Publicité

La Nouvelle-Orléans en proie au pillage après le cyclone

1 septembre 2005, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

La situation ne cesse d’empirer à La Nouvelle-Orléans (Louisiane), submergée à 80% par les eaux, plongée dans le noir dont profitent des pillards. Un bilan approximatif ferait état d’une centaine de morts. Si le quartier historique français semblait relativement épargné par les eaux, il ne l’a pas été par les pillards qui auraient saccagé des dizaines de magasins.

“Le pillage est hors de contrôle. Le quartier français a été littéralement attaqué”, a déclaré Jacquelyn Clarkson, membre du conseil municipal. “Nous essayons, avec des forces de police épuisées et peu nombreuses, de limiter les dégâts, mais nous ne pouvons pas faire grand-chose. Ces officiers devraient être utilisés pour sauver des vies. C’est une honte”, a-t-elle ajouté.

La garde nationale, qui a mobilisé 7 500 hommes, devait envoyer des renforts dans la ville. Profitant de la situation, les pillards ont pris pour cible des magasins d’électronique, des pharmacies et des supermarchés.

Des pillages parfois au nez et à la barbe de la garde nationale et de la police, toutes deux débordées. Des télévisions ont montré des images de pillages de grands magasins et de supermarchés pris d’assaut par une foule constituée souvent d’adolescents s’enfuyant en poussant des chariots.

Un policier s’est fait tirer une balle dans la tête par un pillard, mais devrait s’en sortir, selon le sergent Paul Accardo, porte-parole de la police.

Certains sortaient des magasins avec des caddies pleins ou des cartons de bières. Dans certains quartiers, ils se sont déchaînés, poussant les autorités à déployér 70 policiers armés jusqu’aux dents et un blindé de transport de troupes dans la ville pour y maintenir l’ordre.

Sur l’artère principale de la ville, des dizaines d’individus se sont servis dans les magasins de bijoux et de vêtements, emportant jeans ou chaussures, malgré les rideaux de fer. Certains entassaient leur butin dans les poubelles en plastique, les faisant flotter dans la rue devant eux. Dans un magasin Wal-Mart, c’est dans des caddies qu’on empilait micro-ondes, glacières et batteries de couteaux de cuisine...

<B>Course contre la montre</B>

“La situation est intenable, cela brise le coeur”, a déclaré, mardi 30 août en fin d’après-midi, les larmes aux yeux, Kathleen Blanco, gouverneur de la Louisiane, dans une conférence de presse depuis Baton Rouge, la capitale de l’Etat. Toute la journée, des hélicoptères et une flottille de centaines de bateaux mobilisés à la hâte par les gardes-côtes, les forces de police, les services de secours et même les agences de protection de la nature et de l’environnement ont tenté frénétiquement de sauver des milliers de personnes réfugiées sur les toits ou dans les greniers de leurs maisons inondées.

“Nous sommes dans une course contre la montre ; nous ne nous occupons pas des morts, mais d’atteindre les vivants et de les sauver ”, a reconnu le maire de la ville, Ray Nagin. “La Nouvelle-Orléans est dévastée”, a-t-il ajouté. “C’est la première fois que nous avons à faire à une telle situation. Les gens nous appellent au secours de leurs toits avec des téléphones portables”, explique un policier. Certains – les vieux et les enfants – ne pourront pas tenir très longtemps” , ajoute-t-il.

Charity Hospital, le plus grand hopital de la Nouvelle-Orléans, n’est pas épargné. Dans la rue devant l’hôpital, on a de l’eau jusqu’à la ceinture. Dedans, les couloirs et escaliers sont sombres et glissants, tous se déplacent avec des lampes électriques. Le générateur de secours risque de bientôt tomber en panne, les infirmières font fonctionner manuellement les respirateurs, et c’est en barque que les médecins amènent du matériel et évacuent des patients dont ils ne sont plus en mesure de s’occuper.

“C’est comme dans le Tiers-Monde. Nous essayons de travailler sans électricité”, explique le chef-infirmier Mitch Handrich. Devenus eux aussi zone sinistrée après le passage de l’ouragan Katrina, les hôpitaux de la Nouvelle-Orléans voient chaque jour la situation se détériorer. La plupart des hôpitaux de la ville ont des provisions et de l’énergie par générateur de secours pour trois à cinq jours. Mais les conséquences du passage de Katrina sont là pour durer...

Devenu un immense camp où s’abritent 20 000 personnes, le stade géant est en train de devenir complètement insalubre : pas d’air conditionné ni d’électricité, des toilettes qui débordent et des détritus s’accumulant dans la chaleur. Si la situation reste à l’identique, sans ennui supplémentaire, il faudra un mois pour vider la Nouvelle-Orléans de toute cette eau.

Dans toute la région, des habitants se sont réfugiés sur les toits pour échapper à la montée des eaux. Certains ont utilisé des haches – voire un pistolet – pour percer un trou dans le toit et s’y hisser.

Katrina a privé d’électricité près de cinq millions de personnes en Louisiane, dans le Mississipi, l’Alabama et la Floride, estiment les entreprises concernées. Le rétablissement du courant pourrait prendre plusieurs semaines. Les dégâts causés pourraient atteindre un coût record estimé à 26 milliards de dollars prédisent certains cabinets d’analyse des risques.

L’incertitude quant au bilan tient au fait que les secouristes peinent encore à atteindre certains secteurs du Golfe du Mexique touchés par l’ouragan, où les attendent inondations et tas de décombres.

RECORD HISTORIQUE

<B>Le pétrole dépasse la barre des 70 dollars</B>

■ Dans l’Alabama, une plate-forme pétrolière s’est détachée de son ancrage dans la baie de Mobile. Deux autres plates-formes dérivaient dans le golfe du Mexique, où Katrina a traversé des gisements de pétrole et de gaz. Les dégâts contre les installations pétrolières du Golfe du Mexique ont relancé les cours du baril de pétrole brut qui ont enregistré un nouveau record à New York, clôturant à 69,81 dollars après avoir même atteint 70,85 dollars en séance.

Au total, 95% de la production quotidienne de pétrole du Golfe du Mexique était arrêté mardi, a indiqué le gouvernement américain. Les déclarations rassurantes de l’administration américaine, qui envisage de puiser dans les réserves stratégiques de pétrole, n’ont pas permis de soulager les cours.

Publicité