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La nouvelle « base » des petits de cité Briquetterie

8 mai 2005, 00:00

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C?est comme un grand navire qui tangue à droite et à gauche et dans lequel une dizaine de femmes ont pris la charge de fixer le cap et d?emmener les petits de leur quartier à bon port. C?est dans cet esprit qu?est né officiellement « Nou nouvo baz », il y a une quinzaine de jours. L?idée est belle et bien pensée. Des mères de la cité Briquetterie s?inquiétaient de voir combien d?enfants étaient livrés à eux-mêmes après les heures de classe, (parce que leurs parents sont encore au travail), et investissaient les rues risquant ainsi de faire de mauvaises rencontres. Il fallait leur proposer une alternative à l?impasse de la rue, et ne pas laisser s?enraciner et s?exacerber une situation de marginalité.

Ces femmes volontaires se sont donc mobilisées pour former une association appelée « Nou nouvo baz », et destinée à accueillir, trois fois par semaine, les écoliers âgés entre 7 et 12 ans, de 15 h 30 à 17 h 30. Il faut dire que les animatrices, Georgette, Ariette, Paula, Liseby, Désirela et les autres n?ont pas de formation à proprement parler, si ce n?est leur expérience de mère et les partages avec Solange Potou, présidente de l?association et éducatrice de rue.

Alors, elles bricolent. Elles leur font lire un article de presse paru sur eux et entament la discussion. Elles leur apprennent des jeux grâce à un mini portable qui propose plusieurs activités éducatives et ludiques, ou leur apprennent des mots avec un « ABC parlant ». À une autre table, les animatrices aident les enfants à faire leurs devoirs ou de la lecture.

L?affection est un outil important

Mais pas question de fonctionner selon les vieilles recettes de classe, cour magistral, apprentissage de connaissances abstraites. « Nounn anvi valoriz banne zanfan la, montre zot ki zot ena valer, aprann zot respekte lezot. Nou kompran ki kan zot sorti lekol zot pas anvi rerant dans enn klas. Nou fer zot fer bann aktivite moins formel », explique Solange Potou. Ici dans leur « nouvelle base », les enfants qui refusent de rester en place se voient assigner une tâche : compter le nombre de bonbons à être distribués à leurs camarades, par exemple.

Ici on apprend à la petite fille qui a enfermé sa camarade dans une salle de classe à réfléchir sur les conséquences de son acte et à s?excuser. Là on laisse les enfants s?exprimer en créole, parler de tout et de rien, mais en les encadrant. Ainsi, lorsqu?une fenêtre claque, on entend « enn bomm sa papa ! », ou lorsqu?on leur demande pourquoi ils sont là, la réponse est « pou keep cool ».

Et malgré leurs savates-éponge, leurs cheveux parfois en bataille, les cartables vides, ces enfants sont remarquablement vifs et perspicaces, prompts à s?adapter à un changement de vie, si on leur laisse une chance. Passionnément attachés à leur liberté, ils reviennent au centre après l?école. Ici leurs nouvelles miss les attendent avec du jus de fruit, des biscuits ou des crêpes. « Et si nou pran enn zour konze, bann zanfan vinn rode nou kotte nou », confie Georgette.

L?affection est un outil important pour renouer le lien avec eux, ce qui exige une approche personnalisée. « De lot kote nou pe ed bann lezot madam ki pe travay. Zot latet trankil parski zot kone ki zot zanfan ar nou », avance Solange Potou qui s?est aussi fixé pour objectif de sensibiliser les parents à l?importance de l?éducation.

La mission que s?est donnée « Nou nouvo baz », semble titanesque. Pour le moment, il fonctionne avec le minimum vital. Gageons qu?il y aura, en sus du soutien de la mairie de Port-Louis, celui d?autres bonnes volontés pour pouvoir arriver à destination.

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