation, tout le monde finit par payer », assure la même source.

A l?origine, les pirates étaient d?ex-gardes-côtes ou des pêcheurs n?ayant pas froid aux yeux, qui partaient à l?assaut d?un bateau, dans le cadre de conflits sur les ventes de droits de pêche. Cet artisanat a pris de l?importance en 2005 lorsque des responsables politiques de Puntland ont développé des groupes de pirates. Depuis, les bénéfices ont attiré d?autres « investisseurs ». « C?est un monstre qui a échappé à ses maîtres », assure un membre d?un service de renseignement occidental. Des hommes d?affaires ou des commandants de la galaxie des insurgés somaliens seraient à présent impliqués dans la piraterie.

« Ils sont plus forts que nous », se désole Abdullahi Said O?Yusuf, le maire d?Eyl. Sur la côte, dix bateaux piratés étaient encore ancrés il y a trois semaines, avec un effectif de 130 marins retenus en otage. Depuis l?intervention des commandos français pour libérer les deux convoyeurs, les pirates ont opéré une prudente dispersion. « Les pirates disent que les Français sont terribles, et qu?il faut surveiller les pavillons pour éviter de prendre leurs bateaux », affirme un Somalien sur place, joint par téléphone.

@ 2 008 Le Monde ? Jean-Philippe Rémy ?

(Distribué par The New York Times Syndicate)

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