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LA PARITÉ SANS EXCÈS

11 juin 2004, 20:00

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L?excès ne fait pas partie de la nature de Kobita Jugnauth, née Ramdanee. En fait, tout en elle est pondération. Cela transpire dans la simplicité de sa tenue et son maquillage léger de même que dans sa façon de s?exprimer. Pourtant, elle ne manque pas de tempérament. Ce qu?elle démontre très tôt d?ailleurs.

Quand elle obtient la petite bourse au collège de Lorette de Port-Louis, elle insiste, contre l?avis de ses parents qui veulent l?envoyer au Queen Elizabeth College, pour faire ses études au collège de Lorette de Quatre-Bornes. De la pure logique pour elle puisqu?ils habitent à Quatre-Bornes et que Sanjiv, son aîné de trois ans, étudie déjà au collège du St.-Esprit.

Pour l?emporter, sir Kailash et Lady Ursule sont obligés de ruser. Sachant que leur fille éprouve de l?admiration et du respect, voire de la crainte pour son enseignant de leçons particulières, ils demandent à ce dernier de l?aiguiller. Résultat : Kobita se retrouve dans ce collège d?élite de Rose-Hill. Ses premières réticences s?estompent quand elle y retrouve la majorité de ses amies.

Durant ses études secondaires, elle montre des aptitudes pour les matières scientifiques. C?est une bonne élève mais qui refuse la compétition. Après sa Form VI, elle pense d?abord à étudier la pharmacie comme son père. Puis sur les conseils de ce dernier, elle part pour la Grande-Bretagne étudier la comptabilité et les finances.

C?est au cours de ses vacances à Maurice qu?elle s?éprend de Pravind Jugnauth. «J?ai été séduite par sa maturité, son bon sens, sa simplicité et ses valeurs dont la plus importante est la fidélité.» Les sentiments sont partagés et Pravind lui demande sa main alors qu?elle est sur le point de repartir pour des études plus poussées en comptabilité. «Il n?était pas disposé à attendre mon retour. Il voulait qu?on se marie avant, quitte à reprendre mes études après.» Kobita accepte avant d?aller terminer ses études. On est alors en 1991.

<B> LA PART DES CHOSES </B>

Alors qu?elle est encore à l?étranger, son fiancé l?appelle. On lui a offert un ticket électoral et il lui demande son avis. «Je ne savais pas ce que cela impliquait et il m?a expliqué qu?on se verrait peu. J?ai exprimé ma réserve tout en lui disant que le choix final lui appartenait. J?ai apprécié le fait qu?il avait son opinion mais qu?il avait tenu à connaître la mienne. Au final, il a refusé le ticket.»

Depuis 1992, l?année de leur mariage, elle trouve que Pravind est politicien dans l?âme. «Il a l?art de te faire croire que c?est toi qui a pris la décision alors qu?en fait, elle vient de lui», confie-t-elle en riant.

Depuis qu?elle est mère de trois enfants ? Sonika, 11 ans, Sonali, neuf ans et Sara, quatre ans ? Kobita n?épaule plus son père dans l?entreprise pharmaceutique. «Entre Sonali et Sara, j?avais repris le travail mais quand Sara est arrivée, j?ai capitulé. Pour moi, il était important, jusqu?à ce que les filles aient plus de trois ans, de les entourer d?affection et de les encadrer.»

L?élection de Pravind comme conseiller municipal en 1996, puis comme député en l?an 2000, ainsi que sa nomination comme vice-Premier ministre et ministre des Finances n?a pas grandement modifié leur vie. Pendant neuf ans, ils ont habité au domicile de Sir Anerood, à Vacoas.

C?est là que Kobita découvre la vie d?un politicien. Cette cohabitation ne lui a jamais pesé. «Ma belle-mère et mon beau-père sont des modèles pour moi car ils ont su respecter notre intimité tout en nous soutenant. Quand le troisième enfant est arrivé, il n?y avait plus de place à Vacoas. Nous avons donc déménagé.»

Elle dit apprécier que malgré tous ses engagements, Pravind a toujours su faire la part des choses entre sa vie professionnelle et sa vie familiale. S?il n?a pas assez de temps à consacrer à ses filles qui se couchent à 20 heures, il se rattrape comme il peut.

Le matin, c?est lui qui leur prépare les céréales. Le dimanche, ce sont des parties de football entre père et filles, quand ils ne jouent pas avec leurs trois chiens, Vodka, Tequila et Romeo. Parfois, c?est une partie de tennis en couple. «Je me fais battre régulièrement car c?est un bon joueur.»

En décembre dernier pour la partielle, Kobita descend sur le terrain pour faire plaisir à un ami qui voulait qu?elle s?adresse aux femmes. Sa terreur de s?exprimer en public disparaît au fil des réunions qu?elle anime. «A force d?être dans le milieu, de lire les journaux, d?écouter Pravind et ses collègues parler de l?actualité politique, le discours s?est automatiquement imposé à moi.»

