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La nouvelle piste

29 décembre 2005, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

<B> par Ryan Coopamah</B>

Les balises semblent être perpétuellement allumées à Plaisance en ce mois de décembre. Le tarmac de l’aéroport est une fourmilière où grouillent avions et passagers. Certes, la saison de pointe du tourisme bat son plein, mais cette frénésie est causée par le lancement des vols spéciaux.

D’ici mars, il y en aura une bonne soixantaine. On trouve déjà de drôles d’oiseaux : un avion de Comair arborant les couleurs de British Airways mais qui dessert Johannesbourg, un appareil d’Air Italie qui fait du Milan-Plaisance via Nairobi pour Jetlink ou encore Britannia Airways qui opère sur une ligne saisonnière Suède-Abu Dhabi-Maurice. Et ce n’est que la bande-annonce.

La métamorphose s’amplifiera en 2006. Le ciel s’ouvre rapidement au-dessus de Plaisance. La libéralisation de l’accès aérien devait être graduelle et prudente, mais elle sera finalement accélérée. Le tourisme reste le messie pour une économie dont les piliers vacillent. Dans la mesure où les chambres d’hôtel – de surcroît vides – existent, l’Etat sait qu’il peut miser encore plus sur le tourisme. Et la solution facile pour augmenter le taux d’occupation et gonfler les recettes touristiques est de permettre à de nouveaux transporteurs de desservir Maurice.

<B> L’émergence du «low-cost» </B>

En 2006, un deuxième transporteur français atterira à Plaisance. Corsair semble être si bien placé qu’il a commencé à démarcher les tour-opérateurs, promettant même de démarrer la route Paris-Nice-Maurice en juillet. La décision finale de l’Etat français est imminente et son annonce marquera d’une pierre blanche la politique d’ouverture. Après tout, la France est le principal marché touristique et une ouverture du ciel sur la desserte Paris-Maurice est très significative.

Les autres principaux marchés devraient également s’ouvrir avec la concrétisation du concept de la multi-désignation : Virgin Atlantic effectuera deux vols hebdomadaires entre Londres et Plaisance ; le sud-africain Comair a déjà fait une demande pour assurer un vol quotidien Johannesbourg-Maurice ; Eurofly pourrait se mêler à la desserte Plaisance-Milan…

Air India sera également de la fête en 2006. Elle compte finaliser son retour à Plaisance après 20 ans d’absence. Ce retour devrait inaugurer un nouveau concept dans l’aérien à Maurice : l’exploitation des droits de cinquième liberté. Ils permettent à une compagnie étrangère d’utiliser Maurice comme escale lors d’une liaison entre deux autres pays, mais avec un droit de trafic entre tous les aéroports concernés. Air India devrait être la première d’une liste qui pourrait également comprendre Singapore Airlines, Cathay Pacific et Qantas.

Le marché domestique s’est ouvert en 2005 avec le lancement de Catovair, la compagnie aérienne du groupe Ireland Blyth Ltd (IBL). Le deuxième transporteur mauricien a dû s’adapter aux réalités de l’industrie. IBL n’ayant pas eu le feu vert de l’Etat pour construire son hôtel à Agalega, Catovair veut maintenant se créer un nid à Madagascar où il existe un marché pour les dessertes domestiques tout en cultivant le marché régional. Avec la billeterie électronique, un service minimum à bord du Beechcraft et une compétitivité basée sur le prix, Catovair est annonciateur d’un développement qui pourrait se concrétiser dès 2006 : la création d’un transporteur low-cost à Maurice.

Vu la position géographique du pays et les critères fondamentaux pour la création d’un tel transporteur, un éventuel low-cost ne pourra desservir que les îles de l’océan Indien et l’Afrique du Sud. L’intégration des opérations à un réseau existant sur le continent africain est tentante, surtout au niveau de l’alimentation de l’île duty-free en consommateurs régionaux. C’est ainsi que Comair, qui détient le low-cost Kulula.com en Afrique du Sud, prospecterait le marché local. Le ministre du Tourisme, Xavier-Luc Duval, a déjà annoncé la couleur en évoquant la possibilité d’un billet d’avion Maurice-Réunion à Rs 2 000 (hors-taxes). Et il n’est un secret pour personne que l’Etat veut encourager l’émergence d’un low-cost régional.

