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La nuit des longs couteaux
Hier a été peut-être le jour le plus long pour le Premier ministre (PM) Navin Ramgoolam. Jour et nuit confondus pour un remaniement ministériel mué en exercice périlleux. Sans compter les réunions en chaîne au bureau du PM au bâtiment du Trésor. D?ailleurs, c?est vers 23 h 45, que le Sollicitor General, Ajit Boolell, a quitté le bureau du PM. Ce n?est qu?à 00 h 20 que ce dernier a montré des signes de vouloir rentrer chez lui? Chronique d?un remaniement annoncé depuis longtemps.
L?ambiance était très pesante, hier, tant dans les couloirs des ministères que dans les bureaux des ministres. Une atmosphère ponctuée de spéculations et de craintes des uns et des autres. Un véritable calvaire pour certains déjà en poste et du suspense pour les éventuels ministrables.
<B>Toujours dans le flou</B>
A 19 heures, les trois vice-Premiers ministres sont reçus par Navin Ramgoolam. Ensuite, c?est au tour des ministres Sylvio Tang et Vasant Bunwaree. A 20 heures, le pays est encore et toujours dans le flou. Un ministre, récemment décoré, attend patiemment un appel du PM pour finaliser un détail relatif à son portefeuille. Vers 20 h 30, la situation évolue quelque peu avec les appels du PM aux ministres.
Si les premières indications se dessinent, Navin Ramgoolam discute encore avec Jean-François Chaumière et Devanand Rittoo, peu après 22 h 00. Quelque temps après, un des vice-Premiers ministres, Rashid Beebeejaun, quitte les lieux, suivi de peu par Sylvio Tang. A 23 h 20, les explications se poursuivent au Bâtiment du Trésor.
Lormesh Bundhoo et Devanand Rittoo, présents, sont parmi les noms les plus cités des ministrables. Les proches de Lormesh Bundhoo confient qu?il a été fébrile pendant toute la journée d?hier. Dans les milieux proches de l?hôtel du gouvernement, il se chuchote que depuis longtemps il visait un portefeuille ministériel, ne ratant aucune occasion pour faire connaître ses prétentions. A sa sortie de l?hôtel du gouvernement, il affiche un grand sourire mais ne pipe mot sur le ministère obtenu en arguant que cela relève de la prérogative du PM.
Le colistier de Navin Ramgoolam, Devanand Rittoo, affiche la sérénité. Homme de terrain, il bénéficie d?une grande popularité dans la circonscription de Triolet. Homme de main aussi de Navin Ramgoolam dans la région, contrairement à Satish Faugoo plus occupé à ses fonctions ministérielles. Il semble que ce dernier a peu de chances de conserver le même ministère. Il paraît que depuis 16 heures en quittant son bureau, il sait qu?il est muté à l?Agriculture.
<B>Folles speculations</B>
Son collègue de l?agriculture, Arvin Boolell (voir tableau), passe aux Affaires étrangères. En début de soirée, l?option que le dossier de l?Education revienne à Abu Kasenally est évoquée mais il ferait de la résistance. Asraf Dulull pourrait obtenir le ministère des Technologies, de l?Information et des Communications alors qu?Abu Kasenally hériterait du Logement. A un moment, il est même question que Rama Valayden soit sacrifié.
Hier après-midi : la majorité des ministres n?est pas dans les secrets des dieux. Ils n?ont qu?une certitude, soit que la prestation de serments des nouveaux ministres se fera, aujourd?hui, à la State House, du fait que le chef de l?Etat, sir Anerood Jugnauth, quitte le pays demain.
A la fin de la réunion du conseil des ministres, vers 12 h 30, de folles spéculations circulent. Vasant Bunwaree quitte le Cabinet, très souriant mais motus et bouche cousue ! Son collègue, Arvin Boolell, qui sort parmi les derniers, 20 minutes plus tard, est plutôt crispé alors que Rajesh Jeetah se dirige rapidement vers sa voiture. En revanche, et comme à l?accoutumée, Etienne Sinatambou observe calmement les alentours avant de partir?
D?autres ministres repartent en groupe et à pied en direction de leur bureau, riant et bavardant. Ils sont Rama Valayden, Sylvio Tang et Satish Faugoo. Un état d?esprit que ne partage pas Dharam Gokhool. Invité à faire un commentaire, il lance un laconique : «Réunion cordiale.»
<B>Les trios vice-Premiers ministres restent</B>
C?est l?article 59 (2) de la Constitution qui a fourni la clé au problème soulevé par les commentaires de la Cour suprême sur les postes de vice-Premiers ministres. Les juges avaient remarqué qu?en conformité avec la loi suprême, il ne devrait pas y avoir plus d?un vice-Premier ministre. Mais cette clause 59(2) prévoit que: «There shall be, in addition to the offices of Prime Minister, Deputy Prime Minister and Attorney-General, such other offices of Minister of the Government as may be prescribed by Parliament or, subject to any law, established by the President, acting in accordance with the advice of the Prime Minister?» Ainsi, il a été convenu que le gouvernement fera adopter une loi qui lui permettra de maintenir le statu quo concernant l?attribution de trois postes de vice-Premiers ministres.
<B> Grincements de dents</B>
Comme tout remaniement, le dernier exercice provoque des grincements de dents. On apprenait hier qu?Arvin Boolell fait partie des mécontents. Quelques prétendants aux fauteuils ministériels manifestent également une certaine frustration. Par exemple, le «backbencher», Suren Dayal, aurait confié sa grande déception à ses proches. Et Shakeel Mohamed ne se privait pas de faire savoir qu?il refuserait un prix de consolation : le poste de «whip» laissé vacant par Lormus Bundhoo.
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