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La peinture aborigène un art révolutionnaire

15 mai 2005, 00:00

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Les amateurs des Beaux Arts vont trouver une occasion inespérée de faire plus ample connaissance avec une expression artistique qui, pour être ancienne et traditionnelle, n?en n?est pas moins étrangement moderne, pour ne pas dire innovatrice et même révolutionnaire.

Nous devons cette exposition hors pair à différents départements administratifs d?Australie, dont sa haute commission à Maurice, son ministère des Affaires étrangères et du Commerce extérieur, l?Artbank et l?Australia Art Rental Program, l?Aboriginal and Torres Strait Islander Program. Une mention spéciale doit être faite au Kiripuranji Contem-porary Art from the Tiwi Islands, à qui nous devons une gratitude particulière pour la perfection apportée à l?organisation de cette exposition. Celle-ci coïncidera avec des représentations de danse et de musique aborigènes qui pourront être données aux abords du Blue Penny Museum et de l?hôtel Labourdonnais.

Le Blue Penny Museum offre également aux écoliers mauriciens intéressés, la possibilité de s?initier à la peinture aborigène. Les premiers venus pourront participer à des ateliers d?initiation à ce type de peinture et de dessin. Le musée du Caudan mettra à leur disposition le matériel nécessaire (crayon, gomme, papier de dessin, peinture, pinceaux etc.). Il y aura deux ateliers par jour, réservés en semaine aux écoliers et en week-end aux enfants conduits par leurs parents. Chaque atelier pourra accueillir une trentaine d?enfants à la fois.

Les visiteurs adultes seront guidés, s?ils le désirent, à intervalles réguliers, par des animateurs du Blue Penny Museum.

Outre son intérêt artistique incontestable, la peinture aborigène présente des caractéristiques mythologiques et religieuses très instructives. Elle est étroitement liée à des considérations ethnico-religieuses venant de la nuit des temps ou plus exactement du « temps avant le temps » pour respecter un vocabulaire propre aux habitants des îles Tiwi. Celles-ci, peut-être plus connues sous leur nom de Melville et de Bathurst, sont situées à une centaine de kilomètres au nord de Darwin, dans le détroit de Torrès. Aux charmes naturels de ces îles tropicales (lagon cristallin, plages plus blanches que neige, végétation abondante, faune et flore endémiques particulièrement intéressantes), s?ajoute l?apport culturel propre à leurs habitants. Ceux des îles Tiwi surprennent toujours favorablement leurs visiteurs par leur attachement sacro-saint aux traditions séculaires religieuses, transmises oralement et auxquelles ils adhèrent par toutes les fibres de leur être. Même leurs pratiques artistiques sont étroitement réglementées par ces tabous religieux d?un autre âge. Ces contraintes mythologiques, loin de réfréner leurs pulsions artistiques, incitent leurs meilleurs artistes à découvrir de nouvelles formes d?expression encore plus esthétiques que les précédentes.

Traduire par « nou banne »

Celles-ci ne se cantonnent pas dans une sphère religieuse mais décorent avantageusement le quotidien des aborigènes et les différents éléments de leur habitat. Tout est prétexte à servir de support à des expressions artistiques formant autant de repères et de liens avec des compatriotes et contemporains mais aussi avec les ancêtres fondateurs du clan. Il suffit de savoir que le nom de Tiwi signifie « notre peuple » (que les Mauriciens pourront, utilement, pour une fois, traduire par « nou banne ») pour comprendre combien intense y est le sentiment identitaire. Ces expressions artistiques changent et évoluent selon qu?elles sont utilisées pour des rites de naissance, de passage initiatique, de mariage, de funérailles, etc. Elles vont de pair avec des rites également séculaires. Dans ces traditions mythologiques, on retrouve aussi bien des explications géographiques, comme la formation de courants marins et de détroits, tel celui d?Apsley séparant l?île Melville de sa voisine et jumelle Bathurst, que des considérations religieuses aussi élaborées que la résurrection des morts. Elles expliquent, par exemple, les origines familiales de leur peuplement, résultant aujourd?hui en une population à la fois compartimentée mais étonnamment soudée par une commune origine, le tout s?exprimant par des peintures dites primitives mais pouvant confondre les professeurs les plus subtiles des Beaux-Arts de tous temps et de tous lieux, des peintures qui ont certainement leur place dans le Musée imaginaire créé et souhaité par André Malraux.

Mais laissons ces considérations ethnographiques pour admirer à loisir ces panneaux nous révélant toute la beauté spécifique et particulièrement signifiante de la peinture aborigène des îles Tiwi. Leurs qualités décoratives sont indéniables. Comme les habitants de ces îles, elles se ressemblent et diffèrent à la fois. Elles vont du plus simple au plus élaboré. Certaines se contentent d?un champ de traits pouvant rappeler Le Petit chose d?Alphonse Daudet. Ailleurs, des changements de teintes et de colorations rendent plus complexes ces rayures. Sur d?autres panneaux, le dessin prend naissance et s?enroule autour d?objets fétiches (tortue, sagaie, pieux pouvant servir de stèles commémoratives, astres, plante, oiseau). L?encadrement donne lieu à des combinaisons géométriques harmonieusement reliées entre elles et allant parfois jusqu?à donner une impression de dédale. On cherchera mais en vain sur d?autres panneaux un motif-fétiche central. Ici, l?inspiration joue avec la simple juxtaposition de figures géométriques diversement illustrés par des traits verticaux, horizontaux ou diagonaux. Plus loin, les dessins se superposent créant des espaces plus foncés contrastant avec ceux plus clairs.

Cette exposition de la peinture aborigène des îles Tiwi offre indiscutablement aux amateurs de Beaux-Arts, de nouvelles perspectives esthétiques et décoratives. Ils auraient tort de ne pas profiter au maximum de l?aubaine. Nos raisons de nous réjouir de l?existence d?une exposition aussi originale augmentent en sachant que tant d?enfants auront ainsi l?occasion non seulement de découvrir cet art si subtil, mais aussi de s?initier à ses techniques afin de donner plus aisément libre cours aux impulsions esthétiques qui sont en eux.

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