Et Air Mauritius dans tout ça ? La compagnie d’aviation nationale n’est plus au cœur des décisions gouvernementales sur l’accès aérien. Elle apprend bien souvent la venue de ses rivales par le biais d’annonces des membres du gouvernement. Le Paille-en-Queue sait qu’une horde de concurrents sprinte derrière lui, mais ne connaît pas leur identité. Ce qui est loin d’être idéal, car si Air Mauritius est prête à affronter la concurrence, elle a besoin d’un minimum de préparation pour mater les nouveaux entrants. Ceux qui croient que la compagnie est devenue une grande timide feraient bien de se raviser. Elle est aujourd’hui très agressive, guettant l’attitude des concurrents avant de se jeter sur eux.

Cette nouvelle mentalité devrait se dévoiler au fil des prochains mois avec l’entrée des rivaux sur les lignes régulières entre Maurice et la France, la Grande-Bretagne, l’Inde et l’Afrique du Sud. L’éventuel transporteur low-cost qui naîtra à Maurice pourrait même avoir une sacrée surprise : Air Mauritius se jetant dans l’arène en reconfigurant ses A319, remodellant son service à bord et offrant des billets à bas prix.

L’ouverture du ciel étant beaucoup plus rapide que prévu, la compagnie doit accélérer son processus de réforme. Celui-ci comprend la réduction des coûts d’opération, l’utilisation optimale de sa flotte et un marketing poussé. Déjà bien en main, le programme devrait atteindre son point culminant avec la livraison des deux Airbus A340 neufs en octobre. En attendant, Air Mauritius continue son ascension, grignotant des parts de marché pour s’assurer une place de leader sur de nombreux segments.

La politique de rationalisation du réseau ayant porté ses fruits, on ne devrait pas s’attendre à de nouveaux points d’atterrissage sur la mappemonde du Paille-en-Queue. La desserte de Shanghai (Chine) et celle de Madrid (Espagne) pourraient être envisagées seulement si les vols sont exploités en code-share avec des transporteurs étrangers de renom. Il n’est plus question d’un ou deux vols hebdomadaires sur une destination. Air Mauritius veut plusieurs vols par semaine sur des points d’éclatement. La compagnie a créé des hubs à Paris, Londres, Johannesbourg et Mumbai, destinations qu’elle dessert pratiquement tous les jours.

Alors que l’Etat continue sa politique «kass dan ta» au niveau de l’accès aérien, plusieurs nouvelles compagnies aériennes atterriront à Plaisance. Le débat sur le bien-fondé de l’ouverture du ciel peut continuer, mais l’Etat devrait s’atteler à l’aéroport. Le projet d’extension accuse déjà un long retard. On ne peut tout avoir, il faut également songer à investir.

<B> Les turbulences s’amenuisent </B>

Le ciel s’éclaircit enfin pour les compagnies aériennes. Après avoir essuyé des pertes énormes au cours des quatre dernières années, elles devraient quitter la zone rouge en 2007. L’International Association of Travel Agents (IATA) estime que l’industrie mondiale réalisera un profit de Rs 180 milliards d’ici deux ans. C’est avec de grands efforts que les compagnies aériennes arrivent à sortir de la plus grave crise de leur histoire. Elles se sont réinventées en réduisant leurs coûts d’opération. La récente envolée du prix du carburant a accéléré ce processus. Les transporteurs ne sont pas au bout de leurs peines. Après avoir atteint des sommets récemmement, le trafic de passagers devrait chuter graduellement au cours des prochaines années. Sans compter que la concurrence féroce ronge les marges des compagnies aériennes. A l’heure actuelle, la crise de l’aérien semble se concentrer sur les Etats-Unis et, à un degré moindre, l’Europe. Les transporteurs asiatiques affichent déjà des profits. Certes, le trafic a réalisé un bond dans cette région mais, il n’empêche que le coût de la main-d’oeuvre et le taux de pénétration des transporteurs «low-cost» sont très bas. A Maurice, Air Mauritius devrait continuer sa bonne performance. La compagnie a essuyé des pertes durant le premier semestre – une situation normale puisque cette période cadre avec la basse saison – mais elles sont inférieures à celles de la période correspondante en 2004. Cependant, ni la compagnie aérienne ni l’industrie mondiale ne veulent pavoiser. Les séismes sont toujours inattendus

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