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La peur du personnel soignant
«La situation est devenue ingérable. » Ce constat, fait par un employé de l?hôpital psychiatrique Brown Séquard a de quoi inquiéter, surtout après l?agression d?un infirmier mardi. Les employés de l?établissement hospitalier dénoncent le manque d?effectif, leurs conditions de travail et montrent du doigt l?apathie du ministère de la Santé.
Choqués par l?agression de leur collègue, les infirmiers tentent, avec les moyens du bord, de faire preuve de plus de vigilance. « Nous ne tournons pas le dos aux patients de peur d?être pris par surprise. Tout le monde est sur les nerfs, cela ne peut plus continuer », laisse entendre un membre du personnel, qui dit craindre pour sa sécurité.
L?agression de mardi, lancent unanimes les infirmiers, était prévisible. Toujours selon leurs dires, le patient, un dénommé Jean-René, est connu de l?administration de l?hôpital comme un Criminal Mental Patient (CMP). Il aurait déjà été arrêté par le passé pour de graves délits. « De par son passé, il aurait dû se trouver dans un service adapté aux patients dangereux », fait ressortir un membre de l?administration de l?hôpital.
Ce patient, relate un infirmier, aurait demandé à voir son frère, admis dans une autre aile de l?hôpital. Devant le refus du responsable de le laisser déambuler sans surveillance dans les couloirs de l?établissement, Jean-René serait devenu très agressif. C?est à ce moment qu?il se serait saisi d?un morceau de vitre, avant de se jeter sur l?infirmier. Ce dernier a, lors de l?altercation, été gravement blessé à la joue.
« Li finn bater pour touyer »
Saignant abondamment, la victime a été transportée de toute urgence à l?hôpital Jeetoo pour y recevoir des soins. « S?il avait frappé quelques centimètres plus bas, l?infirmier aurait eu la carotide sectionnée », déclare l?un de ses collègues. « Li finn bater pou touyer », renchérit un autre infirmier, qui confie être inquiet pour sa sécurité.
Les agressions, violences et autres insultes à l?égard du personnel soignant de l?hôpital sont, en effet, quasi quotidiennes. En sous-effectif ? environ un infirmier pour 30 patients ?, les infirmiers et autres cadres administratifs ont bien du mal face au nombre croissant des patients agressifs.
Tous ont encore en mémoire une récente agression qui aurait pu, elle aussi, connaître un épilogue tragique. Un patient, souffrant de schizophrénie et d?hallucinations, avait tenté d?agresser un membre du personnel soignant à l?aide d?une planche de bois dans lequel étaient plantés des clous.
« Heureusement que l?infirmier en question a pu se réfugier dans l?une des pièces de l?hôpital en attendant que ses collègues interviennent », explique un infirmier qui compte quatre ans d?ancienneté à l?hôpital psychiatrique.
Le forcené a finalement pu être maîtrisé et a été admis au service de haute sécurité de l?hôpital. « C?est très difficile pour nous de travailler en sachant qu?un patient peut être pris d?une crise de folie à tout moment et nous agresser », lance ce même infirmier, inquiet.
Nombreux sont ceux qui déplorent l?absence de formation du personnel soignant. « On nous envoie des infirmiers qui étaient affectés dans les différents hôpitaux de l?île. Ils ne sont absolument pas formés pour faire face à des cas relevant de la psychiatrie et sont donc totalement désarmés face à un malade en pleine crise », fait ressortir un cadre administratif de l?hôpital qui a tenu à garder l?anonymat.
Il réclame plus de personnel formé à l?univers psychiatrique. Et de montrer du doigt le ministère de la Santé qui, estime-t-il, semble ne pas voir la situation « chaotique » qui prévaut à l?hôpital psychiatrique. « On peut se demander si le ministère attend qu?il y ait un mort avant de prendre les mesures nécessaires », lâche un infirmier en colère.
UN ULTIMATUM LANCE AU GOUVERNEMENT
20 jours. C?est l?ultimatum lancé par la Nurses?Union (NU) vendredi au ministère de la Santé. Le syndicat, à travers son président, Cassam Kureeman, exige des conditions de travail adéquates, ainsi que le renforcement de la sécurité du personnel soignant à l?hôpital Brown Séquard. Faute de quoi, une manifestation sera organisée devant le ministère de la Santé. « C?est inconcevable qu?un infirmier puisse se faire agresser par un patient aussi dangereux. Dans l?état actuel des choses à l?hôpital, nous prêtons flanc à d?autres agressions de ce type », déclare, pour sa part, le président de la NU.
Ce dernier, qui a fait parvenir une correspondance au ministre Satish Faugoo pour demander une réunion urgente, réclame, par ailleurs, qu?une enquête soit ouverte sur l?agression de l?infirmier à l?hôpital psychiatrique.
« Cet incident résulte manifestement d?une mauvaise gestion du ministère de la Santé. L?hôpital psychiatrique souffre d?un manque cruel de personnel. Il est urgent de trouver une solution au plus vite », réclame Cassam Kureeman.
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