Kobita déclare avoir beaucoup appris des failles de cette campagne. «Au début, l?alliance gouvernementale discourait sur des sujets peu adaptés aux soucis des gens. Comment peut-on parler de construction d?écoles quand leur priorité, c?est de trouver du travail? Par la suite, le discours a été recentré mais c?était sans compter la campagne communale de l?opposition dont le discours a séduit la majorité des gens.»

Kobita se sent libre de partager ses opinions politiques avec Pravind. «Il m?écoute. Des fois, il dit que je raconte des bêtises, d?autres fois il concède mon point. Il arrive aussi que chacun reste sur ses positions et le temps prouve ensuite qui de nous deux a raison.»

Pour épauler Pravind, Kobita se rend trois fois la semaine au Sun Trust. Elle y reçoit des personnes venues des quatre coins de l?île. «Il y en a qui cherchent du travail et qui ne sont pas regardants sur le type d?emploi. Dans ces cas-là, je sonde mes contacts du secteur privé. Si c?est pour des postes dans le gouvernement, je décline toute responsabilité. Dans des cas graves comme celui d?un enfant asthmatique qui a besoin d?un transfert d?école, j?écoute et j?en parle à Pravind qui décide de la marche à suivre.»

<B> «JE NE SUIS PAS POLITICIENNE» </B>

Elle refuse toutefois de faire de la politique active. «Ce n?est pas parce que les mauvaises langues ont parlé de la dynastie Jugnauth que je m?abstiens. J?estime qu?un politicien suffit dans une famille. Si on est deux à s?engager, il n?en restera rien.»

Kobita pense que la nomination de Pravind aux commandes des Finances est une bonne chose pour lui. «Au ministère de l?Agriculture, il avait une exposition locale et internationale. Bien qu?il ne soit pas économiste, il a dû vite s?habituer à son nouveau poste. Je crois qu?un maximum d?ouvertures ne peut que lui être bénéfique.»

Toutefois selon elle, le revers de la médaille, c?est que les performances de ce ministère ne s?évaluent qu?une fois l?an, c?est-à-dire lors de la lecture du budget. Kobita ne nie pas avoir essayé de tirer les vers du nez de son mari sur le contenu. Mais elle a dû se résoudre à interpréter ses haussements de sourcils et ses sourires.

Le dernier sondage de Synthèse indique que le Mouvement socialiste militant (MSM) n?a des assises qu?auprès de 26,8 % de la population. Ce qui semble peu. «Je ne crois pas dans les sondages. Non pas que je mette en doute la bonne foi des personnes qui l?ont réalisé mais parce que les résultats des élections en Espagne et en Inde étaient à l?opposé des prévisions des sondages. Je crois toutefois que les 26,8 % reflètent la réalité sur le terrain juste après la partielle. Entre-temps, il y a eu le congrès, la restructuration du parti et le budget. Je pense qu?on fera un meilleur score lors du prochain sondage mais n?oubliez pas que je ne suis pas politicienne.»

Des observateurs politiques pensent qu?en restant dans l?alliance gouvernementale, le MSM sera absorbé par le Mouvement militant mauricien (MMM). Kobita ne partage pas non plus cette opinion. «Pravind n?est pas une marionnette. Il est le leader du MSM. Ce n?est pas Paul, Pierre ou Jacques qui décidera si le MSM s?affaiblit ou pas. Nous sommes un parti qui a un leader. Quand un parti ne vaut rien, on ne parle jamais de lui. Or, on n?a jamais cessé de parler du MSM.»

Que pense-t-elle des rumeurs de pourparlers entre le Parti travailliste (PTr) et le MSM ? «Si Pravind dit que les tractations sont inexistantes, c?est qu?elles le sont.» Elle n?est pas plus avancée sur la «winning formula». Kobita éclate de rire : «Je crois que toute alliance qui se respecte doit avoir une winning formula. On n?ira pas aux élections avec une formule menant à la défaite. Encore une fois, je crois qu?il faut écouter la population et voir ce qu?elle attend de nous. Les leaders décideront à ce moment-là.»

L?accord à l?israélienne a, selon elle, bien fonctionné. «Il faut deux personnes avec la même philosophie pour gouverner. Le MSM et le MMM partagent la même philosophie. Il faut dire que le PTr a aussi conservé sa philosophie. A Maurice, tous les partis ont les mêmes idées dans le fond. Il n?y a que le style qui diffère.»

Le pire scénario possible, au cours des prochaines élections, est que Pravind se retrouve dans l?opposition. «Si cela arrive, ce sera le choix de la population. Il est jeune et ce ne sera pas sa première défaite. Il est bon de tout connaître dans la vie. Si ça doit arriver, ça arrivera. Nous faisons de notre mieux mais nous ne pouvons aller à contre-courant.»

Kobita dit se préparer à tout car elle estime qu?on ne peut vouloir rester au pouvoir à tout prix. «La crédibilité et les valeurs doivent primer. Je n?aurais pas voulu que Pravind fasse quelque chose qui soit bon pour lui sur le court terme rien que pour rester au pouvoir mais que cela soit au détriment du pays et du parti.»

Derrière le succès de chaque homme, il y a une femme, dit-on. Pravind Jugnauth aura-t-il la sagesse d?écouter son épouse ?

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